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Arabes
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L'Islam
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(Avertissement : Je parle ici en tant que chrétien catholique arabe maronite. Je ne peux parler au nom des grecs orthodoxes d'Antioche. Je porte envers eux la plus grande appréciation. Par respect pour eux, je me garde de prendre la parole en leur nom. Dany Younès) Dans les lettres pastorales des Patriarches catholiques de l'Orient, aussi bien que dans l'exhortation apostolique post-synodale intitulée Une espérance nouvelle pour le Liban (1997), l'enracinement dans le monde arabe des églises orientales est souligné. Pour les Patriarches, les chrétiens ont contribué à la civilisation arabe et ont le même héritage culturel que leur compatriotes musulmans. Un regard rapide sur l'histoire montre bien le rôle que les chrétiens ont joué dans la civilisation arabe classique. L'islam naissant a rencontré un christianisme bien structuré à Damas dans la deuxième moitié du VIIème siècle. Cette rencontre a contribué sans doute, au moins partiellement, au développement de la science du Kalam ("théologie" musulmane). Au VIII-XIXème siècles, les chrétiens de langue syriaque ont massivement contribué à la traduction de l'héritage grec en arabe via le syriaque. Ils ont profité de l'arabisation de la région pour entrer en contact les uns avec les autres alors qu'ils étaient issus de traditions différentes : syriens, byzantins, coptes… Au XIXème siècle, ils ont contribué d'une façon décisive à la Renaissance littéraire, notamment à travers leur ouverture sur l'Occident et leur connaissance parfaite de l'arabe. |
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Cela n'empêche pas que ces chrétiens orientaux vivent à l'intérieur du monde arabe musulman une crise d'identité très difficile à maîtriser (et qui, pour les plus pessimistes, met en cause leur existence même). Cette crise se manifeste dans la question " sommes-nous arabes ? " ou " faut-il s'acheminer vers une église arabe ? ". En effet, s'il existe une église des arabes, il n'existe pas encore une Eglise qui s'appelle l'église arabe. Les Eglises du monde arabes sont syriennes, assyriennes, byzantines, coptes, arméniennes et pas une ne se reconnaît comme arabe.
La complexité de la question remonte très loin dans le passé : déjà au VIIIème siècle un théologien assyrien parlant en arabe voulait démontrer la supériorité de la religion chrétienne sur la religion musulmane en montrant la supériorité de la langue syriaque sur la langue arabe. Pendant les Croisades, l'Eglise arménienne a vu dans la venue des troupes franques la délivrance des musulmans (même si, après l'invasion franques, les tensions entre arméniens et latins n'ont pas manqué…). Le gouverneur d'Antioche, lors du siège de la ville par les francs, a jugé plus sûr d'expulser les hommes chrétiens de la ville tout en gardant les femmes et les enfants. Pendant le siège de la ville de Tripoli au Nord du Liban, les maronites sont descendus de leur montagne pour aider les troupes chrétiennes, alors que d'autres chrétiens (surtout des melkites) se mettaient au service des commandants arabes. Les frontières entre latins chrétiens et arabes musulmans passent à l'intérieur même de la communauté arabe chrétienne. La promesse du Seigneur qu'il soutiendra à jamais son Eglise trouve un terrible défi dans l'islamisation du Nord de l'Afrique. Tout cela fait que l'Eglise orientale catholique, naturellement ouverte qu'elle est à l'Occident, est traversée par une crise cruelle d'identité. Les violences que la région a connues et connaît encore, les déchirures et fractionnement des forces, reviennent dans une bonne partie à cette crise.
Loin de proposer des solutions, j'indique certains points qui me semblent importants pour une rencontre entre musulmans et chrétiens à l'intérieur de la réalité arabe. La vocation des chrétiens en pays arabes est de porter l'Evangile aux sociétés où ils se trouvent (cf. Mgr Lahham, évêque de Jérusalem devenu patriarche des grecs catholiques), mais aussi de faire le pont entre le monde musulman et le monde occidental dont les références restent marquées par le christianisme. Les Eglises catholiques d'orient ont en plus la vocation de faire le lien entre orthodoxes et catholiques. Mais à cela il faut ajouter que les chrétiens arabes ne peuvent se reconnaître comme arabes que s'il leur est reconnu le droit d'être sujets de leur identité, le droit de participer à la définition de l'identité arabe. Ils font un pont aussi entre la société actuelle dont les références sont musulmanes, et les antiques sociétés préislamiques que touchent leurs racines et où elles doivent aussi se ressourcer. En plus, je pense que rien ne peut remplacer la rencontre personnelle avec des musulmans, rencontre qui est l'occasion de grands déplacements. Je crois beaucoup, enfin, au rôle que pourraient jouer les universités dans ce défi immense. Dany Younès |