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SENS DE LA PRESENCE JESUITE EN CHINE

A Rome, le 1er octobre 2000 (en la fête de Sainte Thérèse de Lisieux, patronne des missions) seront canonisés 120 martyrs de Chine. Parmi eux, des laïcs chinois, des franciscains, des prêtres de la Société des Missions Etrangères de Paris et quatre jésuites français.


Pour expliquer l'action de la Compagnie de Jésus aujourd'hui en Chine, nous reproduisons ici des extraits de la conférence faite par le Père Benoît Vermander, directeur de l'Institut Ricci de Taipei, faite au mois de mai 2000 aux Journées Missionnaires de l'Etablissement Saint Louis de Gonzague (Franklin) de Paris. Il a nourri ces journées des nombreux champs de son apostolat à Taiwan et dans la province du Sichuan dans la grande Chine
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LES DEUX POLES D'UNE PRESENCE

Des actions modestes mais significatives

La présence jésuite en Chine est faite d'abord d'actions modestes par leur taille mais qui pourraient ensuite être répétées par d'autres; d'actions-pilotes qui portent vers là où la Chine a à changer et où le grain demande à pousser en abondance. L'école primaire de Yangjuan au Sichuan, grande province limitrophe du Tibet, ouvrira en septembre prochain. Elle fera progresser la scolarisation de cette minorité ethnique, sur la base d'un projet éducatif, respectueux des lois chinoises et mettant en même temps l'accent sur l'apprentissage de la langue Yi, la connaissance de l'environnement et la formation des adultes. Une association dirigée par un intellectuel Yi est responsable de la construction et de la gestion de l'école.

Deux actions significatives également :
- les centres de soutien légal et social aux immigrés chinois à Taiwan, aux immigrés thaïs et philippins en terre chinoise,
- un télé-journal sur l'Eglise de Taïwan et de Chine réalisé tous les deux mois par Kuangchi Program Service à Taipei.

Au sein d'un monde en crise de croissance et aussi de croyance

Cette présence jésuite en Chine se manifeste aussi par un regard d'ensemble portant sur un monde gigantesque et divers. Ce monde, comme les Exercices Spirituels d'Ignace de Loyola nous invitent à le contempler, où certains pleurent et d'autres rient, où certains naissent à des espoirs nouveaux et d'autres meurent de traumatismes non guéris, un monde en crise de croissance et aussi de croyance ouvrant sur un futur des plus incertains. Et ce regard a vocation d'être partagé. Il s'agit aussi pour nous de réfléchir ensemble, chinois et non chinois, aux défis communs, et d'apporter dans ce dialogue les outils de la manière de faire ignatienne, comme en tout autre point du globe.

C'est ainsi qu'avant de venir ici à Paris, j'étais dans le Sud-Ouest de la Chine où nous organisions un séminaire de résolution des conflits avec des éducateurs chinois. Au moyen de traductions, colloques, déplacements réciproques, rédactions de manuels éducatifs, réfléchir ensemble à des enjeux tels que "conflit et réconciliation", "environnement et développement", "expérience spirituelle et expérience artistique", c'est participer à une tâche d'humanisation de la Chine contemporaine, au labour d'une terre où le grain de la Parole, fécondé par l'écoute, peut alors germer.

 

LE PLUS VRAI DES PROGRAMMES MISSIONNAIRES

Apprendre à se connaître de coeur à coeur

L'appel à la mission, c'est en définitive l'appel à la réciprocité de la connaissance, à une quête pleine de respect et de curiosité où les peuples et les personnes apprennent à se connaître de coeur à coeur. Le premier livre publié par Matteo Ricci en Chine, édité en chinois s'appelait "De l'Amitié" et la puissance de cette amitié qui unit brebis et bergers en même temps que les brebis entre elles constitue toujours le plus beau et le plus vrai des programmes missionnaires.

Si la mission, si la transhumance dans l'Esprit équivalent bien à la connaissance mutuelle du surgissement de l'amitié, son fondement est bien l'écoute, l'écoute au sein de laquelle naît toute relation véritable et ces journées missionnaires que nous vivons sont là pour aider chacun de nous à entendre, à vibrer (par l'image, la rencontre, la célébration) dans une plus grande qualité d'écoute et de regard. Alors pouvons nous frémir de bonheur à l'idée de bientôt connaître comme nous sommes connus.

Un Dieu partagé dans la fidélité à l'Esprit

L'image de Dieu sur laquelle je reviens souvent au cours de ces années passées en Chine est celle d'un Dieu partagé entre des langues, des ethnies, des religions si diverses, un Dieu partagé par les histoires de ceux qui redisent leur fidélité à l'Esprit au long des nuits de la prison et de la patience.

Un Dieu partagé au fil des repas qui en Chine, comme chez nous en France, sont un lieu privilégié de l'amitié et de la connaissance, un Dieu partagé comme un filet d'eau qui se divise parmi les herbes. Cette eau dont un classique chinois, "le livre de la voie et de la vertu", s'émerveille de ce que venue d'en haut, toujours elle descende jusqu'au lieu où nul n'accepte d'aller. Eau gratuite et libre qui nous vient de Dieu. La gratuité, la liberté de Dieu c'est de donner sa vie et de la recevoir ; tout témoignage de Dieu en Chine vaut d'être libre et gratuit et d'éveiller par là liberté et gratuité. Qui est libre ne compte pas, il tressaille de joie aux pousses de liberté intérieure qu'il sent éclore autour de lui ; il entre dans le regard de tous ceux qui désirent pour la Chine un futur où tous puissent se connaître (s'écouter et se parler) sachant que cette connaissance-là procède de l'Unique Esprit.