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Rencontre inter-îles en février 2000
Une vingtaine de jésuites de la province de France vivent et travaillent dans l'Océan Indien (Maurice, la Réunion et les Seychelles).

Un autre jésuite, Xavier Baronnet, est évêque de Port-Victoria (Îles Seychelles).

Nous étions 22, avec Henri Chabert, Délégué du P. Provincial pour la région de l'Océan Indien : de Théophile Hansen, qui y a passé 63 ans, à André Hebditch, tout juste un an. Seuls manquaient Mgr Xavier Baronnet, retenu par son diocèse des Seychelles, et Jean Alleaume, obligé d'être gardien des biens jésuites à l'île Maurice contre l'invasion d'Eline, un cyclone qui menaçait. Le vent était fort, les langues du feu, invisibles mais déliées pendant la rencontre.

François Noiret, Stéphane Nicaise et Karl Lauricourt, en historiens, ethnologues et théologiens, nous ont exposé la situation de Madagascar, la Réunion et Maurice. François Peltier et Edward Jeganathan y ajoutaient des corollaires seychellois. Et suivaient des ateliers sur les résonances créoles dans ces populations.

Plus que la mort, ce sont les mal-morts qui font problème aux vivants : ceux qui ont quitté cette terre "avant" leur temps continuent de donner des messages par des rêves, perturbant ainsi la paix des terrestres. Peu ou pas de révolte contre Dieu ("Le Bon-Dieu dort !"), mais l'épaisseur de la peur envahit les coeurs : les pratiques religieuses catholiques coexistent avec une peur foncière des forces du mal. Chaque île fabrique sa religiosité, sa sorcellerie, ses exorcismes. Les groupes de prière offrent une consolation passagère dans la perturbation de la vie de tous les jours.

Le "jako" à la Réunion

Le questionnement sur notre attitude pastorale en milieu créole est abondant :
1. La prière pour les morts est-elle simplement une prière pour que les morts laissent tranquilles les vivants ? La prière à l'Esprit Saint est-elle une supplication pour qu'il s'occupe énergiquement des personnes qui nous font du mal ?
2. Quelle conception nos peuples se font-ils du mal et du péché ? De la libération dans le temps et du salut pour l'éternité?
3. Comment les avons-nous éclairés sur le purgatoire et la communion des saints ?
4. Comment abordons-nous la fragilité du tissu familial et les fractures sociales ?
5. Quel Christ présentons-nous ? Comment pouvons-nous susciter une expérience chrétienne authentique basée sur une théologie et une liturgie du mystère pascal ?

Le déroulement de la session fut quasi parfait, grâce à une organisation matérielle et une imagination spirituelle impeccables. La réticence d'aucuns au début de la rencontre fut pleinement abolie par les vibrations de joie qui émanaient des paroles d'Edward Jeganathan, le célébrant de la dernière Eucharistie.

Arul VARAPRASADAM sj