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Ceux qui sont au Maghreb n'y sont pas en vain

Dix-huit jésuites vivent et travaillent au Maghreb, en Algérie (Alger, Constantine et Oran) et au Maroc.

Au passage du siècle nouveau s'est tenue pendant trois jours, sur les hauts d'Alger à Ben-Smen, une rencontre des jésuites de la région du Maghreb. Afin de les aider à réfléchir au dialogue interculturel, ils avaient proposé à Michaël Amaladoss, théologien jésuite indien, de les accompagner. Et ils avaient convié six jeunes jésuites (quatre français et deux espagnols) à les rejoindre, en qualité de "témoins". J'étais du nombre, le seul à ne m'être jamais rendu dans cette région de la Méditerranée. Au moment où se pose, en France notamment, la question du dialogue avec l'Islam, cette invitation m'est apparue comme une occasion de mieux saisir cette réalité. D'autant que l'été dernier, un séjour d'un mois en Egypte et au Liban avait suscité en moi quelques interrogations.

La première portait sur la possibilité même de ce dialogue avec les musulmans. Les rares expériences que j'avais pu avoir dans le passé s'étaient en effet révélées assez décevantes. A chaque fois, j'avais eu le sentiment que mon interlocuteur cherchait surtout à me convaincre - sinon à me "convertir" - plutôt qu'à entrer dans un véritable échange. A mon retour d'Alger, cette question, si elle n'a pas été résolue, s'est au moins déplacée...

Ce que je retiens peut se résumer en trois points :

Les jésuites du Maghreb m'ont donné le témoignage de la façon dont la condition d'étranger peut être transformée lorsqu'elle est consentie, assumée et mise au service d'une communauté. Dans le contexte de la région (situation post-coloniale, tensions politiques et sociales...), cela revêt une signification toute particulière, qui m'a touché.

Contre toute apparence, il m'a semblé que ce que vivent les nôtres de l'autre côté de la mer est très proche de certaines préoccupations de l'Eglise de France : la façon dont des religieux éprouvent l'annonce de la Bonne Nouvelle, dans un milieu où ils sont largement minoritaires, constitue un champ d'expérience dont nous pouvons tirer un grand profit.

De même, j'ai été touché de constater combien leur apostolat était avant tout au service de la relation, en l'occurrence avec le musulman. Au moment où, en France, les sollicitations sont si nombreuses et les tentations d'activisme si grandes, j'ai aimé voir des compagnons se dépenser sans compter, au profit de la relation, gratuitement et sans héroïsme. Ces ouvriers sont peu nombreux, assurément, mais la moisson est belle.

Voilà quelques touches impressionnistes, reflet de cinq jours un temps bien court pour percevoir plus. Ce qui me reste pourtant, c'est le sentiment aigu que ceux des nôtres qui sont au Maghreb ne s'y trouvent pas en vain et qu'ils ont une riche expérience à partager.

Xavier Nucci