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Judaïsme - Islam
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Du 11 au 24 juillet dernier, deux sessions sur le thème du dialogue inter-religieux se sont tenues à l'Institut Biblique à Jérusalem. La première semaine était consacrée au Judaïsme, la deuxième à Islam. Elles s'adressaient tout particulièrement aux étudiants jésuites venus des 4 coins du monde : U.S.A., Japon, Indonésie, Europe... 25 participants en tout. Voici le témoignage d'un des participants : Georges-Henri RUYSSEN, jésuite belge flamand.
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L'objectif était une introduction au Judaïsme et à l'Islam en tant que communautés croyantes aujourd'hui. Trois fois ville sainte (avec le Saint Sépulcre pour les Chrétiens, le Mur des Lamentations pour les Juifs et le Haram Al-Sharif ou Dôme du Rocher pour les Musulmans), Jérusalem ou "El Qouds" (la "Sainte" en arabe) était évidemment le lieu de prédilection pour une telle rencontre des cultures juive, musulmane et chrétienne. |
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Parrainé par l'Office du Dialogue inter-religieux de la Compagnie de Jésus (Tom Michel), David Neuhaus, jésuite du Proche-Orient, nous avait concocté un menu copieux, truffé de rencontres de personnalités et de visites de lieux symboliques ou importants : pour le Judaïsme, le quartier juif de Jérusalem, le Mur des Lamentations, le Musée de la diaspora juive, le Mémorial de l'Holocauste, le Mont Herzl (haut lieu du Sionisme) ; pour l'Islam, le Haram Al-Sharif, Hébron, Bethléem et Jaffa. Plutôt que des conférences magistrales à visée théologique, il s'agissait surtout d'écouter des représentants de ces deux religions en tant que croyants. Que disent-ils de leur religion, comment vivent-ils leur foi, dans la vie quotidienne, enracinée dans le contexte israëlo-palestinien ? Je retiens, pour ma part, la soirée de Shabbat dans une famille juive, la rencontre avec plusieurs rabbins et des juifs marocains (Séfarades) ; ou encore la rencontre avec le Grand Mufti de Jérusalem, l'entretien avec un soufi (représentant d'un Islam plus spirituel ou mystique), avec des cheikhs dont le prêcheur de la mosquée Al Aqsa. Nous avons vraiment pu voir à chaque fois une grande diversité de visage d'un Judaïsme et d'un Islam vivant, dans lesquels l'action de l'Esprit me semblait parfois très palpable. Des hommes et des femmes cherchent, avec droiture et un coeur sincère, la volonté de Dieu dans leurs vies. Vu le contexte douloureux du conflit israëlo-palestinien, cela va de pair avec beaucoup de tensions, de souffrances, voire de violences et de haine vis-à-vis de l'autre, qu'il soit juif, musulman ou chrétien, même si le désir d'une paix définitive et solide est unanime.
Personnellement, j'ai le plus ressenti cette dimension lors des rencontres avec des musulmans à Hébron et Jaffa, qui nous laissaient entrevoir et sentir le climat permanent de tension larvée - mais musclée cependant et armée -, de harcèlement, de discrimination allant jusqu'à l'anéantissement progressif d'une présence palestinienne : combien de villages palestiniens détruits ou déplacés et remplacés par une colonisation juive ! Sur le plan plus strictement religieux, ni l'Islam, ni le Judaïsme ne nous sont apparus comme des blocs religieux monolithiques, à l'encontre de quelques préjugés tenaces. Pour les deux religions, une question clé est comment se positionner face à la modernité avec sa mondialisation de la culture, de la technique, de l'économie ? Soit en la refusant par une attitude orthodoxe rigoureuse et observante (par exemple chez les Hassidim ou juifs ultra-orthodoxes du quartier de Méa Shé Arim à Jérusalem, habillés et chapeautés de noir, avec les boucles le long des oreilles - ou encore le fondamentalisme politisé chez certains musulmans) ; soit en s'accommodant de la modernité ou en l'intégrant parfaitement (par exemple dans le Judaïsme sécularisé à Tel Aviv - ou dans l'Islam plus libéral d'une minorité intellectuelle ayant bien souvent fait des études aux U.S.A. ou en France). Si, par rapport au Judaïsme, le Christianisme se comporte comme "accomplissant" la promesse contenue dans l'Ancienne Alliance, il est important pour un chrétien de n'assimiler le Judaïsme ni avec le Judaïsme du second Temple (de l'époque du Christ), ni avec une religion visant uniquement à préparer la venue du Messie et qui, par suite de la venue de Jésus, serait devenue obsolète. C'est une tentation qui découle de notre filiation par rapport au Judaïsme. Mais celui-ci est à considérer comme une religion propre, dans laquelle l'Alliance célébrée avec Dieu garde toute son actualité et son indépendance par rapport au Christianisme.
Ce type de relation est complètement renversé dans le rapport Christianisme-Islam : l'Islam se présente en position chronologique postérieure au Christianisme, qui du coup se trouve en position d' "ancienne" religion sursummée par l'Islam. Jésus n'est qu'un prophète et la Révélation n'est épuisée qu'avec le Coran transmis par Dieu à Mahomet. Dès lors, nous nous trouvons dans la même position que les juifs par rapport à nous, chrétiens, clamant la spécificité et le caractère unique de notre propre religion toujours valable, non sursummée. Nous résistons lorsque certains musulmans nous taxent de "musulmans en devenir" ou de "musulmans anonymes". Ceci constitue une leçon d'humilité et une invitation au respect mutuel de la position propre et autonome de chacun des trois monothéismes, même s'ils sont reliés entre eux (exemple des musulmans venant aussi visiter le Saint Sépulcre). Cette terre trois fois sainte et Jérusalem, "El Qouds", restent certainement le lieu de cette expérience spirituelle du devenir de tous en Dieu, étant tout en tous. Est-ce là que réside sa vocation de Jérusalem céleste ? Georges-Henri RUYSSEN |