|
Une société où chacun ait sa place Le 4 décembre 1999, le CERAS organise au Centre Sèvres (35 bis rue de Sèvres - 75006 PARIS) un colloque qui se propose d'examiner quelques-unes des questions de fond posées par les initiatives actuelles de lutte contre l'exclusion : que signifie, dans les actions engagées, la référence à l'autonomie et la responsabilité des personnes ? quelle société voulons-nous construire ? Ce colloque prolonge un groupe de travail qui s 'est retrouvé pendant trois ans au CERAS. Lorsque l'on réunit des personnes mobilisées pour construire une société où chacun ait sa place (ce qui signifie avoir un logement, avoir un travail, être attendu par la société, etc.), on est d'abord frappé par la multiplicité des initiatives. Qu'il s'agisse de projets permettant l'accès au logement, de dispositions venant en aide aux toxicomanes, d'actions de solidarité avec les sans-papiers, d'opérations éducatives auprès des jeunes ou encore de l'attention aux dynamiques locales dans la lutte contre l'exclusion les initiatives - face à ces problèmes différents - ne manquent pas. Cependant, comment ne pas noter la situation de violence qui prévaut aujourd'hui ? Nous nous accommodons d'une société où certains vivent aux marges. L'exclusion est une violence que l'on peut lire dans des faits ceux-ci peuvent être analysés dans leur matérialité, grâce aux informations statistiques (que l'on peut certes affiner). Cette violence affecte des personnes précises, transformant leur vie quotidienne en un épuisant parcours du combattant. Elle touche également la société dans sa globalité. Une société qui laisse sur le bord de la route certains de ses membres est une société blessée, qui risque de faire perdre tout sens au mot "citoyenneté". Elle touche enfin au langage. La tentation est grande de parler à la place des exclus et de tenir des propos qui alimentent le soupçon à leur égard en prétendant distinguer entre les "bons" et les "mauvais" pauvres. Diverses raisons sont invoquées pour fonder les mesures ou dispositifs officiels de lutte contre l'exclusion. Souvent, ces argumentaires renvoient aux droits fondamentaux, prennent position sur ce qui est dû à l'être humain en tant qu'être humain, sur la dignité de l'homme. Ces rappels sont importants. Mais s'ils définissent des outils de lutte contre l'exclusion sans tenir compte de la réalité des dépendances qui enferment les exclus, ils risquent d'aggraver la violence des faits. Ils peuvent traduire et renforcer les regards de défiance à l'égard des exclus, en leur ordonnant de rentrer dans le rang sans leur donner les moyens de participer à la construction d'une société différente. Cette violence, les travailleurs sociaux chargés de gérer ces outils la connaissent bien d'autant plus que les dispositifs se renouvellent au gré des alternances politiques. On peut aussi noter le grand nombre d'acteurs qui s'associent pour lutter contre cette violence, à la fois humaine et sociale. Il y a, dans leurs activités, quelque chose qui est de l'ordre d'un "rendre à l'homme sa confiance" qu'il importe de conjuguer avec un "rendre à nos sociétés leur confiance". Si des procédures de lutte contre l'exclusion sont mises en oeuvre, c'est bien parce qu'une certaine confiance demeure. Confiance dans le but poursuivi. Confiance en ceux qui mettent en oeuvre ces procédures de lutte contre l'exclusion. Confiance en la capacité des intéressés eux-mêmes à prendre pour une part leur devenir en main. Ces dernières années - et tout particulièrement avec la mise en place et l'essor du Revenu minimum d'insertion - cette confiance s'est coulée dans la forme du contrat un contrat est supposé lier réciproquement la société et une personne en situation d'exclusion. Mais quel est le sens de tels contrats où les engagements réciproques des partenaires restent dans le flou ? Parfois, des "contrats moraux" sont établis entre des associations et des personnes en situation d'exclusion. Si ces contrats ne traduisent pas des accords réciproques, ils sont des lieux d'oppression supplémentaire. Le discours volontiers tenu sur la responsabilité et sur l'autonomie demande à être interrogé que signifient des expressions telles "rendre les gens acteurs de leurs vies", "rendre les gens autonomes", etc. ? Dans toutes ces actions, l'attention aux personnes est essentielle. Elle doit cependant être conjuguée avec la non-discrimination. Comment les outils de la lutte contre l'exclusion s'adaptent-ils aux personnes tout en préservant une égalité de traitement pour tous ? pour quelle efficacité ? avec quels risques? Telles sont plusieurs des questions que nous reprendrons le 4 décembre prochain. Renseignements et inscriptions au CERAS (14 rue d'Assas - 75006 Paris - Tél. : 01 44 39 48 30) |
|||||||||