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Par Philippe Chevallier sj En préparant la soirée Michel Farin, jésuite, qui doit refermer le Festival Ciné jésuites, je rêvais de trouver dans les cartons de Michel un film rare et méconnu, un film que personne n’aurait vu ou que tout le monde aurait oublié, un Monsieur Arkadin ou un Gertrude, quoi ! quelque chose de différent, d’un peu décalé par rapport aux autres oeuvres de Michel.
Resté dans l’ombre des Deux témoins (1984) ou des Combats du Roi (1986), Bienvenue au sec, moussaillon (1989) n’avait pas eu de chance : mal aimée, mal commercialisée, cette fable burlesque avait été vite rangée dans un tiroir. Curieux titre en effet, pour un curieux film, avec ses trois lutins en cirés jaunes qui cherchent à libérer un couple détenu par un photographe fou. Un O.V.N.I. ou un hapax dans la filmographie de Michel. Quelque chose de déconcertant… qui, lors de sa sortie, avait d’ailleurs déconcerté les plus fidèles. Michel me le confirma : « ça n’avait pas marché à l’époque. A la première projection, les adultes n’avaient rien compris, et seuls les enfants s’étaient amusés ». Le film avait été projeté sur Antenne 2 pour Noël 1989 et, depuis, le Moussaillon avait bu la tasse. Mais ici, comme toujours, c’est les enfants qui avaient raison.
Je mets la vieille copie VHS de Michel dans mon magnétoscope, encore dubitatif. Et voilà les trois lutins, marins, Pieds Nickelés, peu importe, qui sortent de derrière les arbres. Commencent alors soixante minutes de beauté et de liberté. Dans Bienvenue au sec, on danse le tango, on chante Léo Ferré et on prend des bains de mer gelés. On y joue avec les ballons et les coquillages. Il y a un peu de Tati et un peu de Chantons sous la pluie. Rigueur du montage (champ/contrechamp), trouvailles visuelles magnifiques (les métamorphoses du couple), et surtout présence sensuelle, quasi-charnelle, des éléments (la plage, la mer, les goélands)... comment un tel film a-t-il pu rester enfoui ? Bien entendu, les thèmes de prédilection de Michel sont là : le rapport à la parole, la volonté de maîtrise par l’image, et surtout le Livre de la Genèse. Mais c’est une Bible, cette fois marmonnée, bafouillée, balbutiée, par un extraordinaire Eric Averlant, mi-Pierrot mi-Harpo (1). Quant à Yves Aubert (déjà apprécié dans plusieurs films de Michel), il prend un malin plaisir à jouer tour à tour Dieu le Père et le photographe pervers. Après avoir découvert ce bain de mer cinématographique, et l’avoir montré à quelques amis, cela ne faisait plus aucun doute : pas de soirée-hommage plan-plan avec discours et petits fours, mais ce film-là, simplement, avec sa joie, avec sa gouaille. Après l’élection, vient la confirmation : elle fut donnée par Eric Averlant lui-même. Joint au téléphone, via son agent, je lui demandai timidement s’il se rappelait un petit film TV, tourné en 1989, qui s’appelait… « Mais bien sûr ! Quel souvenir ! ».
Rendez-vous donc le 16 mai pour la (re)découverte, en présence d’une partie de l’équipe du film. En prime, c’est la version longue (avec « director’s cut », dirait-on aujourd’hui). Et dans une copie DVD impeccable, fournie pour l’occasion par Le Jour du Seigneur. Philippe CHEVALLIER (1) Eric Averlant, après Moussaillon, a tourné chez Josée Dayan, Jeunet & Carot, Fellini, Jean-Marie Poiré, Claude Zidi, etc.)
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Jésuites : serviteurs
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