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actualités > Jubilé 2006 : Trois amis à Paris : Ignace, Pierre et François
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Ignace, Pierre
et François
Trois amis à Paris

par Philippe LECRIVAIN sj


Ignace est à Paris du 2 février 1528 au 28 mars 1535. Malgré son âge, il désire reprendre ses études, obtenir la maîtrise ès-arts et commencer sa théologie. Quand il rentre en Espagne, ces objectifs sont atteints mais son séjour parisien a une autre portée pour la Compagnie. Ces années ont certes profondément marqué Ignace mais elles lui ont aussi permis de rencontrer ceux qui fonderont avec lui la Compagnie et, tout particulièrement, Pierre Favre et François de Jassu y Javier. Pour évoquer cette histoire, le plus simple est d'en suivre avec précision la chronologie.

signature d'Inigo de Loyola

Au début de son séjour, Ignace s'inscrit comme externe libre à Montaigu. Plusieurs raisons motivent ce choix : le désir de retrouver d'autres Espagnols, la réputation intellectuelle du collège et son enracinement dans la « dévotion moderne » découverte à Montserrat. Les premiers mois sont difficiles. François 1er et Charles-Quint sont en guerre et les Espagnols sont mal vus à Paris. Mais on se moque aussi du vieil étudiant aux comportements surprenants. Son argent dilapidé par un ami, il vit à l'hôpital Saint-Jacques mais il doit mendier pour vivre. Il passe aussi beaucoup de temps en conversations spirituelles et quand trois Espagnols, dont deux docteurs, décident de l'imiter, le tollé est énorme. Sur la pression de leurs compatriotes, les convertis rentrent dans le rang et l'on dénonce Ignace à l'inquisiteur mais l'affaire n'a pas de suite.

Entre-temps, comme beaucoup d'étudiants, le pèlerin s'était rendu en Flandre près de riches marchands espagnols et avaient obtenu d'eux une bourse. Désormais plus à l'aise, il s'inscrit en octobre 1529 comme étudiant payant à Sainte-Barbe. Ce collège, fréquenté également par les Espagnols et les Portugais, est tout aussi renommé que Montaigu mais beaucoup plus ouvert. Voulant étudier sous Juan de la Peña, Ignace s'installe donc dans la chambre de celui-ci, au troisième étage de la tour jouxtant la porte du collège, le « paradis ». Là, depuis octobre 1526, Pierre Favre et François de Jassu y Javier l'ont précédé. Ils achèvent alors leur licence ès arts sous la direction du même régent. Sur cette cohabitation les avis divergent, mais tenons qu'elle eut lieu au cours de l'année 1529-1530.


signature de Pierre Favre

signature de Francisco de Javier

Nés en 1506, Pierre et François sont très différents l'un de l'autre. Le premier, un paysan savoyard, et le second, un aristocrate navarrais, ne voient pas l'avenir sous le même jour. François est résolu à faire une carrière ecclésiastique tandis que Pierre hésite entre la médecine et la théologie. Ils ne mènent pas non plus leur vie quotidienne de la même manière. L'aristocrate est un sportif accompli et pratique le saut, mais c'est aussi un habitué des tripots. Telles ne sont pas les pratiques du Savoyard. L'arrivée d'Ignace dans leur chambre provoque des réactions différentes. Peña ayant demandé à Pierre qui connaît bien le grec d'aider le pèlerin à lire Aristote, ils en viennent aux confidences. Ignace éclaire son répétiteur et, en 1530, le gagne à Dieu. François, lui, demeure distant, voire hostile. Il apprécie certes en Ignace l'aristocrate mais ne peut ignorer qu'au siège de Pampelune, ils n'étaient pas du même bord. Et puis, bien que le pèlerin mène désormais une vie spirituelle discrète, le Navarrais ne supporte pas ses élans et boude les réunions du dimanche matin à la Chartreuse.

En mars 1530 , Pierre et François sont maîtres ès arts. Le premier, tout en demeurant à Sainte-Barbe, commence sa théologie, tandis que le second se prépare à enseigner Aristote à Beauvais-Dormans. En octobre, ils se séparent donc. François rejoint son collège, tout proche de Sainte-Barbe. Ignace cependant est bien décidé à gagner François à Dieu. Après bien des résistances, celui-ci se rend au début de 1533. Peu après, Simon Rodriguez, un boursier portugais, habitant Sainte-Barbe lui aussi depuis 1527, fait de même. Au printemps, Diego Laynez et Alfonso Salmeron, souhaitant rencontrer Ignace, arrivent au collège à leur tour. À l'automne enfin, un sixième homme, Bobadilla, ne tarde pas à croiser le pèlerin mais il loge au collège de Calvi. À la fin de 1533, Pierre Favre étant en Savoie depuis juin, aucun de ceux dont Ignace est devenu le confident ne partage sa chambre à Sainte-Barbe. Ils se connaissent assurément mais, en aucune façon, ils ne forment un groupe.

En janvier 1534, les événements se précipitent. Pierre, dès son retour, fait les Exercices. L'hiver est très rude et c'est au printemps que Laynez, Salmeron, Bobadilla et Rodriguez suivent son exemple. Quant à François, il décide d'attendre l'été. En maintenant une distance entre eux, Ignace invite les retraitants à approfondir leur élection [leur décision] et à la lui faire connaître. À Pâques, avec François, il les réunit et les prie de se recommander à Dieu. Durant le mois de juillet, sous un soleil torride, ils font leur première délibération. Ils décident de vivre pauvres et chastes, d'aller à Jérusalem, de prêcher, à leur retour, aux infidèles et aux fidèles et d'administrer gratuitement les sacrements. Ils ne sont pas unanimes cependant. François incline pour rester en Terre Sainte tandis que Pierre préfère revenir en Europe et s'en remettre au Pape. La décision est renvoyée à Jérusalem : si la majorité le souhaite alors, on restera en Terre Sainte, mais si elle y est contraire, on rentrera. Ils décident enfin que si le voyage était impossible, ils s'en remettraient au Pape.

Le 15 août 1534 , à Montmartre, au cours de la messe célébrée par Pierre, ordonné prêtre le 30 mai, chacun des compagnons assume personnellement le vou de tous. Les compagnons sont désormais solidaires, selon la manière d'Ignace, avec les Exercices comme lieu de rencontre et l'Eucharistie comme source de leur amitié. La journée se poursuit dans la joie puis chacun s'en retourne, non cependant sans avoir convenu de se réunir chez l'un ou l'autre pour « ranimer dans de pieux entretiens leur charité mutuelle au foyer d'une douce intimité ». En septembre, François fait les Exercices à son tour, non sans quelques excès. En octobre, il commence sa théologie, accompagnant Pierre et Ignace, maître ès arts depuis Pâques, chez les prêcheurs [dominicains], les mineurs [franciscains] et aux collèges de Navarre et de Sorbonne.

Depuis qu'il a achevé sa philosophie, Ignace a repris ses vieilles habitudes. Il s'isole de nouveau dans des cryptes mais, parlant désormais le français, il donne aussi les Exercices et de nombreux entretiens. De nouveau, ses manières inquiètent. Luther gagne du terrain à Paris. À la Toussaint 1533, le recteur de l'Université, un professeur de Sainte-Barbe, fait un discours sur la justification inspiré de Calvin. Un an plus tard, le 18 octobre 1534, sous l'influence de Zwingli, des placards contre la messe sont affichés jusque dans la chambre du roi. La répression est si violente que le pape s'en inquiète. Le choix d'Ignace est différent. Il s'efforce de convaincre les nouveaux protestants. Pierre et François l'assistent, Pierre, surtout, qui donne déjà les Exercices.

Au début de 1535 , Ignace est souffrant mais alors qu'il se prépare à quitter Paris, l'inquisiteur veut l'interroger sur les Exercices. Cette fois encore, l'affaire n'a pas de suite et, le lundi de Pâques, le pèlerin reprend la route en compagnie d'un roussin. Il est paisible. Il a confié ses amis à Pierre, leur « frère aîné », après leur avoir proposé une manière de vivre et les avoir invités à se rencontrer souvent. Il sait que le 15 août prochain et le suivant, ils monteront à Montmartre mais il ignore qu'alors trois nouveaux compagnons, gagnés par Pierre, les accompagneront : Claude Jaÿ, Paschase Broët et Jean-Baptiste Codure. Mais les évènements précipitent le départ des compagnons pour Venise, lieu du rendez-vous fixé avec Ignace. François 1er et Charles Quint sont de nouveau en guerre.

Sur ces entrefaites, François apprend qu'il a été élu chanoine à Pampelune mais sa vocation, il le sait désormais, est ailleurs. Aussi quitte-t-il Paris tout joyeusement, le 16 novembre, avec ses compagnons.


www.amisdansleseigneur.com
Jubilé 2006 « Amis dans le Seigneur », 14 rue d'Assas, 75006 PARIS
info@amisdansleseigneur.com – 01 42 22 02 44

 

Pour en savoir plus :

> L'animation flash du jubilé

> Le site offciel du jubilé 2006

> Un livre de Philippe Lécrivain sj :Le Paris au temps d'Ignace

> Paris ignatien