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Au début de son séjour, Ignace s'inscrit comme externe libre à Montaigu. Plusieurs raisons motivent ce choix : le désir de retrouver d'autres Espagnols, la réputation intellectuelle du collège et son enracinement dans la « dévotion moderne » découverte à Montserrat. Les premiers mois sont difficiles. François 1er et Charles-Quint sont en guerre et les Espagnols sont mal vus à Paris. Mais on se moque aussi du vieil étudiant aux comportements surprenants. Son argent dilapidé par un ami, il vit à l'hôpital Saint-Jacques mais il doit mendier pour vivre. Il passe aussi beaucoup de temps en conversations spirituelles et quand trois Espagnols, dont deux docteurs, décident de l'imiter, le tollé est énorme. Sur la pression de leurs compatriotes, les convertis rentrent dans le rang et l'on dénonce Ignace à l'inquisiteur mais l'affaire n'a pas de suite.
Nés en 1506, Pierre et François sont très différents l'un de l'autre. Le premier, un paysan savoyard, et le second, un aristocrate navarrais, ne voient pas l'avenir sous le même jour. François est résolu à faire une carrière ecclésiastique tandis que Pierre hésite entre la médecine et la théologie. Ils ne mènent pas non plus leur vie quotidienne de la même manière. L'aristocrate est un sportif accompli et pratique le saut, mais c'est aussi un habitué des tripots. Telles ne sont pas les pratiques du Savoyard. L'arrivée d'Ignace dans leur chambre provoque des réactions différentes. Peña ayant demandé à Pierre qui connaît bien le grec d'aider le pèlerin à lire Aristote, ils en viennent aux confidences. Ignace éclaire son répétiteur et, en 1530, le gagne à Dieu. François, lui, demeure distant, voire hostile. Il apprécie certes en Ignace l'aristocrate mais ne peut ignorer qu'au siège de Pampelune, ils n'étaient pas du même bord. Et puis, bien que le pèlerin mène désormais une vie spirituelle discrète, le Navarrais ne supporte pas ses élans et boude les réunions du dimanche matin à la Chartreuse. En mars 1530 , Pierre et François sont maîtres ès arts. Le premier, tout en demeurant à Sainte-Barbe, commence sa théologie, tandis que le second se prépare à enseigner Aristote à Beauvais-Dormans. En octobre, ils se séparent donc. François rejoint son collège, tout proche de Sainte-Barbe. Ignace cependant est bien décidé à gagner François à Dieu. Après bien des résistances, celui-ci se rend au début de 1533. Peu après, Simon Rodriguez, un boursier portugais, habitant Sainte-Barbe lui aussi depuis 1527, fait de même. Au printemps, Diego Laynez et Alfonso Salmeron, souhaitant rencontrer Ignace, arrivent au collège à leur tour. À l'automne enfin, un sixième homme, Bobadilla, ne tarde pas à croiser le pèlerin mais il loge au collège de Calvi. À la fin de 1533, Pierre Favre étant en Savoie depuis juin, aucun de ceux dont Ignace est devenu le confident ne partage sa chambre à Sainte-Barbe. Ils se connaissent assurément mais, en aucune façon, ils ne forment un groupe. En janvier 1534, les événements se précipitent. Pierre, dès son retour, fait les Exercices. L'hiver est très rude et c'est au printemps que Laynez, Salmeron, Bobadilla et Rodriguez suivent son exemple. Quant à François, il décide d'attendre l'été. En maintenant une distance entre eux, Ignace invite les retraitants à approfondir leur élection [leur décision] et à la lui faire connaître. À Pâques, avec François, il les réunit et les prie de se recommander à Dieu. Durant le mois de juillet, sous un soleil torride, ils font leur première délibération. Ils décident de vivre pauvres et chastes, d'aller à Jérusalem, de prêcher, à leur retour, aux infidèles et aux fidèles et d'administrer gratuitement les sacrements. Ils ne sont pas unanimes cependant. François incline pour rester en Terre Sainte tandis que Pierre préfère revenir en Europe et s'en remettre au Pape. La décision est renvoyée à Jérusalem : si la majorité le souhaite alors, on restera en Terre Sainte, mais si elle y est contraire, on rentrera. Ils décident enfin que si le voyage était impossible, ils s'en remettraient au Pape.
Depuis qu'il a achevé sa philosophie, Ignace a repris ses vieilles habitudes. Il s'isole de nouveau dans des cryptes mais, parlant désormais le français, il donne aussi les Exercices et de nombreux entretiens. De nouveau, ses manières inquiètent. Luther gagne du terrain à Paris. À la Toussaint 1533, le recteur de l'Université, un professeur de Sainte-Barbe, fait un discours sur la justification inspiré de Calvin. Un an plus tard, le 18 octobre 1534, sous l'influence de Zwingli, des placards contre la messe sont affichés jusque dans la chambre du roi. La répression est si violente que le pape s'en inquiète. Le choix d'Ignace est différent. Il s'efforce de convaincre les nouveaux protestants. Pierre et François l'assistent, Pierre, surtout, qui donne déjà les Exercices.
Sur ces entrefaites, François apprend qu'il a été élu chanoine à Pampelune mais sa vocation, il le sait désormais, est ailleurs. Aussi quitte-t-il Paris tout joyeusement, le 16 novembre, avec ses compagnons.
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Pour en savoir plus : > Le site offciel du jubilé 2006 > Un livre de Philippe Lécrivain sj :Le Paris au temps d'Ignace > Paris ignatien
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