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Le mystère de Dieu
et de l'homme
Edouard POUSSET s.j.
Extraits
Présentation
du livre >>>
Voir le Christ ressuscité
Qu'on y réfléchisse un instant ! Le propre de la résurrection, et nous y reviendrons, c'est justement de faire surmonter l'opposition entre l'extérieur et l'intérieur, le sujet qui connaît et l'objet connu, la réalité spirituelle et la réalité corporelle. Le Christ ressuscité est, quant à lui, présent à l'univers entier, lequel est désormais instauré en lui. Il n'est plus dans le monde c'est bien plutôt le monde qui est en lui. Il n'est plus ici ou là, et il n'a pas à venir d'ailleurs pour se trouver ici où il n'aurait pas été tout d'abord. Il est lui-même et non un autre, mais, en même temps, il pénètre en tout et tous jusqu'à la racine de leur être, où il demeure comme source de toute vie et de toute énergie. Il n'y a donc pas à l'enfermer dans les limites d'un corps naturel qui est là en face de moi, bien extérieur, comme une chose. Certes il est ressuscité en son corps ; mais ce corps n'est pas assujetti aux conditions de l'existence avant la mort; certes il est extérieur aux apôtres en ce sens qu'il est lui-même et que c'est de lui que procède leur radicale conversion ; mais il est tout autant intérieur à eux, non pas comme une pensée qu'ils produiraient, mais comme une présence agissante qui les renouvelle.
Par contre, il est clair que les apôtres ne sont pas de plain-pied avec lui, et de la sorte ils lui sont extérieurs au sens physique du mot et bien davantage encore au sens moral. C'est qu'ils ne sont pas passés par la mort et ils commencent à peine à mourir à eux-mêmes, à leurs illusions, à leurs imaginations, à leurs projets étroits. C'est par la foi que s'opère une telle mort; or la foi, ils commencent seulement de s'ouvrir à elle.
Dans ces conditions, voir le Christ ressuscité, l'entendre et le toucher comme quelqu'un qui est là parmi eux, et non ailleurs, extérieur à eux et non en eux, est une vérité; et c'est à partir de cette vérité qu'ils progressent dans la foi et la connaissance du don de Dieu qui leur est fait. Mais c'est une vérité assortie d'une limite qui tient à eux: du seul fait qu'il se manifeste à eux, ici, maintenant, le Christ ne peut être pour eux tel qu'il est en sa gloire. C'est bien pourquoi la dynamique des apparitions va à les rendre libres par rapport à un tel signe particulier: confirmés dans la foi, l'espérance et la charité par le don de l'Esprit, ils sauront reconnaître la présence agissante du Seigneur partout et toujours, et non pas là seulement où il se montrait à eux de façon particulière. C'est ainsi qu'après le temps des apparitions, vient le temps de la présence agissante du Seigneur en tout et tous, comme le montrent les Actes des Apôtres.
Et dès lors le Christ ressuscité sera confessé en vérité : visible en cela même qu'il n'est plus vu, agissant en cela même qu'il semble ne pas agir et laisser faire (comme en sa passion), présent dans l'absence; et ajoutons absent dans la présence, car il n'est aucune présence particulière, aucune manifestation de sa puissance qui soit à la mesure de ce qu'il est.
p.179
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Que pouvons-nous espérer, aujourd'hui ?
Le Christ a fait mourir en lui toutes nos volontés propres qui résistent, inconsciemment, à la vérité et à la liberté, et il a détruit l'égoïsme qui rabat l'homme sur lui-même et le replie (même physiquement). Il ne faut rien de moins que la force vive jaillie de la croix pour que commencent de mourir en nous ces ennemis intérieurs de notre liberté et de la joie de vivre dans des corps créés par Dieu. Que pouvons-nous espérer aujourd'hui de la résurrection du Seigneur ? Un peu de cette force libérante. Elle se met à sourdre en nous au jour même de notre baptême, et jaillit de plus en plus fort, à mesure qu'ayant reçu la parole de Dieu nous confessons nos errements avec un peu de sincérité. Le reste coule de source: on l'apprend, ou mieux, on le sent naître en son corps, quand on prend un bon bain, qu'on respire devant sa fenêtre ouverte, quand on marche, quand on plonge dans les vagues.
Sans tout mélanger, et sans vouloir remplacer la médecine par la confession des péchés, on peut convenir que les ressources du corps sont incroyablement paralysées ou rendues stériles par la paresse, l'obstination inconsciente et le manque d'imagination. Parlant de la mort du Christ en croix et de sa résurrection, ce n'est pas par hasard que viennent à l'esprit la force et la souplesse du sportif et du danseur.
Que pouvons-nous espérer, aujourd'hui? Un corps qui connaisse la joie, à la faveur d'une certaine ascèse de l'esprit entamant nos vouloirs propres, et d'une ascèse physique dont le premier fruit sera de nous maintenir « en forme ».
p. 200
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