" Moi, je prie tout le temps... Dans ma voiture, avant d'entreprendre un travail, devant un coucher de soleil, dans un moment de peine ou de joie...
Moi, je ne prie presque jamais. Je n'y pense pas. Et d'ailleurs, je ne sais pas prier...
Moi, j'arrive à prier quand même assez régulièrement le matin. Après, eh bien, c'est terminé. Il y a la prière et la vie..."
Le temps de la prière
Un instant, c'est un moment de brièveté : de quelques secondes à quelques minutes.
Quand le temps prend forme de durée, celle-ci n'est jamais qu'une addition d'instants. Cependant, ces fragments de temps additionnés deviennent différents : quelque chose peut se vivre en continu.
Dans le temps instantané comme dans le temps qui dure, notre être est concerné, et s'engage. Mais cet engagement, nous ne le vivons pas de la même manière.
Prier dans la durée
Un long temps va être donné à la prière. C'est de l'ordre de la décision, d'une priorité voulue par rapport aux « choses à faire » dans la journée. Notre liberté vraie se sent appelée à demeurer là et nulle part ailleurs : dans la contemplation attentive et silencieuse du Christ des Évangiles. Ou dans l'attardement de notre regard intérieur sur une scène réunissant Marie et son fils, tandis que glissent entre nos doigts les grains d'un chapelet. Ou encore dans l'accueil d'une lecture qui nourrit notre foi. Ou...
En s'écoulant, la demi-heure ou l'heure ordonnée à cette prière qui dure aide l'être humain à descendre au coeur de son coeur, là où il peut s'ouvrir à une étrange gratuité. Celle d'un amour venant d'un Autre que lui-même. Le priant reste dans ce « don », en cet Amour qui précède le sien, qu'il en ait conscience ou pas dans sa sensibilité. Et il accepte lentement dans une foi accueillie, de... se laisser prier.
Prier dans l'instant
À première vue, cette prière-là n'inclut pas la volonté. On parle d'un « élan du coeur » surgissant d'une émotion, d'une pensée, d'un souvenir. De fait, cette prière rapide et vive est prière spontanée : en forme de murmure à peine perceptible, en réflexion soudaine, en cri de la sensibilité... Notre humanité exprime là quelque chose de son besoin religieux. Car l'être humain est tissé de besoins: besoin de nourriture, de sommeil, d'affection, d'affirmation de soi, de sécurité... Parmi ces besoins se situe le besoin de transcendance.
Cette prière instinctive, tout le monde la connaît plus ou moins. Elle est suscitée par la crainte : « Seigneur, aide-moi! ». Par le soulagement après une fatigue : « Merci, mon Dieu ! ». Par le souci de quelqu'un : « Seigneur, soutiens-le! ». Par un regard admiratif sur une touffe de gentianes : « que c'est beau, ta création ! ». Même dans un roman policier, on lit soudain : « le pilote s'affola. Il fit une prière ».
Moments spontanés, moments partagés par des humains innombrables.
Qui prie quand je prie ?
Nous avons tous une propension tenace à nous tenir dans un lieu incroyablement étriqué. Nous existons (nous étouffons) à la fois dans une immédiateté inconsistante et dans les barbelés de nos frontières personnelles. Ce n'est ni bien ni mal: c'est ainsi que nous sommes humains. Et lorsque se mettent à naître en nous un courage, une exigence de vérité, un choix difficile, de l'amour pour quelqu'un, nous traduisons alors les choses ainsi: « je vais y arriver, je veux être loyal, je refuse ceci, je vais faire ça pour cette personne... ».
« Je »... ; l'auteur de nos désirs et le réalisateur de nos actes, c'est bien nous-mêmes. Et la beauté d'un homme, d'une femme, elle est bien là dans cet être qui dit « je ».
Alors, le Dieu de Jésus-Christ? Que vient-il faire là? Est-ce qu'il s'agit, comme on l'entend répéter si souvent, de... lui faire une place dans notre vie? La réponse ne peut être que non.
Ma vraie vie ne se réduit pas à ce que je perçois d'elle ! La réalité de la vie humaine, c'est beaucoup plus beau, plus grand, plus dynamisant. Cesser de m'étioler dans les murs de ma subjectivité, cela m'est possible, cela m'est offert. Dès que j'accepte de croire humblement avec les croyants d'hier et d'aujourd'hui, dès que je risque un oui à ce que le Christ a affirmé souverainement par la justesse de sa vie et la vigueur de sa résurrection, tout peut changer pour moi.
Ma vie est vie donnée par Quelqu'Un. Ma vie ne s'origine pas en elle-même. Un Autre, infiniment aimant, est à la source même de mon moi. Ma liberté est sans cesse appelée, au fond de moi-jamais à sa surface - à consentir à cet horizon paisible parce que sûr: mon courage surgit du courage divin, ma loyauté prend naissance en la droiture de Dieu, ma capacité d'aimer jaillit de l'Amour même.
... Ma prière, qu'elle soit prière de durée ou prière dans l'instant, naît d'une prière divinement permanente en moi. C'est d'abord Dieu qui croit en l'homme!
Une prière en Christ
Ce que Jésus a révélé est nouvelle bouleversante, nouvelle de joie (c'est la signification du terme « évangile »). Aucun cerveau humain ne pouvait en avoir la moindre idée. Il fallait que Dieu, pour devenir crédible, prenne corps d'homme.
« Je vous enverrai mon Esprit ». Le Ressuscité prie tout le temps en mon humanité. Par lui, Dieu prononce sans cesse avec les êtres humains un « nous » chaleureux. Et son rêve? Qu'il y ait partenariat. Que les êtres humains, nés de lui et destinés à lui (Jn 13, 3) consentent, comme en tout amour, à régulièrement durer » avec lui, disant avec lui le « nous » d'une alliance vivante.
Alors, la prière dans l'instant sera véritablement prière chrétienne », prière de communion avec Jésus-Christ. |