« Rien n'est plus vieux que le journal d'aujourd'hui » disait Charles Péguy qui se méfiait de l'information immédiate. Cependant, au moment d'écrire dans cette revue dédiée à la prise de distance, nous ne pouvons ignorer l'ambiance créée autour de l'affaire climatique par les phrases chocs de médias dont la puissance de propagation est sans commune mesure avec celle des journaux du temps de Péguy. Avant Copenhague, c'était le temps du catastrophisme, de la réunion de la dernière chance pour sauver la planète; après Copenhague, c'est le temps du scepticisme et de la mise en accusation du Giec [note 1 >>].
Ces basculements d'ambiance font partie du problème. Observateurs de longue date d'un dossier longtemps sous-estimé, nous étions inquiets des retombées de l'éclatement prévisible de la surprenante bulle spéculative de l'avant Copenhague, et nous sommes aujourd'hui frappés par la bulle du climatoscepticisme. Or le dossier climatique renvoie à un nœud de questions (développement, sécurité énergétique, paris technologiques, compétitivité, emploi) qui sont porteuses, chacune, de divisions et de difficiles arbitrages entre la pression du court terme et les exigences du long terme. Il faut pour le traiter un effort soutenu qui ne peut qu'être découragé par des oscillations permanentes entre messages, voire mythologies, antagonistes.
Au moment où on demande «°Comment a-t-on pu mobiliser autour d'un modèle informatique prédisant un réchauffement climatique de 2°C dans un siècle - la belle affaire! - le gratin d'une planète qui vient déjà d'essuyer les dégâts, dans le domaine bancaire, d'un autre monde virtuel informatique? » (C. Allègre p. 7), il nous a paru nécessaire de resituer Copenhague et ses suites dans une double perspective : celle des enjeux réels et non fantasmés du réchauffement planétaire et celle de l'historique de vingt ans de négociations.
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Tant que n'est pas paru la revue Projet n° 316
Note 1. L'attaque est simultanée dans plusieurs pays sous des formes diverses. En France, elle est surtout articulée autour du livre de Claude Allègre, L'imposture climatique , Plon, 2010. Ce n'est pas la première de ce type ; on rappellera Yves Lenoir, La vérité sur l'effet de serre . Le dossier d'une manipulation planétaire , La Découverte, 1992, qui formulait la thèse d'une manipulation par le lobby nucléaire, thèse absente du livre de Claude Allègre.
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