L'Institut du Bon-Pasteur, un espoir ou une équivoque?
En 2006, Rome réconciliait à Bordeaux un groupe de prêtres traditionalistes issus du mouvement de Mgr Lefebvre. Les conditions dans lesquelles la décision a été prise ont causé un réel malaise. S'agit-il seulement d'une question de liturgie ou l'affaire n'enveloppe-t-elle pas une remise en cause de la réception de Vatican II ? Les inquiétudes seraient moins grandes si les documents publiés à l'occasion de l'instauration du nouvel Institut du Bon-Pasteur exprimaient clairement de la part des traditionalistes réconciliés une attitude de reconnaissance de l'enseignement du dernier Concile. Le flou, pour ne pas dire l'ambiguïté, sur ce point pourtant essentiel est préoccupant. Cet article voudrait proposer une réflexion clarificatrice à partir de l'histoire tumultueuse de Mgr Lefebvre au terme de laquelle s'inscrit ce nouvel épisode.
Je tiens à dire d'emblée que la réconciliation de certains, et si possible de tous les traditionalistes, avec l'Église ne peut être que souhaitée, favorisée et désirée par tous les catholiques. On comprend la préoccupation romaine de ne pas laisser s'enkyster un nouveau schisme, quand on sait la difficulté qui existe à recomposer l'unité visible de l'Église après les séparations du passé. À mes yeux, il serait incohérent de le chercher avec certains et de le refuser à d'autres. Si une souplesse liturgique plus grande peut y aider, on ne peut que s'en réjouir et tendre la main en toute charité, mais à condition que les choses se fassent dans la vérité.
Reconnaissons que la Réforme liturgique de Vatican II a été appliquée, au moins en France, sans assez de pédagogie. Le résultat fut que l'affectivité religieuse de nombre de traditionalistes en a été choquée : on les privait de rites et d'une langue dans lesquels ils avaient investi leur foi et leur piété avec toute leur sensibilité. Ils se sentaient comme veufs. Une transition plus progressive, une information et une justification éclairées auraient pu aider à faire évoluer ceux qui étaient le plus « choqués » en leur âme et conscience. On peut donc comprendre que la messe dite de Paul VI soit célébrée plus souvent en latin avec les grands textes chantés de la tradition grégorienne ou polyphonique du Kyrie, du Gloria, du Credo, du Sanctus et de l'Agnus, et que la messe de saint Pie V soit célébrée en certains lieux choisis par les évêques là où la requête des fidèles serait suffisamment nombreuse. Il faudrait alors éviter que la différence des rites ne se traduise par une division de fait dans l'Église.
Mais si derrière la question liturgique, nous nous heurtons à des hommes qui ont toujours la certitude d'être restés dans la vérité malgré et contre l'Église, et à leur volonté de faire céder celle-ci sur ce point symbolique, pour enfoncer un coin dans l'édifice de Vatican II, si les traditionalistes interprètent un acte de souplesse pastorale comme l'accès à un « bastion de la reconquête » et finalement la justification de leur désobéissance prolongée et parfois obstinée à l'Église, alors nous pouvons être légitimement inquiets.
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