Les premiers mots du Credo sont la traduction française du latin credo : « je crois ». Deux parties dans le commentaire de ces mots : l'une sur le « Je », la première personne du singulier ; l'autre sur le verbe « croire ». Commençons par le verbe : nous verrons qu'il ne se conjugue bien qu'à la première personne du singulier, comme un engagement personnel.
Accueillir la vie
Qu'est-ce que croire? Essentiellement, c'est faire confiance. Avant d'aborder la question du sens et de la place de la foi dans la sphère religieuse, il est bon de noter la place de la confiance dans la vie sociale. À la base de la vie en société, il y a un acte de foi fondamental dans les hommes. Bien sûr, la confiance ne doit pas devenir crédulité et naïveté, mais, sans le présupposé favorable de la confiance; je verse dans la paranoïa, et la vie en société se révèle vite insupportable.
La relation de confiance va plus profond encore. Comment continuer à vivre sans la foi en la vie même, la vie qui est bonne et mérite d'être reçue avec reconnaissance ? Au Livre de la Genèse, dans le récit de la Création, il est dit « Dieu vit tout ce qu'il avait fait. Voilà, c'était très bon » (1,31). Donner, avec Dieu, notre acquiescement à la Création, l'accueillir comme un don de l'amour de Dieu, comme la manifestation de son désir d'alliance avec l'humanité, est le point de départ de la foi en Dieu. Dans l'accueil de la vie, nous pouvons faire la première expérience de la foi en Dieu, origine de la vie.
Un pauvre crie...
La foi est une relation de confiance de personne à personne. Dire : je crois en Dieu, c'est dire que je mets en lui ma confiance. Le Credo ne doit donc pas être entendu comme un catalogue de « vérités à croire », mais comme l'appel et la prière du pauvre qui dit sa confiance dans le Seigneur : « Un pauvre crie, le Seigneur entend » (Psaume 34,7). La confiance est un des grands thèmes
des psaumes. « Dans la paix, je me couche et je dors, car tu me donnes d'habiter, Seigneur, dans la confiance » (4,9). La confiance du psalmiste repose sur la fidélité de Dieu, solide comme un roc : « je n'ai de repos qu'en Dieu seul, mon salut vient de lui. Lui seul est mon rocher, mon salut, ma citadelle : je suis inébranlable » (62,2-3).
Le Credo n'est jamais aussi vrai que lorsqu'il est un cri adressé à Dieu, comme celui de Pierre dans la tempête : « Seigneur, au secours! Nous périssons ! » (Matthieu 8,25). Ou encore lorsqu'il est murmuré humblement, comme dans la confession de Pierre au jour où beaucoup de disciples décident de quitter Jésus : « À qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6,68).
Un engagement personnel
Le Credo est dit à la première personne. Dans les célébrations, les chrétiens utilisent la première personne du pluriel pour dire la prière du Seigneur (Notre Père), qui est prière commune et communautaire, mais ils disent le Credo à la première personne du singulier (je crois), même lorsqu'ils le disent ou le chantent en communauté : la foi est engagement de la personne. Au baptême, la question est posée à celui qui demande le baptême, et même si plusieurs personnes sont baptisées en même temps, chacune répond : « Je crois ».
Dans une société pluraliste, avec des abris institutionnels fragilisés, l'aventure religieuse est moins collective qu'autrefois. Le chrétien adulte est appelé à témoigner de sa foi par un acte libre. Il est appelé à « rendre raison de l'espérance qui est en lui » (1 Pierre 3,15) personnellement, librement, en adulte qui ose penser par lui-même. Dire « je », prendre ses responsabilités, voilà ce qu'on attend de lui. Le Credo est, à la première personne du singulier, une réponse personnelle à un appel personnel.
Comment entendre cet appel ? Vous lisez jour après jour quelques lignes des Écritures. Longtemps, cela ne vous dit rien, cela ne vous parle pas. Mais, en des instants de grâce, il est donné d'entendre une parole à un seul adressé. À l'appel de son nom, le coeur se met à battre et l'homme fait l'expérience simple et forte qui lui permet d'affirmer : « Elle est vivante, cette parole ! Elle est dite pour moi. Elle change ma vie et ma manière de voir le monde et les autres. »
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