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Je reviens touché et heureux de deux semaines "d'itinérance" dans le diocèse de Limoges durant l'été 2008. Un événement a lieu en Creuse : une nouvelle Eglise est en train de naître.
Expérience revigorante de radicalité évangélique Ce qui m'apparait d'abord, c'est la joyeuse simplicité de ce que nous avons vécu, comme un retour à la radicalité de l'Evangile. La première semaine de rencontres gratuites nous a disposés intérieurement pour la deuxième semaine, de service au milieu de la communauté chrétienne.
Cela met dans une attitude de fraternité, source de consolation et de réconciliation, de grandes joies lorsque la rencontre advient, réciprocité d'hospitalité du cour. Lorsque nous sommes éconduits, nous vivons cela aussi comme un don de Dieu, car il nous dispose lui-même à tout recevoir comme venant de lui : accueil ou rejet, sourire ou réprimande, bras ouverts ou visage fermé. Dans l'un et l'autre cas, il nous rend libres pour accueillir la décision de cette personne chez qui nous frappons.
L'autre ministère qu'il nous est donné de vivre est la réconciliation. Nous sommes témoins du passage du pardon. Je n'en citerai qu'un exemple : une femme, dont le mari s'est suicidé, et qui restait enfermée chez elle, nous a ouvert la porte. Et peu à peu, en parlant, nous assistions à une naissance : c'était comme si le fait de nous raconter son épreuve lui permettait enfin de la traverser et d'en percevoir l'issue. Elle a terminé en disant qu'elle allait maintenant rendre visite à une voisine.
Naissance d'une Eglise nouvelle La seconde semaine, nous nous mettons au service de la communauté chrétienne, dans ce même esprit de vulnérabilité. Nous sommes là pour écouter avec eux, pour discerner la manière dont l'Esprit travaille. Le premier dimanche, on m'a demandé de prononcer l'homélie dans l'une des églises, sur l'évangile du bon grain et de l'ivraie. Je n'avais qu'à dire ce que nous étions en train de vivre. Le bon grain, c'est l'Esprit déjà à l'ouvre. L'ivraie, c'est par exemple de refuser de vivre le deuil d'une société et d'une Eglise qui n'existent plus, d'une manière de vivre ensemble, d'un lien millénaire tissé de génération en génération dans chaque village et entre les villages, et de proche en proche dans tout le pays. C'était un tissu stable, prévisible, repéré et encadré. L'ordre avait ses garants : maire, instituteur, curé... Ce tissu était plus fort que toute division interne. Les jeunes savaient que leur avenir serait assez semblable à la vie de leurs pères. Aujourd'hui, cet ordre s'est disloqué : l'avenir est incertain, l'individu est mis en demeure de pallier l'absence de cadre, priorité est donnée à la conscience personnelle. Avec le tissu se perd aussi la hiérarchie, ses garants. Dans les campagnes, la crise s'est doublée de l'exode rural, où ceux qui sont partis passaient, nous a-t-on dit, pour les meilleurs, d'où un fatalisme latent chez ceux qui restent. On nous parle aussi des primes agricoles à partir de 1973 qui auraient blessé la solidarité paysanne et encouragé la compétition. Nous vivons un deuil. Nous pouvons en reconnaître des aspects : certains sont dans l'abattement, d'autre dans le déni, d'autre dans l'acceptation... Deuil d'une société, et deuil d'une Eglise : avec un seul prêtre pour trente et bientôt soixante communes, le modèle d'encadrement (une commune, une paroisse, un curé), voire celui d'une initiation qui présuppose des communautés structurées, n'est plus possible. Que tout cela ne nous cache pas la naissance d'une société nouvelle, et d'une Eglise nouvelle ! Je rends grâce d'avoir été le témoin d'un instant de cette naissance. Des discussions qui ont eu lieu, je retiens la question du choix des responsables locaux et le désir qu'ils soient choisis selon l'Esprit, dans un discernement priant, mené par la communauté et le prêtre qui trouve là un rôle nouveau. En chaque lieu, l'Esprit est à l'ouvre, et il fait déjà communauté. Guilhem CAUSSE sj
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Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |