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Dans la rue... Il y a deux ans, il m'a été donné d'habiter un mois avec Christian Herwartz, dans la communauté jésuite de la “Naunystrasse” dans le quartier populaire de Kreutzberg, à Berlin. Durant ce séjour, je suis allé à Nuremberg avec Christian pour vivre les “ Exercices spirituels dans la rue” qu'il propose depuis plusieurs années en Allemagne. Ce que j'y ai vécu a forgé en moi la conviction profonde que la rue, ce lieu où nul n'est chez lui, où nous sommes tous des « Araméens errants », peut devenir le lieu d'une véritable rencontre avec Dieu.
Debout au centre, Christian Herwartz Précisons, avant de commencer, ce que n'est pas ce type d'Exercices. Mon but va être moins de vous expliquer la démarche, que de vous partager comment j'ai moi-même été touché lors de l'accompagnement. C'est déjà en quelque sorte faire droit à l'un des fondements des Exercices spirituels dans la rue, comme pour toutes nos retraites : ce n'est pas une méthode pour mener le retraitant à un endroit précis, connu à l'avance, mais la mise en place de conditions favorables à une rencontre entre le Seigneur et la personne… si Dieu le veut ! L'unicité de chacun travaillé par l'Esprit Durant ces dix jours, j'ai surtout été marqué par la manière dont le Seigneur respecte l'unicité de chaque personne. En effet, bien que tous les soirs chacun ait été invité à faire le récit de sa journée (en évoquant les lieux où il était passé) et à exprimer les déplacements qu'il avait pu vivre, et bien que cet échange ait donné du goût à l'un ou l'autre de se rendre le lendemain dans le même lieu, le souffle de l'esprit travaillait chacun d'une façon absolument unique, à la mesure sans mesure de ses caractère, histoire, questions, épreuves… D'ailleurs, une des propositions de la démarche consistait (dans les deux premiers jours du fondement) à inviter les participants à donner un nom personnel à Dieu en fonction de leur propre expérience. A la manière de Hagar, fuyant Saraï au désert, et qui nomme Yahvé : « celui qui me voit » (Gn 16,13). Lorsqu'une femme ou un homme arrive à donner un nom personnel à « Dieu », une rencontre en vérité peut advenir. Le nom qu'ici j'aimerais donner à Yahvé est : « celui qui seul connaît le fond unique de mon cœur ». L'invitation à se laisser désarmer, Sabine et Brigitte ont, toutes deux, été bouleversées par le tableau de Delacroix, La lutte de Jacob avec l'Ange, dans l'église St-Sulpice. En lutte, Jacob y est représenté pieds nus et ses armes déposés à terre, à droite des deux personnages. Dans la rue lorsqu'on est disponible, ou plutôt lorsque l'imprévu vient à notre rencontre, nous désarme, nous sort de nos habitudes et du “bien connu”, de nombreuses règles ou préjugés tombent, symbolisées par les chaussures que Moïse est invité à retirer (Ex 3), qui nous servent de protections, certes, mais qui deviennent avec le temps des obstacles à la rencontre du réel, de l'autre, de Dieu (« celui qui seul connaît le fond unique de mon cœur »), de soi-même. Jacob avait-il prévu de mener un combat au Yabboq ? Certainement pas. Cependant, après cet évènement, il ne vit plus la vie comme avant. Bien des fois, j'ai eu le sentiment, en entendant l'homme ou la femme que j'avais devant moi faire le lien entre sa journée et toute son histoire, que son regard s'était déplacé. Bien que ne sachant pas encore raccorder ensemble tous les morceaux du puzzle de leur vie, bien que de nombreuses questions soient restées en suspens, ils ne s'y rapportaient plus de la même manière au fur et à mesure de l'avancée de la retraite. Une réconciliation était en germe.
La découverte de “lieux saints ” en dehors et en moi Quatre journées sur les dix sont consacrées à la découverte des “ lieux saints” où une Présence se manifeste à moi, comme à Moïse face au “Buisson ardent”. Pour certain, ce lieu fut le “Mémorial de la déportation”, pour un autre la Gare Montparnasse, pour d'autres la rencontre avec une personne sans domicile, mais aussi, petit à petit, les étapes importantes de leur propre vie. Là, attentifs à de ce qui se mettait en mouvement en eux-mêmes, un espace s'ouvrait à l'écoute et à un regard renouvelés. Ce chemin d'écoute au bout duquel une simple auberge devient, pour les disciples d'Emmaüs, un “ lieu saint” où ils reconnurent Jésus au signe du don total de sa vie et à leur cœur brûlant. « A l'instant même » (Lc 24,33), ils retournèrent à Jérusalem, dans leur milieu de vie quotidien, transformés. Yves STOESEL, sj
Site : http://www.con-spiration.de/exerzitien/french/index.html
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