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Darwin
et le christianisme
Vrais et faux débats

Un livre de
François Euvé sj

aux éditions Buchet / Chastel
janvier 2009, 19 €

 

Présentation de l'éditeur

En publiant en 1859 L'Origine des espèces, Charles Darwin proposait un modèle simple - celui de la sélection naturelle - pour rendre compte de la diversité du monde vivant et de sa capacité à subsister. Il heurtait violemment la représentation habituelle d'un monde créé par Dieu, permanent et stable.

Son idée d'une origine animale de l'homme semblait contredire la Bible. Le livre rencontra un succès fulgurant : les 1250 exemplaires de la première édition se vendirent dès le premier jour ! La communauté scientifique se rangea rapidement derrière Darwin, au grand dam de l'Église. Quelle place restait-il à Dieu ? Si le monde était mu par la compétition, n'était-il pas forcément injuste, immoral ? Comment faire tenir ensemble le matérialisme darwinien et les traditions spirituelles et religieuses ? Le malentendu était total. Aujourd'hui, la position de l'Église a évolué. Benoît XVI a déclaré que Rome n'était plus hostile aux thèses de Darwin. Cependant le courant « créationniste », principalement aux États-Unis, maintient une opposition radicale en s'appuyant sur une lecture littéraliste de la Bible...

Dans un livre stimulant et de lecture facile, François Euvé, scientifique et théologien fait le point sur ces débats. Comment comprendre Darwin ? Les excès des pour et des contre... Quelle liberté pour l'homme dans un monde en évolution ? Quelle relation entre la science et la foi ?

Feuilleter le livre >>>

Extrait (p. 46-48)

L'impact de Darwin
sur le vision religieuse du monde

Des six questions que pose L'Origine des espèces la première est la plus simple. Elle concerne le conflit avec la chronologie biblique. La longue durée du processus évolutif s'oppose à la brièveté de celle-là. Alors que la Bible semble fixer le commencement du monde environ quatre mille ans avant la naissance du Christ (quatre mille quatre selon le décompte de l'évêque James Usher au début du XVIe siècle), le schème darwinien suppose un temps beaucoup plus considérable pour laisser à la sélection naturelle le temps d'exercer son effet.

Cet argument est tellement simple qu'il est trompeur. C'est vrai qu'on le retrouve encore aujourd'hui parmi les créationnistes partisans de la « terre jeune » (young-earth creationism). Mais, avant Darwin déjà, la question avait été soulevée en lien avec les études géologiques qui postulaient, pour la formation du relief terrestre, des durées beaucoup plus longues que la chronologie biblique. Dès le XVIIIe siècle, des théologiens avaient admis que cette dernière ne devait pas être prise au pied de la lettre, soit que les « jours » du récit de la création correspondent à des périodes beaucoup plus longues, soit que les durées de l'histoire biblique aient une valeur plus symbolique qu'historique au sens moderne. C'est plutôt - paradoxalement - au XXe siècle que l'argument biblique reviendra au premier plan dans certains groupes religieux américains, à l'époque d'un retour du fondamentalisme.

Derrière un conflit d'autorité se cache une question plus profonde, qui dépasse d'ailleurs la vision proprement religieuse. La théorie de l'évolution a considérablement augmenté le temps historique. La chronologie biblique, comme de nombreuses chronologies « mythologiques », présente des durées à « échelle humaine ». Il est facile de se représenter une durée d'un siècle, certaines personnes en ayant la mémoire directe. À défaut, on peut se souvenir des récits de la génération précédente. Le millénaire est plus difficile à imaginer, mais pas impossible. On est encore dans les temps « historiques ». Comme le disait Buffon : « Etant accoutumés par notre trop courte existence à regarder cent ans comme une grosse somme de temps, nous avons peine à nous former une idée de mille ans, et ne pouvons plus nous représenter dix mille ans, ni même en concevoir cent mille (1). » Que dire alors du million d'années ? Cela devient abstrait, irreprésentable en termes de générations. La vie humaine individuelle paraît noyée dans un océan temporel dont on n'aperçoit plus les bords.

Comment se référer à un commencement, s'il est rejeté quasiment à l'infini? Déjà la révolution galiléenne de la physique avait considérablement élargi la taille de l'univers jusqu'à faire penser qu'il pouvait être infini en extension. Darwin (déjà quelques autres avant lui) fait subir la même dilatation au temps. Quitter un cosmos à « taille humaine » pour entrer dans un univers infini ne peut manquer d'inquiéter.

Au-delà de la seule chronologie, c'est aussi le conflit avec une certaine lecture de la Bible. On sait l'importance de cet élément dans les controverses postérieures autour du créationnisme, à tel point qu'on pourrait penser que le débat se ramene a une opposition entre « science » et « Bible ». Pour certains croyants, le darwinisme est critiquable simplement parce qu'il est incompatible avec une lecture littérale des trois premiers chapitres de la Genèse. À l'époque de Darwin, cet élément ne doit pas être surestimé. L'argument se rencontre, mais moins qu'on pourrait le croire. L'une des raisons est que cela fait déjà plusieurs décennies que le littéralisme biblique avait été mis en question. Les premiers éléments d'une lecture critique de la Bible, datant du XVIIe siècle, commençaient à pénétrer les esprits, même s'il faut attendre les travaux de l'école allemande de la moitié du XIXe siècle pour que cette lecture s'impose largement (malgré, là encore, des résistances, en particulier du côté catholique, jusqu'au milieu du XXe siècle). Il faut se rappeler les arguments que Galilée avait repris de saint Augustin: les textes de l'Écriture sont « accommodés » aux lecteurs du temps. S'ils parlent, par exemple, de fixité de la terre, c'est que cela correspondait à la cosmologie de l'époque. Les références apparemment « scientifiques» de la Bible ne sont pas « parole d'Evangile ».

(1). Buffon, Époques de la nature, « Première époque », p. 67-68; cité par Jacques Roger, p. 541.

 

 

 

Pour en savoir plus :

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> Science, Foi, Sagesse :
vers une convergence ?

> Sur la-croix.com : L'Eglise et le Darwinisme en débat