Le puits de Jacob
L'eau, vive ? Si nous avons remarqué les connotations dangereuses, le risque mortel, qui peuvent s'attacher à l'eau, nous voici peu à peu du côté de la puissance de vie de l'eau. Mais, pour l'instant, nous sommes restés dans l'Ancien Testament : l'eau vive, c'est Jésus qui en parle. Non qu'il n'y ait point d'eau vive dans les Écritures, bien au contraire, elles sont source d'eau vive, mais cependant, c'est Jésus qui parle de l'eau vive.
L'évangile johannique nous raconte d'où Jésus la tient, cette eau vive : lors de la rencontre et de l'échange entre Jésus et la Samaritaine, près d'un puits (Jn 4). Près d'un puits, selon la topique du lieu, conflit, et fiançailles. Tout commence par la soif: Jésus, fatigué du chemin, au plein midi du jour, a soif. Il quémande de la femme qui vient puiser un peu d'eau pour boire, pour étancher sa soif. Mais cette demande, aussi simple et naturelle soit-elle, suppose un accord. C'est le conflit qui est d'entrée de jeu mis en avant, que l'on ne peut ingénument passer sous silence, fût-ce pour répondre à la simple demande de l'eau à boire. Car entre le Juif et la Samaritaine, que peut-il y avoir de commun? Sans doute, malgré tout, ce puits, quelque chose, puisque c'est le puits de Jacob, l'ancêtre commun des Juifs et des Samaritains. Mais voilà, les disputes entre les héritiers ont créé la distance, maintenant difficilement franchissable, même pour le simple geste de donner de l'eau à boire. Demande qu'on en arriverait à oublier, tant le conflit a pris de l'importance et empêche de fait toute réciprocité. Discrètement, Jésus rappelle ce qui est vraiment commun, au-delà de l'ancêtre qui a donné le puits : c'est le don de Dieu, source d'eau vive - et voilà le terme d'eau vive qui apparaît. La conversation entre Jésus et la femme ne s'est point rompue, elle continue, maintenant revenue sur son point de départ : la soif, tout simplement exprimée (si tu savais qui te dit: donne-moi à boire). Car l'eau vive, don de Dieu, à la différence de l'eau que l'on puise au puits de Jacob, étanche vraiment la soif, désaltère pour de bon. Cette parole de Jésus touche délicatement la femme, en quoi elle reconnaît son désir et la fatigue de venir chaque jour, seule, puisse l'eau au puits. Et voilà que l'échange s'est inversé, car c'est la femme qui maintenant demande: Donne-moi cette eau. Parole qui surgit du fond d'elle-même, de son désir, comme Jésus l'avait déjà suggéré : en lui une source jaillissant. La soif de l'un et de l'autre est mutuellement reconnue, la réciproque établie, le conflit surmonté.
Fiançailles, alors. La conversation continue, et l'on parle vrai, et bien. La femme ne s'offusque pas de ce que Jésus lui parle de ses maris, car c'est là sa douleur, sa solitude. Il faut compter le nombre de maris de la femme qui vient puiser l'eau, seule, à l'heure de midi. Elle en a eu cinq, et celui qu'elle a maintenant - le sixième - n'est pas son mari. Jésus ne serait-il pas, symboliquement ce septième époux, qui délivrera la Samaritaine de sa quête incessante et lui offrira l'eau qui désaltère définitivement ?
La conversation s'achèvera en revenant le conflit entre les Juifs et les Samaritain, à propos de l'adoration de Dieu.
Jésus, qui avait soif et lui avait demandé à boire, a pu établir avec cette femme, grâce à une conversation d'un grand tact, une relation de réciprocité, et lui révéler cette source d'eau vive au plus intime d'elle-même, précisément lorsque des paroles vraies et justes s'échangent entre eux deux.
Les Écritures bien entendues (ce qui s'appelle « croire ») avaient creusé le désir de notre humanité vers la source d'eau vive, et nous avaient mis dans la position d'accueillir la nouveauté en Jésus, à savoir que cette source était là, sur terre, à nous offerte en la personne et dans les paroles de Jésus. La révélation de Dieu, par la médiation de la Torah, don de Dieu sur la montagne, est cette source d'eau vive, et elle est maintenant présente, toute proche de nous, ni sur une montagne ni sur une autre, mais grâce au colloque avec Jésus. |