Chapitre I
Le message de Populorum progressio
Le texte de l'encyclique entière contient six chapitres. Le premier, encore introductif, concerne l'encyclique de Paul VI, Populorum progressio (Le développement des peuples) de 1967 que Benoît XVI se propose de commémorer, afin d'en reprendre et prolonger lui-même le sujet, à savoir le « développement ». Il traite, pour cela, de la «doctrine sociale » de l'Église en général, de la continuité de celle-ci, puis du « développement » lui-même et des conditions qui lui permettent d'être authentique, du rôle de l'Église à son sujet, enfin de l'ensemble de l'enseignement du pape Paul VI dans lequel s'inscrit son propos sur le développement.
La « doctrine sociale »
La « doctrine sociale de l'Église » est, dit tout de suite Benoît XVI, « construite sur le fondement transmis par les Apôtres aux Pères de l'Église » (CV 12). Elle part de la «Tradition de la foi des apôtres» (CV 10) et n'est donc pas une nouveauté, plus ou moins suspecte, du XXe siècle. C'est dire aussi que le premier mot de la « doctrine sociale de l'Église », comme de tout enseignement de l'Église, est charité, amour.
| 2. La charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l'Église. Toute responsabilité et tout engagement définis par cette doctrine sont imprégnés de l'amour qui, selon l'enseignement du Christ, est la synthèse de toute la Loi (cf. Mt 22, 36-40). L'amour donne une substance authentique à la relation personnelle avec Dieu et avec le prochain. Il est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques. |
Le concile Vatican II dans ce contexte
Le concile Vatican II, souvent taxé à son époque de nouveauté, a néanmoins lui aussi tout simplement « approfondi tout ce qui appartient depuis toujours à la vérité de la foi» (CV 11). Benoît XVI, contrairement à des vues répandues dans certains cercles traditionalistes critiques à l'égard du Concile et du post-Concile, tient ici à souligner l'unité de l'enseignement social de l'Église avant et après le Concile.
Développement et « développement authentique »
Benoît XVI commémore ensuite l'encyclique de Paul VI Populorum progressio de 1967. Il approfondit la signification théologique de la notion de développement évoquée chez Paul VI faisant appel à la « vocation » qui est en tout homme, renforcée ensuite avec Jean-Paul II montrant dans Sollicitudo rei socialis (1987) que le développement n'est pas simplement « laïc » ou « profane » mais de bien plus grande portée. (Jean-Paul II est cité ci-dessous de concert avec Paul VI).
| 8. [...] Plus de quarante ans après la publication de cette encyclique [Populorum progressio], je désire honorer la mémoire de Paul VI, et rendre hommage à ce grand Pontife, en reprenant ses enseignements sur le développement humain intégral et en me plaçant sur la voie qu'ils ont tracée, afin de les actualiser aujourd'hui. Ce processus d'actualisation commença avec l'encyclique Sollicitudo rei socialis, par laquelle le Serviteur de Dieu Jean-Paul II voulut commémorer la publication de Populorum progressio à l'occasion de son vingtième anniversaire. Jusque-là une telle commémoration n'avait été réservée qu'à l'encyclique Rerum novarum. Vingt ans après, j'exprime ma conviction que Populorum progressio mérite d'être considérée comme l'encyclique Rerum novarum de l'époque contemporaine qui éclaire le chemin de l'humanité en voie d'unification. |
Le développement, affaire d'« Église»
Pour Benoît XVI, le développement est aussi affaire d'« Église » - ce qui ne veut pas dire d'elle seule, cependant d'elle très nécessairement: «toute l'Église, dans tout son être et tout son agir, tend à promouvoir le développement intégral de l'homme » (CV 11). Elle y contribue, peut-on dire, essentiellement, ce qui suppose une conception très large du «développement intégral » humain (CV 11).
L'Église a, en outre, à l'égard du développement un « rôle public, qui ne se borne pas à ses activités d'assistance et d'éducation » (CV 11).
La dimension religieuse dans le développement de l'homme et l'économie
Paul VI a enseigné avec force que le développement authentique de l'homme concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions. Corrélativement, pour chaque homme le développement n'existe pas sans une dimension religieuse, et en conséquence sans la perspective de la « vie éternelle ». Le développement n'est pas uniquement affaire d'« institutions ».
Sans leur dimension religieuse, l'homme et son développement manquent de souffle. Et le pape recourt, encore, à cette expression forte : « [L'homme] a besoin de Dieu » (CV 11). Sans cela, encore, l'homme s'expose à la présomption de se sauver par lui-même et cela mène à un « développement déshumanisé » (CV 11).
| 12. [...] La doctrine sociale est construite sur le fondement transmis par les Apôtres aux Pères de l'Église, reçu et approfondi ensuite par les grands Docteurs chrétiens. Cette doctrine renvoie en définitive à l'Homme nouveau, au « dernier Adam qui est devenu l'être spirituel qui donne vie» (1 Co 15, 45), principe de la charité qui «ne passera jamais » (1 Co 13, 8). Elle reçoit le témoignage des saints et de tous ceux qui ont donné leurs vies pour le Christ Sauveur dans le domaine de la justice et de la paix. En elle s'exprime la mission prophétique des Souverains Pontifes : guider d'une manière apostolique l'Église du Christ et discerner les nouvelles exigences de l'évangélisation. C'est pour ces raisons que Populorum progressio, inscrite dans le grand courant de la Tradition, est encore en mesure de nous parler aujourd'hui. |
Le développement est, peut-on dire encore, le «déploiement» de l'homme, qui n'est jamais un être arrêté, mais un être en mouvement, en marche, en cours de réalisation. Cela concerne sa vie économique tout autant que sa vie culturelle et religieuse. |