![]() |
![]() |
||
|
|
Stanislaus Fernandes, S.J. Lors d'une rencontre des Supérieurs Majeurs des Assistances de l'Asie du Sud du Sud-est qui s'était tenue à Bangkok en 2002, le Père Peter-Hans Kolvenbach alors Supérieur Général, nous avait invité à suivre les pas de François-Xavier. En réponse à cet appel, la Conférence jésuite pour l'Asie du Sud (JSCA) a décidé de donner un coup de main à l'Afghanistan qui vivait une crise humanitaire. C'est ainsi qu'en 2003 le JSCA a envoyé les Pères Paul Jackson et Herman Castelino pour étudier les différentes manières dont nous pourrions servir notre prochain dans l'extrême dénuement. Ils ont visité Kaboul et Herat où ils ont rencontré diverses ONG ainsi que le ministre de l'éducation; ils ont été chaleureusement accueillis et ils ont obtenu la promesse d'une collaboration.
Poussés par leur rapport encourageant, les Pères Tom Kunnunkall, Paul Jackson, Aloysius Fonseca et Dionysius Lobo ont été désignés en août 2003 pour étudier là-bas les choix concrets à faire en vue d'un ministère jésuite sur place. L'équipe a quitté Kaboul à la suite d'une enquête de dix jours. Aloysius est resté là-bas, dans la perspective de préparer la route pour une implantation jésuite; mais sa mort soudaine le 8 février 2004, un jour à peine avant la date de son retour en Inde, est survenue comme une terrible épreuve. Le Père Oscar Rozario, représentant des jésuites de l'Asie du Sud, a présidé à Kaboul la cérémonie des funérailles d'Aloysius. Au moment où la dépouille de ce dernier a été descendue dans la tombe du cimetière britannique, Oscar a entonné le « Prenez et recevez », cette prière qui avait été la dernière adressée par Aloysius au Dieu qu'il avait si bien servi à travers sa persévérance docile, sa force de caractère et son courage. La mort d'Aloysius a vraiment été un retour en arrière inattendu; mais ce n'était pas la fin. Inspiré par l'âme généreuse et l'esprit indomptable du défunt, le Père Antony Santiago (de la Province d'Andhra) et le Frère Noël Oliver (de la Province de Pune) sont arrivés à Kaboul le 28 août 2005, pour donner vie au rêve commun de servir le peuple afghan. Le 6 mai, ils sont arrivés à Hérat où les perspectives d'un ministère semblaient vraiment encourageantes.
En août 2005, le Père P. S. Amalraj (Directeur de JRS pour l'Asie du Sud) a contribué à faire reconnaître officiellement l'antenne d'Afghanistan, sous l'égide du Service Jésuite des Réfugiés. En 2006, les Pères Stan Fernandes (Pupe), Jérôme Sequeira (Jamshedpur) et le scolastique Anil Kumar Pudota (Andhra) ont rejoint Santiago et Noël, pour constituer à Hérat une équipe jésuite forte de cinq membres. Après avoir donné le meilleur d'eux-mêmes et avoir servi avec amour et détermination, Noël et Amil sont retournés en Inde durant l'été 2007. Le Père Maria Joseph (Calcutta), le scolastique Saminathan Jayaseelan (Madurai) et le frère Broney Chettri (Darjeeling) sont venus nous rejoindre pour renforcer et étendre la portée de l'antenne. Etant à la fois pionnier et vétéran dans le domaine technique, Noël pas mis longtemps à repérer une petite école du gouvernement susceptible d'être transformée en modèle institutionnel, vu sa qualité pour l'éveil à des vocations orientées vers la découverte des métiers dans l'ouest de l'Afghanistan. En aidant le directeur et en motivant l'équipe, il a déversé une énergie sans limite pour construire l'infrastructure et rassembler les moyens de formation indispensables à l'école technique d'Hérat. « L'Afghanistan peut atteindre de nouveaux sommets dans le domaine de l'éducation, grâce à l'aide et au soutien de JRS dont les membres sont mondialement connus pour être des éducateurs de qualité »; c'est ce qu'a affirmé le ministre chargé de l'éducation, Mohammed Hanif Atmar, en juin 2007, lors de l'inauguration de la nouvelle et impressionnante école.
Tout en exprimant son estime et sa gratitude envers les personnes présentes à l'inauguration, Noël a affirmé qu'il n'avait fait que partager ce qu'il avait lui-même reçu et que son rêve n'aurait pu se réaliser sans le généreux soutien des jésuites, des amis et des bienfaiteurs dans le monde entier. En l'espace d'une seule année, l'école était passée de 64 à presque 500 élèves (dont plus de 100 filles) et elle proposait des formations en électricité, en électronique et en architecture à la classe du 12ème niveau. Lors de l'inauguration, le ministre a proposé que les jésuites transforment cette école en un institut autonome qui proposerait une formation de 2 ans, avec un fort accent mis sur la formation professionnelle pratique. C'est le prochain pas que nous comptons faire. Broney a apporté son aide à une formation sur les cuisinières solaires et il a dirigé un cours sur le câblage domestique pour les élèves de l'école technique d'Hérat. Le Professeur Najib Omary, directeur du département de l'éducation technique et professionnelle a demandé le soutien de JRS pour la rédaction des «curricula», ainsi que pour prendre en charge la formation de l'équipe d'encadrement en langue anglaise et dans les divers domaines techniques. Jérôme et Maria Joseph ont commencé avec un stage hivernal de formation en janvier de cette année. Ce stage a été consacré à l'informatique et à l'anglais; il a rassemblé à Kaboul 60 participants venus de toutes les régions d'Afghanistan.
Jérôme, Anil et Stan se sont d'abord mis au service de l'enseignement supérieur à Hérat. L'Université n'avait alors qu'un personnel de 151 enseignants qui tentaient de former plus de 4.000 étudiants dans 11 disciplines. Jérôme, Anil et Stan ont commencé leur enseignement en septembre 2006; quant à Maria Joseph, il a commencé en juin 2007. Nous avons pris en charge des classes dans les facultés d'informatique, d'éducation, de science, ainsi que dans le département de langue et littérature, jusqu'à atteindre plus de 1.000 étudiants dont 35% de filles. En plus de leurs classes habituelles, Jérôme et Anil ont organisé, pour leurs étudiants en langue et littérature anglaise, un concours d'élocution. S'exprimant à ce sujet, le chef du Département, M. Khusrawi, a exprimé sa gratitude en ces termes: "Aujourd'hui, nous avons fait l'histoire en créant une plateforme où nous puissions nous exprimer. J'espère, enfin de compte, que cela conduira à un forum où nous pourrons exprimer nos points de vue sur notre société, notre gouvernement et notre pays, traçant ainsi un chemin vers le progrès". Grâce aussi à l'aide de volontaires pour des contrats à durée limitée, nous avons pu prendre en charge plusieurs ateliers. C'est ainsi que Cedric D'Souza, Cecil Patole, Moslem Shah, le Père John Kennedy (Madurai), le diacre Dominic Sundar (Andhra) et le scolastique Andy Silveira (Goa) ont proposé des cours intensifs en informatique, en anglais, en pédagogie et sur les médias. Ces ateliers ont donné aux étudiants une nouvelle assurance et ils ont approfondi leur confiance en nous. Jérôme et Maria ont aussi travaillé à Hérat avec une organisation non gouvernementale (Hazara), pour appuyer l'éducation et le développement, un ministère que nous voudrions renforcer au service de la communauté déplacée. Représentant 9% de la population afghane, les Hazaras ont longtemps été négligés ou l'objet de discriminations, du fait qu'ils étaient chiites, dans un pays à majorité musulmane sunnite. Ils sont convaincus d'avoir touché une mauvaise donne et ils ressentent que leurs intérêts sont aujourd'hui ignorés par l'actuel gouvernement. Avant la guerre, la situation sanitaire en Afghanistan était l'une des plus préoccupantes au monde, surtout du fait que l'infrastructure sanitaire était grandement inadaptée et surtout cantonnée dans les centres urbains. Un conflit qui s'est pérennisé depuis 1978 a encore détérioré une répartition déjà inégale des services de santé. Santiago s'est engagé activement pour soutenir l'hôpital de la province d'Hérat à partir de septembre 2005; il s'est arrangé pour procurer à l'hôpital le minimum d'équipement indispensable; il a aussi recherché les personnels susceptibles d'enseigner et les kits médicaux pour l'école d'infirmières. Le Professeur Ivan Netto, un psychiatre expérimenté originaire de Pune, est venu faire des visites régulières à Hérat et à Kaboul, pour apprendre aux jeunes psychiatres comment prendre soin des malades mentaux, une formation dont l'Afghanistan avait grandement besoin.
Trois soeurs de la Congrégation de Jésus, Marie, Joseph, les soeurs Mary Francis (Bangalore), Jesintha Mary (Guntur), et Dasari Sujata (Hyderabad), ont rejoint notre antenne de juillet à décembre 2007. Les soeurs Mary et Jesintha ont travaillé comme infirmières dans les services de pédiatrie et de chirurgie pour les femmes au sein de l'hôpital de 500 lits se trouvant à Hérat, alors que la soeur Sujata s'est occupée activement de la formation des formateurs avec Jérôme et Maria Joseph. Cette formation a concerné quelques 500 professeurs d'anglais; elle a bénéficié du soutien du département de l'éducation, elle a eu un très grand impact et elle sera étendue l'année prochaine. En 2006, les organisations caritatives catholiques (CRS) et le Service Jésuite des Réfugiés (JRS) ont mené une série d'enquêtes étudiant la possibilité de travailler auprès des Hazaras dans la province de Bamiyan. Le 25 mars 2007, jour de la fête de l'Annonciation, nous avons fait les premiers pas en vue de lancer l'antenne de Bamiyan. Au sortir de l'avion de 12 places, sous le chaud soleil, ces paroles du Père Arrupe ont résonné à nos oreilles: "Les jésuites ne se satisfont jamais du statu quo, de ce qui est connu, de ce qui a été expérimenté, de ce qui existe déjà. Nous sommes constamment conduits à découvrir, à redéfinir, à chercher à atteindre le 'magis' (davantage) ". L'ouverture d'un nouveau chapitre de notre ministère en Afghanistan était, nous l'avons ressenti, une manière tout à fait merveilleuse de célébrer le centenaire de la naissance de Pedro Arrupe. Le Service Jésuite des Réfugiés (JRS) en lien avec les services du Secours Catholique (CRS) a été impliqué dans une analyse des besoins à satisfaire à Bamiyan. C'est ainsi qu'a commencé la mise en oeuvre des projets de construction avec le département de l'agriculture, le département des questions féminines, l'Université de Bamiyan et les organisations non gouvernementales locales. Nos études ont comporté la réalisation d'enquêtes de terrain sur la production, le stockage et la commercialisation des pommes de terre, le développement dans l'utilisation de l'énergie solaire, le soutien à des projets d'entreprises agro-alimentaires dirigées par des groupes de femmes et le démarrage d'un programme de développement de l'irrigation.
Dans le domaine de l'éducation Jayaseelan a pu suivre régulièrement des cours à la faculté d'agriculture, ainsi qu'une formation en anglais au Collège de formation des enseignants et dans deux écoles. Il a aussi dirigé un club agricole pour des étudiants prometteurs, afin de les préparer à exercer un rôle de direction dans la reconstruction du secteur agricole de Bamiyan. Avec l'aide de deux de ses étudiants, Jérôme a dirigé une formation en informatique destinée aux filles de Bamiyan; il a reçu un accueil enthousiaste. L'antenne JRS d'Afghanistan est un partenariat qui a rassemblé bien des coeurs et bien des bras. Le contrat JCSA qui vise à se mettre au service d'un peuple brisé est en train de se réaliser grâce à six jésuites qui ont été désignés par diverses provinces de l'Inde. Nous avons l'assurance que, pour la prochaine année académique, d'autres volontaires nous rejoindront. C'est pourquoi, nous avons déjà fait des plans pour aller encore plus loin. Nous serons à jamais reconnaissants pour le généreux soutien financier reçu du JSCA, des provinces allemande, suisse et belge, ainsi que des amis et bienfaiteurs d'au-delà des frontières. Certaines de nos universités sont vraiment devenues partie prenante de notre mission en accueillant des formateurs ou des étudiants afghans durant leurs études supérieures. Les services du Secours Catholique (CRS) nous ont aidé à mettre notre antenne sur les rails. Ils sont, aujourd'hui encore, prêts à partager leurs ressources et leur savoir-faire pour soutenir le travail que nous faisons à Hérat et Bamiyan. C'est aussi grâce à l'aide financière des agences monétaires internationales que nous avons pu réaliser nombre de projets dans les domaines de l'éducation, de la santé et du développement. Le Père Jimmy Dabhi, Directeur de l'Institut Social Indien (Delhi) et la soeur Jacinta Macwan (des Missionnaires du Christ Jésus) sont venus en novembre 2007, pour nous aider à former et à guider le personnel pour les procédures à suivre dans le département des ONG du Ministère de l'Economie à Kaboul. Durant leur visite, nous avons pu rencontrer le professeur Osman Babury, ministre chargé de l'enseignement supérieur; avec lui, nous avons élaboré des plans permettant d'apporter un soutien au département de sociologie de l'université de Kaboul. Il y a là une occasion prometteuse à saisir afin d'établir une base dans la capitale, atteignant ainsi le point central de l'enseignement en Afghanistan. En décembre dernier, Santiago a visité la cité historique de Mazar-eSharif. L'université Balk à Mazar est le seul institut d'enseignement supérieur situé au nord de l'Afghanistan: il comporte huit facultés et concerne plus de 5.000 étudiants. On projette d'y lancer bientôt une faculté d'informatique. Il semble que le moment propice soit venu pour étendre notre antenne jusqu'au nord de l'Afghanistan, par le biais du ministère de l'éducation.
La situation actuelle en Afghanistan est dure et incertaine. Le gouvernement arrive à se maintenir grâce au soutien des forces internationales. Dans le sud et à l'est, il y a une résurgence des Talibans. Bien des gens sont préoccupés par un possible retour de la loi des Talibans. Hérat et Bamiyan semblent bénéficier d'une relative sécurité. Notre ministère sur place nous a amenés à mieux percevoir les rêves et les espoirs de la jeunesse, leurs aspirations profondes vers la paix et le progrès. En vivant jusqu'au bout l'engagement que nous avons pris d'accompagner et d'assister le peuple afghan, dans sa tentative de reconstruire des vies, une société et une nation dévastées, nous avons pleinement bénéficié de l'occasion offerte par Dieu de partager les bénédictions et les richesses infinies de l'assistance d'Asie à l'égard d'un prochain dans le plus profond besoin. Nous aimerions partager ce rêve avec vous parce qu'à l'exemple de Dom Helder Camara nous croyons à cette affirmation: Stanislaus Fernandes, S.J.
|
|
Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |