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actualités > 2008 > 12 grands personnages de la Bible par F. Varillon
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François Varillon raconte
12 grands personnages
de la Bible

Hors-Série n°63
de la Revue Panorama



Le Père François Varillon fut un maître spirituel. Ce jésuite reste une source vive pour de nombreux croyants. Ses livres continuent de remporter un succès exceptionnel. Entre avril 1965 et mars 1966, le Père Varillon a écrit pour Panorama une série d'articles passionnants jusqu'à présent restés inédits dans lesquels il raconte 12 grandes figures de la Bible. Une véritable initiation spirituelle !


Douze figures qui mènent au Christ
Préface de François-Xavier Dumortier,
Provincial de France des jésuites

Le 17 juillet 1978, le Père François Varillon nous quittait. Depuis trente ans, le rayonnement de ce grand jésuite du vingtième siècle n'a fait que croître. En effet, ses écrits témoignent d'une personnalité hors du commun car, en lui, se liaient et s'unissaient une curiosité sans cesse en éveil pour tout ce qui fait notre humanité et un ardent désir d'entrer toujours davantage dans l'intelligence des choses de Dieu. Des textes de l'Ecriture à ceux de la littérature, des maîtres spirituels – et particulièrement Fénelon – aux grands créateurs tels Claudel ou Wagner, sa culture était immense et sa soif de connaître insatiable. Aussi nul ne peut rester insensible à la profondeur de l'homme de pensée et de foi, ni à l'écriture de celui qui savait allier l'exigence de la précision et le souci de la simplicité. Trente ans après sa mort, il demeure une référence et ses écrits n'ont rien perdu de leur intérêt ni de leur actualité. Les douze figures bibliques que nous livre cet ouvrage en constituent une preuve saisissante.

En évoquant ces douze personnages de la Bible, le Père Varillon présente des hommes qui sont des figures marquantes dans l'Ecriture et qui annoncent la figure du Christ : « ils ont été suscités par Dieu – écrit-il – pour figurer ou préfigurer Jésus-Christ en l'annonçant prophétiquement, non point seulement par leur paroles, mais par leur être même et leur manière d'agir ». Il met en lumière la diversité des personnalités, retrace les différences de contexte et montre la singularité de chaque vocation sans dissimuler ce que lui inspirent les uns et les autres : s'il ne cache pas combien le touche la figure d'Osée dont il dit : « de tous les prophètes, voici le plus attachant », il n'hésite pas à écrire à propos d'Isaac : « comment s'intéresser à Isaac adulte, alors qu'on ne voit aucun trait accuser quelque relief dans la grisaille de son personnage, qu'il faut bien avouer dépourvu d'envergure ». Mais François Varillon ne se rapporte pas à ces hommes de l'Ancien Testament indépendamment de ce qui se passe en eux et à travers eux : la présence active et transformatrice de Dieu qui se saisit des êtres tels qu'ils sont, au vif de leur chair et au coeur de leur histoire. Les récits de l'Ecriture témoignent ainsi de personnes que Dieu conduit à vivre l'évidence d'une « humanité au sein de laquelle Dieu se révèle présent ».

Au travers de ces portraits et de ces histoires d'hommes, tout à la fois ordinaires et exceptionnels, le Père Varillon reste fidèle à des perspectives qui lui étaient familières : celles de la vie spirituelle. Son texte est émaillé de notations et de réflexions qui importent au chercheur de Dieu. Ainsi la figure de Jean-Baptiste l'amène-t-il à écrire : « qui ne prend pas, pour un temps ou par intervalles, le chemin du désert, c'est que Dieu ne l'a pas réellement saisi. Il risque dès lors de tout confondre : sensibilité et foi, facilité et joie, étalement de soi et témoignage, bavardage et prédication ». C'est à la lumière de l'expérience spirituelle qui est la sienne que François Varillon rencontre ces hommes et comprend la manière dont Dieu les conduit. Ainsi écrit-il : «  la Bible est une sorte de miroir où nous pouvons contempler comment Dieu s'y prend pour amener tous les hommes à prendre son amour au sérieux ». Et c'est à propos d'Osée qu'il exprime ce qui est revenu si souvent sur ses lèvres et sous sa plume : « le vrai, c'est que Dieu n'est qu'amour et que c'est l'amour qui est tout puissant ».

De Noé à Jean-Baptise, d'Abraham à Ezéchiel, d'Isaac à Jérémie, de Jacob à Isaïe, de Moïse à Osée, de David à Amos, le Père Varillon rend compte de ces figures de la foi comme d'un chemin où humain et divin ne sont jamais étrangers l'un à l'autre : l'humanité est le creuset où s'accomplit le mystère de Dieu, l'histoire humaine est porteuse d'un avenir dont Dieu seul connaît l'heure et le désir de Dieu s'exprime toujours comme souci de la droiture et de la justice. Il nous conduit ainsi au coeur de la foi chrétienne qui n'est ni une doctrine spirituelle, ni une explication du monde mais la révélation du « Dieu saint, transcendant, inaccessible, tout autre, profondément enfoui dans le mystère et cependant révélé par sa présence active dans l'histoire des hommes ». Il s'agit alors de tout scruter avec soin : « aux familiers de Dieu, toutes choses même minimes parlent de lui » écrit-il à propos de Jérémie. C'est par cette attention aux personnes et aux événements que l'homme s'ouvre au mystère de Dieu à l'oeuvre, de toujours à toujours, dans le coeur des hommes et dans l'histoire qui est la leur : « familiarité divine et action dans l'histoire sont solidaires. Disons en termes plus modernes : intériorité et engagement » écrit le Père Varillon.

Ces douze figures bibliques jalonnent l'histoire du salut : elles annoncent le Christ et elles y mènent. L'amour du Christ ne vas pas sans l'ardent désir de le connaître davantage : comment le connaître plus intérieurement sans aller à la rencontre de ceux qui nous conduisent et nous reconduisent à Jésus pour comprendre « l'humilité de Dieu » ? Sur ce chemin de foi, le Père François Varillon est un compagnon précieux et un guide inspirant.

François-Xavier Dumortier

 

AMOS

Amos ouvre une série de « figures bibliques d'un type nouveau : les prophètes.

Le prophète n'est pas d'abord un homme qui prédit l'avenir. Il faut se garder de le définir comme une sorte de tireur d'horoscope qui aurait pour lui la garantie de ce que la théologie biblique appelle « inerrance » c'est-à-dire absence d'erreur. Dans « prophète » le préfixe « pro » ne signifie pas « en avant », mais « à la place de » , « Phète » vient d'un mot grec qui veut dire « parler ». Un prophète est un homme qui parle à la place d'un autre, qui est la voix d'un autre, qui transmet la pensée ou le commandement d'un autre. L'Autre, c'est Dieu.

Les prophètes de Dieu en Israël sont des hommes de Dieu qui disent au peuple de Dieu la pensée, la volonté, le propos de Dieu. Ce propos, c'est l'instauration à travers Israël, puis par l'Église, d'une communion d'amour de tous les hommes avec Dieu et de tous les hommes entre eux.

Au centre de tout, Dieu voit le Christ, celui par qui et pour qui tout a été fait, celui qui a été promis dès l'origine, le Messie. C'est pourquoi les prophètes sont les hérauts du messianisme: ils annoncent que le Messie viendra, parce que Dieu est fidèle à sa promesse, et qu'il ne cesse d'agir pour en promouvoir la réalisation. Et c'est parce qu'ils ont le point de vue de Dieu sur l'histoire qu'ils voient, comme s'il était présent, l'avenir religieux de l'humanité. Non seulement les prophètes dévoilent le propos de Dieu sur l'histoire, ils agissent aussi pour que sa réalisation ne soit pas entravée, ils maintiennent Israël tendu vers l'avenir ; ils le mettent en garde contre le danger de se fixer et de croire que « c'est arrivé » ; ils empêchent qu'il ne s'installe à telle étape du développement de son histoire ; ils lui donnent le sens des dépassements nécessaires. En outre, ils le préservent de la tentation du formalisme, qui est le danger permanent de toute vie religieuses ; ils insistent sur l'importance de la morale, tant personnelle que sociale, que sous prétexte de religion on risque toujours de laisser dans l'ombre de la bonne conscience; ils dénoncent en particulier l'injustice sous toutes formes ; ils rappellent avec vigueur que les valeurs morales sont des composantes du royaume de Dieu et font partie intégrante de la Révélation, et qu'il ne faut pas plus tronquer la vie morale de sa dimension religieuse, que se prévaloir d'une religion qui ferait fi des valeurs morales. Si la justice est bafouée, le culte que l'on prétend rendre à Dieu est vain.

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DAVID

Les récits de la vie de Samuel, de Saül, et surtout de David, qu'on lit aux livres de Samuel, sont un chef d'œuvre de narration comparable à l'Iliade et à l'Odyssée écrites à la même époque. Ils sont la perle de cette littérature abondante que vit fleurir - comme les siècles de Périclès, d'Auguste et de Louis XIV - le siècle de David, le Xe avant Jésus-Christ. Ce sont des pages charmantes, pittoresques et drues. Comment se résignerait-on à les ignorer quand, si souvent, dans l'Évangile, on a lu que Jésus est appelé fils de David ?

Poète et musicien

Sur l'enfance et la jeunesse du rassembleur des douze tribus, on sait peu. Il naquit à Bethléem. Le psaume 78 nous le présente comme un berger que Dieu alla tirer des parcs à brebis pour paître Jacob son peuple (le thème du pasteur a traversé la Bible et persiste dans l'Église). Plus tard, le Livre de Ruth le dira arrière-petit-fils de Booz et de la Moabite. Il était expert en l'art des armes et joueur de cithare. Moins fruste, par conséquent, à cette fin de l'ère semi-nomade d'Israël, que Saül à la cour de qui, un beau jour, on le voit soudain introduit.

Le vieux roi était devenu épileptique ou fou. Des crises passagères le secouaient, que seule la musique parvenait à calmer. Il sut gré à David de jouer sous sa tente, en fit son lieutenant, lui donna en mariage sa fille cadette Mikal. Le jeune homme marchait de succès en succès, déchaînant l'enthousiasme populaire, suscitant sur ses pas la légende. Bientôt, un proverbe courra les bourgs, les villes et les camps : « Saül en a battu mille, mais David en a battu dix mille. » Et les vieux narrateurs lui attribueront généreusement la victoire sur Goliath, en combat singulier, qu'a sculptée Michel­Ange.

La jalousie, dès lors, saisit le coeur du roi. Il était orgueilleux, brutal, autoritaire. Malade surtout. C'est au cours d'une crise de folie qu'il chercha à clouer David au mur avec sa lance. Peu importe l'excuse Le charme était rompu. David, qui avait paré le coup, sut à quoi s'en tenir. Il s'attendit au complot, vécut sur le qui-vive.

Sa femme le sauva. Une nuit, elle prévint David que des sbires de Saül viendraient au matin l'arrêter pour l'égorger. Elle le fit s'échapper par une fenêtre. Pour lui laisser le temps de fuir, elle avait couché sur le lit, à la place de son mari, une idole de forme et de taille humaines, ornée par ses soins d'une tresse de poils de chèvre.

Pas question pour David de reparaître dans Gibéa, la capitale royale. Avec une poignée de guerriers fidèles, environ six cents, il prit le maquis.

 

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