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Rencontre avec
Le P. Yves Simoens est jésuite, professeur ordinaire d'Ecriture sainte aux facultés jésuites de Paris (Centre Sèvres) et professeur invité à l'Institut biblique pontifical à Rome. L'agence Zénit l'a rencontré à l'occasion du centenaire du "Bibliqe" et du synode des évêques sur "la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise". Extraits Zenit - Une expression de la constitution dogmatique du concile Vatican II sur la Révélation divine, « Dei Verbum », est revenue dans différentes interventions au synode : l'Ecriture doit être comme « l'âme » de la théologie. Quelle est l'origine de cette expression ? P. Simoens - Elle est en effet citée au n° 24 de la constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine du concile Vatican II : "Que l'étude de la Sainte Ecriture soit (...) pour la sacrée théologie comme son âme". Les textes de référence en bas de pages sont les encycliques Providentissimus Deus de Léon XIII (1893) et Spiritus Paraclitus de Benoît XV (1920). Elle semble empruntée à l'oeuvre du Père Cornely, s.j., Historica et critica introductio in Utriusque Testamenti libros sacros (Introduction historique et critique aux livres sacrés de l'un et l'autre Testament), Paris 1885, deuxième édition 1894, premier volume d'un monumental Cursus Scripturae Sacrae (Cours d'Ecriture Sainte), publié à la même époque. Le Père Cornely avait été invité à enseigner l'Ecriture à Rome en 1879. Une étude du Père José Maria Lera, s.j., parue dans Miscelanea Comilias 41 (1983) 409-422, a rappelé que l'expression remonte au décret 15 de la XIII° congrégation générale de la Compagnie de Jésus de 1687. Ce décret faisait partie de la nouvelle Ratio studiorum (Organisation des études) de la Compagnie, suite à une demande exprimée par les Belges en faveur d'une étude plus approfondie de la Bible dans le contexte de la critique biblique de Spinoza (1632-1677) et de Richard Simon (1618-1712). L'idée surgit pour essayer d'enrayer une trop grande aridité des spéculations théologiques et pour parer au rationalisme de la critique biblique. Ce n'est donc vraiment pas une nouveauté. Mais il a fallu attendre Vatican II pour que cette expression prenne davantage droit de cité dans la Tradition catholique. Elle marque un tournant en particulier dans la relation à la Réforme, en essayant d'en honorer ce qu'elle porte en elle de plus légitime par rapport à l'Ecriture Sainte. Zenit - Dans quel sens cette expression est-elle employée dans « Dei Verbum » ? Est-ce une « révolution » ? P. Simoens - Elle exprime en effet un souci de mieux articuler la théologie, le discours sur Dieu, à son discours premier, comme disait le Père Paul Beauchamp, qui est l'Ecriture Sainte. Les travaux du cardinal de Lubac ont montré que la naissance du christianisme procède du rapport entre l'Ancien et le Nouveau Testament pour produire un acte d'interprétation théologique de l'Ecriture à renouveler sans cesse, compte tenu de l'histoire du monde, de l'Eglise, des idées, de la culture. Ce n'est jamais acquis. Le risque renaît sans cesse de développer une théologie conceptuelle qui s'affranchit de sa source : la Parole de Dieu. C'est une tâche exigeante, certes, parce que les problèmes et les questions sont nombreux et complexes, tant pour le Nouveau que pour l'Ancien Testament. Mais c'est une condition de vie ou de mort de toute théologie et de toute spiritualité en christianisme. Je dis volontiers pour ma part que le rapport entre l'Ancien et le Nouveau Testament est la naissance du Christ dans le croyant qui se laisse pénétrer l'esprit, l'âme et le coeur par cette Parole divine et humaine tout à la fois. Les Pères conciliaires l'avaient bien perçu à un moment crucial de l'Eglise et du monde. Beaucoup de travail a été fait en ce sens depuis. Mais les urgences de l'éthique en matière biomédicale par exemple, ou celle de la dogmatique en matière de dialogue interreligieux ont souvent pris le pas depuis le Concile sur ce "retour à l'Ecriture" qui n'a pas encore produit tous les fruits que l'on est en droit d'en attendre. L'inculturation de la foi dans d'autres parties du monde passe nécessairement par l'inculturation de la Parole de Dieu, comme le montre l'effort gigantesque déployé pour la traduire dans le plus grand nombre de langues possible. Zenit - Quel conseil donneriez-vous à nos lecteurs pour lire la Bible ? P. Simoens - Il faut nourrir ce que Roland Barthes appelait "le plaisir du texte". J'essaie de nourrir en moi et autour de moi le goût pour des textes bibliques qui ont à la fois une parenté avec les chefs-d'oeuvre de la littérature universelle et qui les surclassent par leur teneur humaine et spirituelle. En ce sens, je crois sain de "varier les plaisirs", d'inventorier sans cesse des textes trop peu fréquentés, même par la liturgie, en continuant aussi à lire la littérature profane et dans le plus de domaines possibles. En ce sens, il n'y a pas de secret : lire, c'est relire de la Genèse à l'Apocalypse et puis recommencer ! Faire cette expérience, comme je la fais pour ma part régulièrement sinon tous les jours, d'être plus et mieux nourri par quelques chapitres de textes aussi plats en apparence que le livre des Proverbes, au plan affectif plus qu'intellectuel ou cérébral, que par des textes merveilleux de la mystique ou de la littérature. L'on gagne à se servir soi-même de laboratoire en ce sens : éprouver en soi, par le jeu des consolations et des désolations, comme nous l'apprend entre autres un Ignace de Loyola, mais aussi un Origène et un saint Jean !, à quel point la Bible comme Parole de Dieu porte en elle-même une saveur et un tonus incomparables. "Commencement de la Sagesse, acquiers la Sagesse" (Pr 4,7). Commencement de la lecture de la Bible, lis la Bible ! Je favorise ce travail partout où je le puis. Propos recueillis par Anita S. Bourdin ROME, Vendredi 24 octobre 2008
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Jésuites : serviteurs
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