Crise de confiance
en économie
Dans les trois âges de la vie
Un article d'Etienne Perrot,
jésuite, économiste,
dans la revue Christus
(numéro du mois d'octobre 2008)
publié avant les événements
que nous connaissons tous...
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Subprimes,
la morale de l’histoire
par Etienne Perrot
Article
paru
dans le numéro
d'octobre 2008
de la revue Etudes
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Crise de confiance en économie
Il
en va de l’économie comme la marche à pied :
c’est une rupture d’équilibre perpétuellement
surmontée. Pour avancer, il faut accepter de perdre l’équilibre,
et en ce sens, comme les petits enfants qui apprennent à marcher,
faire confiance à ceux qui nous ont précédés.
La confiance est d’autant plus nécessaire que l’économie
capitaliste se nourrit de « destructions créatrices »,
comme disait Schumpeter. Ce n’est pas en perfectionnant la bougie
que l’on a inventé l’électricité, et,
pour développer l’automobile, il a fallu détourner
une partie des forces de travail disponibles et des consommateurs vers
de nouveaux secteurs, en déstabilisant les autres.
La crise économique survient
lorsque la chute n’est plus amortie et que la confiance disparaît
: les consommateurs hésitent à dépenser, les produits
s’accumulent dans les halles de stockage, le chômage grandit,
augmentant la défiance des consommateurs. Faute de soigner les
maux, on cherche les mots capables de restaurer la confiance perdue
: surproduction, pétrole, dette, spéculation. Ces explications
se révélant dérisoires, la défiance s’installe
alors sous des expressions assez vagues : contradictions du système
capitaliste, fascination de l’argent, appétit de jouissance,
volonté de puissance...
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Présentation du dossier "Vivre
les ruptures"
dans la revue Christus n°220
Les ruptures font partie de notre vie et laissent souvent des
cicatrices promptes à se rouvrir. Si certaines sont de
notre fait, les ruptures qui nous meurtrissent le plus sont
celles que l’on subit, confrontés que nous sommes
à l’épreuve de l’impuissance. Cependant,
les unes comme les autres éveillent en nous des résonances
affectives d’autant plus durables que nos repères
peuvent en être bouleversés. Comment vivre ces
ruptures ? Comment, après les avoir vécues, se
reconstruire ? En quoi la foi peut-elle aider à sortir
de cette épreuve spirituelle qui atteint de plein fouet
notre motivation, notre goût de vivre, jusqu’à
ébranler nos convictions les plus profondes ?
L’Écriture est
riche en récits de rupture. Singulièrement, le long
récit de l’Exil nous fait approcher les situations
de survie du peuple d’Israël, son sentiment persistant
d’être abandonné par Dieu lui-même –
jusqu’à sa conversion au « Dieu caché
» que proclama Isaïe. Dieu n’est pas celui que
l’on croyait : passé la nuit de l’espérance,
il se révèle aux cœurs pauvres qui consentent
à ne pas anticiper les gestes par lesquels il les sauvera
(A.-M. Pelletier). Toute rupture, aussi douloureuse soit-elle,
est ici vécue comme un nouveau commencement, une nouvelle
naissance, une nouvelle création (J.-P. Lemaire). Et c’est
à partir de cette dynamique que peut être évaluée
notre part de mal ou de péché. Car les multiples
infidélités que nous avions tendance à vivre
dans une « insouciance tranquille » (Ézéchiel)
s’avèrent le principal terreau de nos ruptures d’alliance
au quotidien, comme le suggèrent certains films (M. Guillet).
Dieu crée et sauve en
appelant à la liberté, à la rupture avec
des conduites et des logiques sans horizon. Avec la mort et la
résurrection du Christ, le sentiment d’abandon éprouvé
par le juste ou le peuple laissé par Dieu à son
péché ou à l’injustice, disparaît
au profit d’une alliance qui se joue au cœur de chaque
homme de bonne volonté. Comme le fils du prodigue qui fait
retour sur lui-même et rompt avec sa conduite mortifère,
nous pouvons entrer dans une démarche de conversion pour
vivre l’épreuve en union avec le Seigneur mort et
ressuscité, et non plus seulement comme un châtiment
ou un mépris de Dieu.
Qu’elles soient dues à
la rupture d’un engagement à vie (N. Hausman), aux
mises en cause politiques les plus vives, comme celles de l’Abbé
Pierre (B. Forthomme) ou aux crises économiques (E. Perrot),
nos désolations gagnent à être relues à
l’aune d’une relation nouvelle avec le Christ et avec
nous-mêmes. Le Ressuscité devient alors celui qui
donne la joie de rompre avec ce qui nous emprisonne. Le sentiment
d’être détruit même par Dieu, comme l’ont
éprouvé nombre de justes (Job) ou de saints (Ignace,
Jean de la Croix ou plus récemment Mère Teresa),
est à même de nous faire plonger avec lui dans la
mort, afin de renaître avec lui, comme le dit saint Paul
(R. de Maindreville). Sous cet horizon, hommes et femmes meurtris
par des ruptures sociales peuvent jouer un rôle évangélique
essentiel (C. Henning). Rompre avec des addictions, des dépendances,
ou tout simplement avec une vie ordonnée aux seuls appétits
de la consommation, trouve son sens le plus achevé si c’est
l’amour qui nous réoriente.
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Subprimes, la morale de l’histoire
Résumé :
L’histoire
commence voici plusieurs années aux États-Unis avec une
débauche de crédits immobiliers. Cette dérive financière
fut favorisée par les taux d’intérêts maintenus
très bas par la banque centrale américaine pour relancer
l’économie après la crise du début du millénaire.
L’abondance de crédit se nourrissait également d’une
réglementation laxiste qui permettait aux entreprises spécialisées
d’accorder facilement des prêts hypothécaires à
des emprunteurs aux revenus insuffisants, sur la seule base de la «
valeur de marché » de leur maison. En bonne logique financière,
ces prêts risqués n’étaient accordés
qu’à des prix plus élevés, et donc plus rémunérateurs
pour le prêteur. Puisque le taux d’intérêt
proposé aux emprunteurs les plus solides se nomme le Prime rate,
le taux, plus élevé, pratiqué pour les emprunteurs
les plus douteux, prit le nom de Subprime rate, littéralement
taux pour les emprunteurs de seconde catégorie, et, par concision,
Subprime.
À l’été
2007, sur un en-cours total de dix ou onze mille milliards de dollars
de crédits hypothécaires aux États-Unis, plus de
treize pour cent du total (mille quatre cent milliards) était
des Subprimes, contre huit pour cent, cinq ans auparavant. La part de
Subprimes parmi les crédits hypothécaires accordés
durant la seule année 2006 représentait près du
quart des nouveaux crédits immobiliers américains. La
crise des Subprimes s’explique aussi par deux pratiques commerciales
: la première consistait à indexer les taux d’intérêts
sur les taux pratiqués par la banque centrale, taux qui, à
partir de l’année 2004, ont été progressivement
relevés, passant de 1% en 2004 à 5 % en 2007 ; la seconde
consistait à proposer un prix d’appel, moins cher, applicable
les deux ou trois premières années. Ce prix d’appel
camouflait aux yeux de l’emprunteur l’ampleur réelle
des frais financiers à payer durant les vingt ou trente années
suivantes.
Pour le prêteur, ce dispositif
rémunérateur n’apparaissait guère dangereux;
car le prêteur savait qu’en cas de défaut de paiement,
il pourrait se rembourser en vendant la maison hypothéquée.
La confiance était d’autant plus assurée qu’elle
s’appuyait sur une illusion statistique : depuis 1945, le prix
moyen de l’immobilier n’avait pas baissé au niveau
national. Aux yeux des experts, ça ne prouvait rien quant au
prix de revente de telle maison particulière. De plus l’analyse
financière la plus classique, tout comme le bon sens, auraient
pu alerter les professionnels : un immeuble n’est pas un actif
économique comme le travail, le capital technique, le progrès
technologique ; sa valeur reflète simplement l’intensité
de l’activité économique ambiante ; son prix fluctue
également en raison inverse des taux d’intérêt.
Il était donc facile de prévoir que la hausse des taux
d’intérêt et le ralentissement de l’activité
économique se traduiraient par une baisse de la valeur des immeubles.
Cette baisse a été renforcée depuis 2006 par la
vente forcée de quelques trois millions d’habitations appartenant
aux ménages en faillite...
La
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