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Les connaissez-vous ? Les journaux en parlent, décrivant les conditions de vie souvent déplorables des familles ou leur expulsion vers leur pays d'origine. Elles se repèrent au passage dans nos villes en se regroupant dans des quartiers ciblés, sur des terrains incultes, voire dans des cités. Ce sont des Roms-Gens du voyage. Ces nouveaux venus se logent souvent dans des caravanes brinquebalantes, ils apparaissent comme des itinérants, alors qu'ils proviennent des pays de l'Europe Centrale et du Sud parmi les plus pauvres. Ils revendiquent le titre de citoyens des pays de l'Union Européenne où leurs ancêtres ont été ancrés par violence et interdiction du voyage. Ainsi sont-ils perçus faussement comme des voyageurs, cousins germains des voyageurs français qui ont quelque mal à les reconnaître puisque la pauvreté et la misère dont ils cherchent à s'échapper eux-mêmes s'étale à nouveau par leur présence. En réalité, ils sont sédentaires ! Sédentarisés par violence. Alvaro Gil-Roblès, commissaire européen aux Droits de l'homme
Ce peuple ne s'adosse à aucun pays d'origine, ne revendique aucun territoire, ni d'être apprécié comme une nation. Toutes ces familles constituent un peuple transnational aux vastes réseaux, enclavé dans des sociétés qui les surveillent ou les rejettent. Le nomadisme originaire en provenance de l'Inde n'a jamais été compris comme structurant leur vision de l'existence, l'affirmation de leur liberté. Leur itinéraire dessinait aux yeux du sédentaire rural le profil du fuyard et leur valait d'être considérés comme de futurs complices des brigands de grand chemin ou des bandes de vagabonds. Le sédentaire ne disposait d'aucune catégorie de pensée pour accueillir et déchiffrer l'identité de ces personnes. Aujourd'hui encore leur histoire ensanglantée n'est pas connue. Les sociétés tiennent souvent des discours péjoratifs non critiqués qui semblent aller de soi et justifier des politiques d'exclusion. Qui a choisi sa famille, son pays, son sexe et même sa religion ? Hitler n'a pas été le premier à vouloir les éliminer. Les tentatives pour les réduire à néant et les déporter jalonnent leur histoire ensanglantée, aujourd'hui étudiée, qui s'est développée face à une Eglise Catholique souvent silencieuse… Les Roms-Gens du voyage n'acceptent plus de nos jours de vivre en parias enclavés dans nos sociétés majoritaires. Ils multiplient les associations et apprennent à se rassembler pour éradiquer le rejet et éliminer les injustices qui ne tiennent aucun compte de leur histoire, de leur identité, de leur culture non-écrite.
Drapeau rom ci-dessous
Le président Rom du Forum lors de son premier interview note que les premières prises de parole avec le Conseil de l'Europe ont provoqué des durcissements dans les sociétés majoritaires. Des siècles de rejet ne s'évanouissent pas par quelques déclarations généreuses à ce peuple de l'Exode. Le Christ n'a pas aimé le lépreux et les exclus à distance. L'accueil de la Parole de Dieu est à ce prix. Les Roms jugent le prêtre et l'Eglise catholique à ses actes, à sa présence aux évènements et lui reconnaissent alors le droit à être écouté et entendu. Les actes de fraternité, d‘amour, d'écoute et de présence discrète ouvrent à une relation vraie. Sont-ils visibles et significatifs ? L'Eglise Evangélique Tsigane avec des pasteurs Tsiganes attire bien des familles qui étaient en attente de la parole de Dieu et d'une communauté fraternelle de partage. Par ses réussites, elle nous interroge. Elle est déjà présente en Europe Centrale… La Compagnie de Jésus, par son expérience acquise auprès des réfugiés et des familles qui traversent les rejets de sociétés peu ouvertes à l'étranger, est apte à approfondir des analyses sociologiques tenant compte des rejets dans leurs diversités. Une cellule de recherche en Europe Centrale, en lien avec les équipes d'Occident, serait indispensable pour mieux saisir l'étonnante diversité des itinéraires vécus et des prises de conscience actuelles, et découvrir toutes les facettes d'un rejet allant de soi chez beaucoup de citoyens habitués à des généralisations jamais fondées sur des études sérieuses. (1) Le Conseil Pontifical des Migrants et personnes en déplacement prépare le VI ème Congrès Mondial de pastorale pour les Tsiganes, à Freisung (Allemagne, près de Munich), du 1 er au 4 Septembre 2008, sur le thème des « jeunes tsiganes dans l'Eglise et la société » Quelle répercussion les conclusions de ces rassemblements provoquent-elles si les responsables des communautés n'accueillent pas la parole de ce peuple qui veut être reconnu comme citoyens à part entière, désireux d'être respectés dans leur histoire douloureuse et de tenir leur place pour créer un vivre ensemble harmonieux ? Pour l'instant, il se heurte à des sociétés majoritaires habituées à un jugement cimenté par le rejet. Saurons-nous l'accompagner et l'accueillir en lien avec les hommes et les femmes qui dénoncent l'exclusion séculaire et travaillent à construire des sociétés ouvertes et fraternelles ? L'urgence de tels engagements n'est plus à démontrer pour une Eglise qui éveille les consciences à la priorité du service des exclus. René BERNARD s.j. (1) La revue « Etudes Tsiganes » (59, rue de l'Ourcq 75019 Paris / tél. 01 40 35 12 17) publie des numéros de grande qualité sur les Tsiganes et leurs situations actuelles
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Jésuites : serviteurs
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