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actualités > 2008 > rencontre de l'Occident et de la Chine, Matteo Ricci
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Une rencontre
de l'Occident
et de la Chine
Matteo Ricci

Réimpression des
actes du colloque public
en l'honneur du 4° centenaire
de l'arrivée en Chine du Père Ricci


(les 5-6 novembre 1982, organisé par le Centre Sèvres
et l'Institut Ricci de Paris)


Centre Sèvres - Facultés jésuites de Paris
Religion et Cultures N°92 (Réimpression 2008)
Collection Médiasèvres 2008
prix 15€



Extraits

Matteo Ricci aujourd'hui
par Yves RAGUIN, S.J.

J'ai été invité à donner la conférence d'ouverture de ce Colloque en disant le pourquoi de cette célébration et de toutes celles qui ont eu lieu ou vont avoir lieu à l'occasion du 400e anniversaire de l'arrivée, ou mieux de l'entrée du Père Matteo Ricci en Chine en 1583.

Nous venons de célébrer le 400° anniversaire de la mort de Thérèse d'Avila décédée le 15 octobre 1582. Ces jours-ci nous célébrons l'arrivée en Chine du P. Matteo Ricci - pour célébrer sa mort il faudra attendre l'an 2010... Certains parmi nous le pourront mais pas tous !

D'un côté, l'arrivée en Chine de Matteo Ricci ; de l'autre, la mort de Thérèse d'Avila. Je ne sais pas quel est le plus difficile : entrer en paradis ou entrer en Chine ? Je pense que cela se vaut, car si la porte du paradis est étroite, celle de la Chine l'est aussi. Et si nous célébrons le 4° centenaire de l'entrée de Matteo Ricci en Chine, c'est précisément parce que là était le problème. François Xavier avait rêvé d'y entrer mais ses tentatives furent vaines ; il est mort dans l'île de Sancian, laissé pratiquement seul après le départ des marchands portugais. Si nous parcourons l'histoire, nous y trouvons d'autres tentatives de pénétrer en Chine : au 7e siècle, des chrétiens dits Nestoriens venant de Syrie, ainsi que des adeptes d'autres religions ; mais à la suite d'une grande persécution, tout cela a disparu, si ce n'est, dit-on, quelques traces dans certaines sectes populaires. Ensuite, au 13e siècle il y a eu les Franciscains, entrés par la voie des Mongols, au temps où la Chine était sous leur domination, mais cette chrétienté a disparu avec cette domination. L'aventure de l'Italien Marco Polo se situe à la même époque. Missionnaires ou voyageurs sont ainsi arrivés en Chine avant Ricci, mais leur entrée n'a pas été efficace, en ce sens qu'il n'en est rien resté.

En avril 1582, Matteo Ricci, Italien né à Macerata, reçoit l'ordre de partir ; il arrive à Macao, territoire sous juridiction portugaise, le 7 août de la même année. S'installer à la porte de la Chine était relativement facile mais il n'en allait pas de même pour y entrer et y demeurer. C'est pourquoi la date retenue pour les célébrations à Taiwan l'an prochain est celle du 10 septembre 1583, jour où Ricci passa de Macao à Chao-Ch'ing (Tchao-K'ing), alors capitale de la province du Kwantung. Cette date historique est hautement symbolique car ce jour-là deux missionnaires chrétiens, Matteo Ricci et Michele Ruggieri, sont entrés en Chine où ils ont été accueillis par les autorités chinoises locales. Ils n'y sont pas entrés protégés par une puissance étrangère, ils ne s'y sont pas glissés à l'occasion d'une ambassade : Ricci n'a pas forcé la porte de la Chine ; il a frappé et s'est fait inviter.

A la lumière des événements des dernières années, nous comprenons mieux ce que veut dire : « entrer en Chine et pouvoir y rester ». Ricci y est entré et y a demeuré de 1583 au 11 mai 1610, date de sa mort, et son exploit est d'être entré matériellement et spirituellement dans ce monde chinois, qui est un lieu mais surtout une culture.

Nous verrons au cours de cette célébration les limites de la pénétration de Ricci dans l'âme de la Chine, mais n'oublions pas qu'il était le premier, le chef de file, l'initiateur d'une méthode, d'une attitude, d'un esprit. Si l'on parle de méthode, on risque de voir poindre sous-jacente une « politique »... et d'en venir à penser que Ricci a simplement essayé de mettre en oeuvre une tactique destinée à séduire les esprits des lettrés. On pourra même l'accuser de manque de sincérité. Je ne pense pas qu'il faille le voir ainsi ; les choses sont beaucoup plus simples. Ricci, chrétien convaincu, a cherché comment présenter ses convictions pour en faire accepter le bien fondé ; ainsi fait tout éducateur quelque peu psychologue. Il a appliqué, en traitant avec les Confucéens, cette vertu de persuasion (voir note 1 plus bas) qui est à la base même de leur enseignement. C'est là peut-être que nous voyons le mieux la spécificité de son attitude et comment il s'inscrit en pionnier des méthodes de notre XXe siècle finissant. Il n'a pas pris l'attitude dogmatique qui était celle de tant de missionnaires : convaincre de la supériorité du christianisme. Puisque les Confucéens étaient convaincus de la supériorité de leur confucianisme, il a essayé de les persuader, sur leur propre terrain, de la vérité du christianisme, sans leur demander de renier leur propre philosophie.

Mais voyons de plus près ce qui frappe dans la personnalité et dans l'oeuvre de cet homme.

Pour certains, le grand mérite de Ricci est d'avoir ouvert la Chine à l'évangile, et pour ce faire d'y être entré humblement sans rien briser. Tel est généralement le point de vue des historiens de l'Eglise de Chine. D'autres portent leur intérêt sur le fait que Matteo Ricci, par ses ouvrages, a permis une ouverture à un autre univers de connaissances scientifiques et mathématiques ; il a ouvert les yeux des Chinois à une autre culture, spécialement les horizons des mathématiciens et des astronomes, notamment en matière de calendrier. L'influence d'une théorie ou d'une science étant toujours une affaire relative, c'est l'impact de la rencontre de Ricci avec des savants chinois à cette époque qui a fait son succès. Pour d'autres enfin, c'est son approche de la culture chinoise qui fait de lui un géant... C'est là, je pense, que Ricci est important pour nous à l'heure actuelle, et ce qui caractérise l'intérêt que nous lui portons ici à Paris.

Que Macerata, sa ville natale, ait déjà célébré Matteo Ricci, ce n'est que naturel ; que la chrétienté de Taiwan prépare tout un programme en son honneur cela est tout à fait normal, tant l'Eglise de Chine lui doit puisqu'il a été un grand maître en matière de ce que nous appelons « inculturation ». En Corée également il sera magnifiquement fêté, car ce sont certains de ses ouvrages qui, apportés dans ce pays, ont été le point de départ du christianisme (voir note 2 en bas).

Les raisons de ce colloque parisien pourraient ne pas être si évidentes si ce n'est que nous voyons en Ricci l'initiateur d'un mouvement d'intérêt pour la Chine qui depuis ce temps s'est développé en France d'une manière toute spéciale. On peut dire sans exagération que si Ricci a ouvert les portes de la Chine à l'évangile, il a ouvert l'esprit des gens d'Europe, et ceux de France plus spécialement, à la pensée et à la culture chinoises. C'est d'ailleurs pour ces raisons que nous avons donné son nom aux deux Instituts d'études chinoises de Taipei et de Paris.

NOTES

note 1. Les Confucéens, à la suite de Confucius, croient à la force de l'enseignement, en chinois « kiao ». Ce terme veut dire : instruire, éduquer, guider, de là le sens de : doctrine, enseignement, religion. La phrase qui résonne dans l'oreille de tous les Chinois se trouve au tout début de l'un des Quatre Livres qui ont été, pendant des siècles, la base de l'éducation confucéenne, le Tchong-yong ou Invariable milieu « Ce que le Ciel a donné à l'homme c'est la nature (humaine). Suivre sa propre nature, c'est cela la voie. Cultiver la voie, c'est cela l'éducation. » (L'Invariable milieu, chap. 1 ) Cf. les Quatre Livres, traduits par S. COUVREUR. Cathasia, Kuangchi Press, p. 28. C'est cette éducation qui se fait lentement par persuasion, une persuasion qui s'adresse à l'esprit d'abord puis au coeur.

note 2. Le christianisme a été introduit en Corée, au XVIIe siècle, par des Coréens envoyés en ambassade à la cour impériale de Chine. C'est là qu'ils entrèrent en contact avec l'église catholique et rapportèrent en Corée des ouvrages de doctrine chrétienne. Ce n'est que plus tard que des missionnaires étrangers pénétrèrent dans le pays.

 

TABLE DES MATIÈRES

MATTEO RICCI AUJOURD'HUI

Yves RAGUIN s.j., Directeur du Ricci Institute for Chinese Studies,
de Taipei (Taiwan) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .5

LES MONDES EN PRÉSENCE

Ricci, homme de la Renaissance ?,
Piero CORRADINI, Professeur à l'Université de Macerata (Italie) . . . . . 25

Débat animé par Claude LARRE s.j.,
Directeur de l'Institut Ricci
de Paris . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31

La Société chinoise à la fin des Ming,
Jacques GERNET, Professeur
au Collège de France. . . . . . . . . . . . . . 33

Débat animé par Claude LARRE S.J. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44

RICCI : SA PENSÉE, SON ACTION

Les étapes de l'itinéraire de Ricci en Chine,
Joseph SHIH HSING­
SAN s.j.,
Professeur à l'Université Grégorienne de Rome . . . . . . . . . . . . . . . . . 51

« Traité de l'Amitié » par Li Ma-Téou d'Europe . . . . . . . . . . . . . . 63

Christianisme et Confucianisme dans la perspective de Ricci :
le « De amicitia »
, Claude LARRE s.j.,
Directeur de l'Institut Ricci de Paris . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73

Débat animé par Yves NALET s.j., du CERAS de Vanves . . . . . . . . . . 81

Sciences et techniques dans l'oeuvre de Ricci,
Jean Claude MARTZLOFF, chargé de recherche au CNRS. . . . . . . . . . 83

Débat animé par Yves NALET s.j. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96

Ricci et son oeuvre vus par la République Populaire de Chine,
Yves NALET s.j., du CERAS de Vanves . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101

L'appel de Matteo Ricci aux jésuites français,
Joseph DEHERGNE
s.j.,
du Centre Culturel « Les Fontaines », de Chantilly . . . . . . . . . . . . .111

LA PORTÉE HISTORIQUE DE L'OEUVRE DE RICCI

Le « Ping Jia » de Ricci : essai d'évaluation.
TABLE RONDE animée
par Paul BEAUCHAMP s.j.,
Professeur au Centre Sèvres . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .119

ANNEXE

Le Père Ricci, pont entre l'Église et la Chine. Discours de Jean Paul II aux congressistes d'Italie, le 25 octobre 1982 . . . . . . . . . . . . . . .131

 

 

Pour en savoir plus :

> Pour commander

> Catalogue des Média-Sèvres

> François Xavier, la Route de l'Orient

> saint Fançois-Xavier à la porte de la Chine

> Les jésuites et la Chine, aperçu historique

> La longue épopée des jésuites dans l'empire du Milieu

> Les quatre instituts Ricci dans le monde en dialogue avec le monde chinois

> L'Institut Ricci de Paris

> Le Grand Dictionnaire Ricci de la langue chinoise

> Mort d'un éminent sinologue : Claude Larre

> Présences jésuites en Chine

> Benoît Vermander jésuite en Chine

> Catalogue des Editions Facultés jésuites

> Le Centre Sèvres, Facultés jésuites de Paris