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actualités > 2008 > Projet : Réinventer la ville - La Plaine-Saint-Denis
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Réinventer la ville
La Plaine-Saint-Denis

Hors-série de la revue Projet édité par le CERAS en 2008

A partir de points de vue historiques, socio-économiques et politiques, ce hors-série met en lumière les enjeux du territoire où vient de s'installer le Ceras : comment construire une véritable urbanité entre des populations ouvrières anciennes, les nouveaux habitants et des salariés nombreux n'habitant pas sur place ? Mixité, développement, gouvernance… autant de questions qui se posent pour l'avenir d'autres villes.

Aux portes de Paris, un territoire en pleine mutation : développement de l’immobilier de bureaux, programmes de logements sociaux ou privés pour accueillir de nouveaux habitants.

Un territoire où réside de longue date une population ouvrière, française ou étrangère, dont le devenir est incertain dans ces transformations.

•   La Plaine-Saint-Denis trouvera-t-elle une nouvelle cohérence, ou son identité lui sera-t-elle dictée par la proximité de Paris ?

•   Comment concilier des impératifs de développement économique, l’enracinement de populations en parcours résidentiel et le maintien de celles déjà présentes ?

•   Comment construire une urbanité avec des populations soumises à des dynamiques qu’elles ne maîtrisent pas pour la plupart ?

•   Quelle gouvernance s’inventera et quelle sera sa légitimité démocratique ?


La Plaine se situe au carrefour de ces quatre axes. En analysant une expérience encore en chantier, ce numéro ouvre une réflexion sur les bifurcations entre ville polycentrique et ville dense.

Découvrir ce numéro hors-série

éditorial

sommaire
du numéro

 

 

 

 

 

 

 

L'éditorial

Bertrand Hériard Dubreuil (Avril 2008)

La Plaine-Saint-Denis fait partie des espaces les plus dynamiques de la région parisienne. Ce territoire est riche de son histoire, qui remonte aux premiers temps de la Gaule chrétienne et connaît une véritable animation autour des foires du Lendit au Moyen Âge. Quand Paris exporte ses industries et ses entrepôts au moment de la rénovation du baron Haussmann, La Plaine connaît cent ans d'industrialisation massive autour de la métallurgie et de la chimie pour devenir progressivement la première zone industrielle d'Europe. Sa position géographique en fait une banlieue qui subit toutes les contradictions dans son rapport à une capitale qui y délocalise ses usines, ses services, ses ouvriers, tout en restant un propriétaire foncier important. Un nouvel élan économique et social Jalonnées de longues luttes ouvrières, les mutations économiques ont laissé de vastes friches industrielles ainsi que d'importantes cicatrices liées au voisinage de la capitale : Autoroutes A1 et A86, emprises ferroviaires, canal de Saint-Denis, etc. Dès 1985, profitant des nouvelles compétences que leur donnent les lois de décentralisation, les collectivités locales marquent leur volonté d'imprimer un nouvel élan économique et urbain. L'implantation du stade de France symbolise un tournant dans l'action publique. En 2000, la création de Plaine Commune traduit la nécessité d'une gouvernance intercommunale : cinq villes d'abord, huit villes aujourd'hui, se sont regroupées en valorisant leurs atouts et en déléguant progressivement le maximum de compétences autorisées par la loi. Elles entendent désormais peser dans le débat autour du Grand Paris qui vient de prendre un tournant national avec la nomination d'un secrétaire d'Etat...

Lire la suite de l'éditorial sur le site du Ceras >>>

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Sommaire

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Cohérence

Un territoire fragmenté
    
Bertrand Hériard Dubreuil Ouverture

Lire l'article Ouverture >>>


Daniel Béhar Les contradictions métropolitaines
Le développement des pôles de compétitivité peut se conjuguer avec
la résistance des poches de pauvreté. La volonté de mixité résidentielle
n’entraîne pas la diversité des usages de la ville.

L'exemple emblématique d'une intégration accélérée dans une métropole de plus en plus complexe, avec ses paradoxes, ses chances comme ses difficultés.


Hervé Vieillard-Baron Un lieu chargé d'histoire
Le renouveau de La Plaine, immense annexe industrielle de la capitale,
n'allait pas de soi. Redevenue attractive, elle doit trouver une voie nouvelle de développement.
> lire un extrait

Jacques Grossard, Danièle Vigier
Projet urbain au schéma de cohérence territoriale
Quand les urbanistes inventaient la gouvernance intercommunale, avant
que la loi ne lui donne un cadre et l’Etat des moyens.

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Développement : Des fonctions reconjuguées

Marie-Emmanuelle Simon Ouverture

Martine Liotard     Un pôle de redéploiement économique
qui suppose une réflexion sur son rôle urbain structurant vis-à-vis des territoires voisins de Plaine Commune et même de Paris.

Parmi les pôles de développement francilien Quelle est la dynamique d’un pôle comme La Plaine ? Avec qui est-il en compétition ? A quelle échelle trouver un équilibre économique ?
Quelles retombées sur l’emploi et la vie quotidienne ?


Christine Bellavoine
et Loïc Rousselot
       
La diversité sociale,
défi pour l'action publique

Au coeur de la proche couronne
Un quartier à part entière, une ville qui ouvre la possibilité de parcours
résidentiels, un projet d'agglomération... Mais comment répondre aux
attentes des populations qui s’y croisent ?
Comment s’effectue l'enracinement de nouveaux habitants ? Si des
échanges se nouent entre ménages différents, un écart demeure, qui
isole les plus fragiles.


Table ronde (avec des élus locaux)     Au coeur de la proche couronne
P. Beaudet, F. Dubrac, P. Mansat et D. Paillard Un quartier à part entière, une ville qui ouvre la possibilité de parcours résidentiels, un projet d'agglomération… A quelle échelle construire une urbanité entre populations différentes ?

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Une urbanité à construire

Ouverture Bertrand Cassaigne

Natacha Lillo        Coexistence des migrants
à la Plaine
L'histoire étonnate d'une immigration, celle de la petite espagne. Le même itinéraire sera-t-il possible pour les nouveaux arrivants ? De Bretagne ou d'Estrémadure, les migrants sont venus
depuis 1900 chercher du travail à La Plaine. Quel fut le devenir des populations forcées de s’installer dans les interstices entre les usines ?
> Lire un extrait


Anne Furst         
De l'évidence d'un collège à La Plaine
Deux collèges se proposent de jouer leur rôle d'« ambition réussite ».
Comment contribuent-ils à « faire la ville » à La Plaine ?


Françoise Salmon      
Conseil de quartier,
conseil de développement
« Démarche quartier », des instances de délibération où chacun participe à sa hauteur.
Un conseil de développement, à l'échelle de l'agglomération, vrai lieu de vie démocratique. Mais un conseil de quartier qui défriche encore les voies pour jouer son rôle.

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Une gouvernance en chantier

Une gouvernance en chantier Françoise Terrel-Salmon

Patrick Braouezec (entretien)     Redéploiement du politique
La Plaine puis Plaine Commune : quelles leçons de gouvernance ?
Quelle redéfinition de l’action politique dans les rapports avec l’Etat, la Région, le grand Paris ?
Quand les élus ont dû apprendre à travailler dans une démarche de projet. Un projet qui suppose du débat, pour dépasser les cloisonnements de logiques concurrentes et engager un partenariat avec de multiples acteurs.


Marie-Hélène Bacqué         Démocratie de proximité
L’identité de la ville ouvrière a volé en éclats. Pour contrebalancer la désaffiliation politique, une démarche participative encore en chantier. Marie-Hélène Bacqué C omment contrebalancer une réelle désaffiliation politique ? Une démarche participative encore en chantier.

Bertrand Hériard          Construire un monde commun
Quand une ville doit se réinventer. Face aux choix à opérer pour surmonter
les contradictions : entre développement économique et développement
social, entre l'échelon local et le rapport à l'environnement...

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Un lieu chargé d'histoire

Hervé Vieillard-Baron Avril 2008

La reconquête d'un territoire victime d'une progressive désertification. Devenu un improbable tissu urbain, il est à la recherche d'une nouvelle cohérence.

La Plaine-Saint-Denis est un territoire singulier par sa géographie et par son histoire économique et sociale. Située au centre de l'ancienne Gaule, important carrefour commercial à l'époque médiévale, lieu symbolique de la royauté capétienne, expression remarquable de l'ancienne ceinture rouge de Paris, elle est devenue, après 100 ans d'industrialisation massive et 40 ans de désindustrialisation, un des espaces les plus dynamiques du savoir-faire européen. Ces transformations successives et les ruptures sociales qui en résultent méritent qu'on s'y attarde, même si elles rendent particulièrement délicate l'approche du territoire aujourd'hui.

On a le plus grand mal à savoir quelle est l'échelle pertinente pour en rendre compte, d'autant que les statistiques disponibles agglomèrent souvent plusieurs espaces. Faut-il s'en tenir strictement au secteur géographique de La Plaine ou l'insérer, pour l'analyse, dans la ville de Saint-Denis, sinon dans la communauté d'agglomération « Plaine Commune », voire dans le département du 93 ? Nous nous en tiendrons ici surtout aux secteurs concernés des communes de Saint-Denis et d'Aubervilliers.

Ensuite, l'observation montre un paysage urbain peu lisible, sinon totalement inintelligible. La société locale elle-même, pour autant que l'on puisse parler de « société » à son propos, est très contrastée et pétrie de contradictions. Enfin, le discours qui rend compte de la dynamique du territoire et des enjeux métropolitains paraît décalé en regard de la dégradation de la situation économique de nombreux résidents.

Précisément, quelles sont les grandes étapes de l'histoire de La Plaine ? Comment comprendre « la reconquête » de ce territoire au nord de Paris, dans un secteur dont l'image s'était profondément dévaluée dans les années 1950-1980 ? Sur quels fondements économiques et sociaux s'appuie-t-elle et quel peut être le devenir des anciens résidents ?

Une géographie et une histoire remarquables

L'espace que l'on dénomme aujourd'hui « Plaine-Saint-Denis » s'étend au nord de Paris, dans la partie la plus basse et la plus méridionale du « Pays de France », entre l'ancienne vallée du Croult et les hauteurs de Montmartre et de Belleville. Doté de sols fertiles, mélange de calcaire et d'anciennes alluvions, il couvre quelque 780 hectares répartis sur les trois communes de Saint-Ouen, d'Aubervilliers et surtout de Saint-Denis (les trois quarts de la surface).

D'un point de vue chronologique, l'identité de la Plaine s'enracine dans les limbes du Royaume de France. Au Moyen-Âge, les terres agrestes, dites aussi « Champ du Lendit », sont parsemées de forêts et d'espaces cultivés bordés de marécages  (cf. note 1). On y trouve, près des sources et des oratoires, de petits hameaux aux noms encore familiers : Montjoie, La Chapelle, Clignancourt ou Aubervilliers. À partir de 1820, le territoire témoigne de la grande époque d'urbanisation et d'industrialisation qui a touché la banlieue parisienne. Conçu comme une annexe de la capitale, il se couvre d'usines en quelques dizaines d'années au point de devenir, un siècle plus tard, le premier ensemble industriel du pays, tout en conservant, ici ou là, la trace du parcellaire rural. Une densification chaotique en résulte, associant ateliers artisanaux et vastes usines, constructions anarchiques et disgracieuses, hôtels meublés et baraques de chantier, résidences patronales et petits immeubles de qualité médiocre. Les voies terrestres d'accès sont complétées par le canal Saint-Denis ouvert à la navigation en 1821.

Au milieu du XIX e  siècle, la trilogie « chimie/métallurgie/énergie » devient l'axe majeur du développement industriel. Le paysage se hérisse de longues cheminées, puis de gigantesques gazomètres. L'usine à gaz du Landy s'installe en 1890, celle du Cornillon en 1914. Le système fordiste, caractéristique de cette époque, peut s'épanouir librement avec la production de masse, le travail à la chaîne et l'implantation de logements ouvriers à proximité des ateliers. Le territoire est ouvert à toutes les expérimentations et les entrepreneurs les moins scrupuleux ont le sentiment que tout leur est permis. L'usine appelle l'usine : des centaines d'entreprises ouvrent leurs ateliers à La Plaine entre 1875 et 1914.

La population augmente rapidement, même si une partie des ménages s'oriente vers le centre de Saint-Denis pour se loger (cf. note 2). La Plaine qui rassemble plus de 10.000 habitants représente alors la première zone industrielle d'Europe. L'optimum de population sera atteint autour de 1950, avec 30 000 habitants, au moment même où les premiers ateliers commencent à fermer leurs portes. Mais cette industrialisation précipitée ne va pas sans heurts, ni dommages. Les conditions de vie sont épouvantables : bruit, pollution et odeurs nauséabondes sont le lot quotidien des habitants.

Les césures marquent le paysage. Outre le canal et les enchevêtrements de routes et de voies secondaires, les voies ferrées de la compagnie du Nord et celles qui servent de desserte aux entrepôts zèbrent l'espace à partir de 1846, amorçant une fragmentation qui subsiste encore. 260 hectares sur les 780 de La Plaine sont occupés par les voiries, les réseaux ferrés et le canal. Les sous-quartiers de La Plaine demeurent aujourd'hui largement tributaires de ces lignes de fracture (cf. note 3). Les cimetières parisiens de la Chapelle et de Saint-Ouen marquent une autre forme de rupture au sud de La Plaine, renforcée par le boulevard du Maréchal Ney et le boulevard périphérique achevé en 1973. L'imposant échangeur autoroutier interdit tout contact rapide avec la partie méridionale de l'ancien faubourg de la Chapelle annexé par la ville de Paris en 1860.

Au centre d'un improbable tissu urbain, « la route de Paris », rebaptisée avenue Wilson, est l'axe structurant de La Plaine : elle prolonge les anciennes voies romaines – les rues Saint-Denis et Saint-Martin – recouvrant des chemins proto-historiques et la voie de l'étain qui reliait Paris au Nord de la France. Les moyens de transports collectifs qui empruntent cet itinéraire se développent tout au long de la deuxième moitié du xix e  siècle. Le « chemin de fer américain », un tramway sur rails plats, établit la première liaison régulière Paris-Saint-Denis en 1874, concurrençant les voitures à impériale.

Après la Première Guerre mondiale, on assiste à la multiplication des lignes d'autobus. Il faut dire que, dans les années 30, près de 10 000 ouvriers résidant à Paris prennent le chemin de La Plaine. Pourtant, le prolongement de la ligne 13 de métro se fait attendre. Il n'existe toujours aucune station de métro (Rer excepté) située à la Plaine. La basilique de Saint-Denis est reliée en 1976, l'université en 1997 seulement.

Un territoire en mouvement

Le renouveau de La Plaine n'allait pas de soi après une désindustrialisation précipitée, encouragée dès la fin des années 50 par une politique visant à démanteler les bastions communistes sous couvert de décentralisation. De 1954 à 1966, plus de 45.000 m2 de locaux industriels sont démolis à Saint-Denis. .....

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(Note 1) : Anne Lombard-Jourdan, La Plaine-Saint-Denis, deux mille ans d'histoire , Cnrs Éditions, 1994.
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Note 2 :
La commune passe de 3900 habitants en 1801 à 9 600 habitants en 1831, puis de 22 000 habitants en 1861 à 44 000 en 1881 pour atteindre les 60 000 à l'extrême fin du 19ème siècle.    
                                                             retour à (l'appel de note 2 )


Note 3 : Secteurs du Landy, de Montjoie, de «Cristino Garcia» à l'est, des «120» à l'ouest ou des entrepôts et de la rue Proudhon au sud-est.
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Une urbanité à construire

Coexistence des migrants
Natacha Lillo Avril 2008
Natacha Lillo, est Maître de conférences en civilisation espagnole à l'Université Paris-Diderot (Paris 7) et auteur de La Petite Espagne de la Plaine Saint-Denis, Autrement, 2004.

Depuis longtemps La Plaine a attiré de nombreux migrants, des Bretons aux Espagnols, aujourd'hui aux Cap-Verdiens, aux Maliens, aux Bengalis... Un exemple étonnant d'auto-organisation et d'intégration, mais aussi de confrontation aux difficultés d'accès au logement et au travail.

A la fin du XVIII e siècle, La Plaine-Saint-Denis, vaste territoire aux portes nord de Paris, était encore couverte de terrains maraîchers destinés à cultiver des fruits et des légumes pour l'alimentation de la capitale, et servait aussi de terrain de chasse très giboyeux. A partir du milieu du XIXe siècle, lors du Second Empire, elle fut progressivement bien reliée avec l'Est (mines de fer) et le Nord (mines de charbon) de la France grâce à la construction de lignes de chemin de fer, ce qui facilita l'apport de matières premières. C'est ainsi que se développèrent rapidement de nombreuses usines métallurgiques et sidérurgiques à Saint-Denis et à Saint-Ouen. Et, en lien direct avec les abattoirs de la Villette tout proches, Aubervilliers se spécialisa dans l'industrie chimique (engrais, colles, etc.). Offrant près de Paris de grandes surfaces planes très accessibles, disposant d'eau en quantité pour faire fonctionner les machines, ce territoire devint vite le premier espace industriel de la région parisienne, du quartier Pleyel jusqu'au canal de Saint-Denis, et de la porte de la Chapelle jusqu'à la porte de Paris.

Besoin de main-d'œuvre peu qualifiée

Comme dans toute la France, ces usines avaient grand besoin de personnel peu qualifié mais disposé à travailler dur. Les maraîchers vendirent progressivement leurs terrains aux propriétaires des usines et leurs cabanons aux ouvriers. Saint-Denis était la ville la plus peuplée de la Seine-banlieue à la fin du XIXe siècle : sa population passa de 22 052 habitants en 1861 à 50 992 en 1891, soit un accroissement de 131 %. Cet essor démographique était essentiellement lié à l'immigration, notamment provinciale, de ruraux attirés par les perspectives d'emploi offertes par les grandes entreprises. Au début du xxe siècle, l'arrivée des Bretons fut massive ; ils avaient la réputation d'être de rudes travailleurs et on leur confiait les travaux les plus pénibles. La présence des Belges et des Italiens continua aussi à augmenter comme dans le reste du nord et de l'est de la Seine, de La Villette à Montreuil ; selon le recensement de 1911, les colonies italienne et belge de Saint-Denis comptaient respectivement 1 249 et 955 membres.

   

Ce recensement signale aussi, en bien moindre mesure, la présence d'Espagnols à La Plaine, côté Saint-Denis et Aubervilliers – 465 au total. Il s'agissait en grande majorité de très jeunes gens, dont plusieurs de moins de 13 ans, alors âge légal du travail. Des négriers, baptisés padrones  par la presse, les faisaient venir pour travailler dans les grandes verreries Legras. Chaque réseau était très organisé, depuis le recrutement dans les campagnes du nord de la province de Burgos et du sud de la Cantabrie, jusqu'aux équipes d'enfants au travail, le transport et l'hébergement leur étant assuré contre la majorité de leur salaire ! Ils étaient si exploités une fois arrivés en banlieue nord, que Le Matin , journal socialiste, lança en 1912 une campagne de dénonciation, orchestrée par l'avocat Pierre Laval, alors membre de la Sfio. Il obtint la condamnation de six padrones tandis que le consulat d'Espagne rapatriait à ses frais les enfants de moins de 13 ans. Il y avait aussi des adultes ayant quitté la péninsule pour des raisons économiques : simples journaliers agricoles travaillant dans de grandes propriétés ou latifundios , ils ne gagnaient pas suffisamment pour entretenir leur famille. Souvent recrutés dans la province du Caceres en Estrémadure, ils s'employaient pour l'essentiel comme simples manœuvres. Avant les années 20, il s'agissait en général de célibataires ou d'hommes mariés venus seuls.

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Télécharger ci-dessous la carte (en format Pdf) : « La Plaine-Saint-Denis : équipements publics existants et projets ». Source : Plaine Commune.

 

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