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Que s'est-il passé pour que François Xavier,
cet ambitieux, soit devenu l'apôtre de l'Asie ?

Catéchèse de Mgr Olivier de Berranger, Evêque de Saint-Denis-en-France le 18 juillet

1506 : Xavier, de la Navarre à la Chine

Avant d'en venir à votre aujourd'hui, aux appels qui pourraient vous être adressés comme jeunes en 2008, permettez-moi d'évoquer une autre époque, celle de la mission chrétienne, disons entre le 17ème et le 20ème siècle, au Japon d'abord puis en Corée. Elle commence curieusement assez loin, en Navarre dans ce château de Xavier que j'ai eu la chance de visiter, où naquit François d'une famille noble. Nous sommes en 1506. Il voulait devenir prêtre, mais un peu comme Vincent de Paul quelque soixante-dix ans plus tard chez nous, tout au moins au début, c'est-à-dire sans grand idéal, et parce qu'à leur époque, en Europe, cela vous posait un homme d'être prêtre et vous permettait de toucher des bénéfices non négligeables. Que s'est-il passé pour que cet ambitieux soit devenu l'apôtre de l'Asie, et, comme Benoît XVI vous le rappelle dans son Message, le saint patron de la Mission universelle, avec la « petite » Thérèse ? Deux événements. L'un cette rencontre, à la Sorbonne, d'Ignace de Loyola, son compatriote, mais un peu vieux, boiteux et un tantinet austère. Il n'y avait pas, au départ, d'atomes crochus entre eux. Le second événement, c'est le jour où François entendit comme pour la première fois lire une parole évangélique qui allait le remuer à un degré inattendu : « Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme ? » (Mt 16,26) . A partir de ce jour-là, François prêta attention aux conseils d'Ignace, dont il est devenu l'un des premiers compagnons.

La suite, je me contente de l'évoquer rapidement. François-Xavier obtient une délégation du roi du Portugal pour aller sur la côte sud-ouest des Indes, qu'il évangélise pendant dix ans, puis dans le Pacifique. Et le voilà voguant vers les Iles Moluques, qui appartiennent à l'Indonésie actuelle, puis le Japon, toujours avec la passion de faire aimer Jésus Christ, avant d'aller mourir à 46 ans sur une île déserte en face de la Chine, en 1552. Mais ce que je veux vous raconter est plus récent...

1932 : Nagaï, un japonais converti

Cela se passe en 1932. Un jeune homme aussi ambitieux que François, jouisseur de surcroît, qui fait des études de médecine, vient frapper à la porte d'une maison de Nagasaki, où l'on loue une chambre pour étudiant. Il est accepté. Entre lui et ses hôtes, une simple relation de politesse s'installe. Ce garçon est donc un Japonais, il s'appelle Nagaï Takashi. Pour lui, ne compte que ce qui se voit, se pèse, s'analyse, c'est un esprit réaliste et scientifique. La fille de la maison, bien élevée, timide, est jeune institutrice, elle vient en fin de semaine. Or, un soir qu'elle est là, alors qu'il est rentré un peu plus tôt et potasse ses examens dans sa chambre à l'étage, il est intrigué par une sorte de mélopée qui monte doucement du rez-de-chaussée. Il prête l'oreille. Le voici qui entend la famille qui l'abrite réciter et chanter des textes dans une langue qu'il ne connaît pas ! Etrange…

Un peu plus tard, il s'enhardit et interroge Midori, la jeune fille. Celle-ci lui dit : « Nous prions en latin. Nous sommes catholiques. » Cette famille est donc descendante des premiers chrétiens convertis à Nagasaki par François-Xavier quatre siècles plus tôt, dont ils ont gardé les grandes prières traditionnelles. Nagaï n'est pas attiré par le catholicisme, mais il l'est par… Midori. Un autre jour, il va jusqu'à lui faire des propositions, comme il paraissait normal à n'importe quel étudiant ordinaire. Midori, qui éprouve un amour naissant pour lui, repousse ses avances. Elle lui dit que, selon sa foi, cette relation qu'il lui demande ne peut avoir lieu comme cela, qu'elle suppose un engagement réciproque, une responsabilité devant Dieu… Je ne vous raconte pas la suite. Sachez seulement qu'ils se sont mariés, qu'ils ont eu deux enfants, que Nagaï, devenu chrétien, a été l'un des premiers grands radiologues. Mais le conte de fées s'arrête là. Midori a été foudroyée par la bombe A, le 9 août 1945, qui a causé la mort de 72.000 habitants.

Pour Nagaï, comme pour sa femme, la foi, ce n'était pas seulement d'aller à la messe, ce qu'ils faisaient en famille avec beaucoup de cœur. Membre des Conférences St Vincent de Paul, Nagaï passait ses dimanches à visiter les malades éloignés. Après ce terrible événement, il va élever seul leurs enfants et témoigner par sa parole et par ses écrits pour la paix dans le monde jusqu'à la fin de sa vie, alors qu'il est atteint d'une leucémie consécutive à l'irradiation qu'il a subie et doit s'aliter. C'est un grand disciple japonais de Jésus, dont il faut espérer la béatification un jour prochain.


1779 : Yi Piôk, premier chrétien coréen

Je franchis la « mer de l'est » (appelée mer du Japon), et nous voici en Corée, cent cinquante ans plus tôt. L'histoire des origines de l'Eglise, dans ce pays, est assez exceptionnelle pour que nous cherchions à y lire comment l'Esprit Saint est inventif pour susciter des témoins du Christ. Nous sommes donc en 1779, dans une pagode bouddhiste à 40 km au sud de Séoul. C'est l'hiver. Il neige sur les collines. Une petite dizaine de jeunes hommes, entre 17 et 28 ans, s'y sont rassemblés dans la discrétion pour « étudier la sohak », c'est-à-dire la « science venue d'occident » (cartographie, principes de physique et de mathématiques…), dont, eux, confucéens, ferrés dans les classiques de la pensée chinoise, ont entendu parler. Ils veulent se rendre compte par eux-mêmes. Jeunes lettrés, comme on les appelle alors, ils lisent les idéogrammes sans difficulté. Or, parmi les livres qu'ils se sont procurés, s'en trouve un qui les intrigue plus que d'autres. Il a été rédigé directement en chinois, au siècle précédent, par le jésuite italien Matteo Ricci (1581-1610) , qui a vécu en Chine pendant 17 ans jusqu'à sa mort. Ce livre étrange s'intitule Tian-zu Shi-Yi : « Le vrai sens de la doctrine du Seigneur du Ciel. »

« Comment, se demandent-ils, Dieu aurait créé le monde, et notre pays ne le savait pas ? » Après cette recherche totalement nouvelle pour eux, l'un des leaders de ce groupe, Yi Piôk, va ruminer sur sa découverte. En 1780, il obtient d'un autre compagnon d'études qui devait se rendre à Pékin pour y accompagner ses parents en visite officielle, de se former avant de revenir l'instruire, lui, et toute la petite équipe de la pagode. Cet ami s'appelle Yi Seung-Houn. Après son catéchuménat, il est baptisé en 1784 à Pékin par un jésuite français, le Père de Grammont (originaire d'Auch) sous le nom de Pierre. De retour au pays, il baptise Yi Piôk sous le nom de Jean-Baptiste. Les autres aussi se forment et reçoivent le baptême. Ils croient de la foi du Credo, sans rien renier du meilleur de leur culture. Ces précurseurs d'à peine 30 ans, ainsi que leurs épouses, créent la première communauté chrétienne de Corée qui va compter 4000 fidèles dix ans plus tard, lorsque, pour la première fois, un prêtre chinois, envoyé par l'évêque de Pékin, franchira la frontière. Ils l'attendaient depuis 1789, date de leur prise de conscience que, sans prêtre, l'eucharistie ne pouvait être célébrée, ce qui leur fit adresser une supplique au pape. Le Père Chou Mun-Mo, arrivé donc en 1794, fut assez vite découvert et martyrisé, parce que le pouvoir coréen ne tolérait pas de religion étrangère. Il faudra attendre 1836 pour que deux premiers missionnaires français parviennent clandestinement à Séoul et y forment trois jeunes séminaristes coréens avant de mourir eux-mêmes martyrs. Et nous savons la fécondité de cette Eglise jusqu'aujourd'hui.

Lire l'intégralité de la catéchèse >>>

 

 

Pour en savoir plus :

> Lire toute la catéchèse de Mgr de Berranger

> Saint François-Xavier

> Toutes les vidéos des JMJ de Sydney