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Dans le cadre d'une délégation de Pax Christi pour soutenir les chrétiens d'Irak, j'ai pu me rendre, entre les 11 et 19 février 2008, au Kurdistan irakien et dans quelques villes proches de cette province. Cette délégation était une étape d'un grand mouvement de l'Eglise de France, initié par Pax Christi,
L'accueil fut excellent de la part des autorités du Kurdistan puisque nous avons été reçus par le Président de la région, M. Barzani, ainsi que par l'un de ses ministres, Sarkis Aghajan, et deux gouverneurs de province. Mais l'accueil fut encore plus extraordinaire et chaleureux de la part des communautés chaldéennes et syriaques et de leurs évêques. Ils nous ont accueillis dans des rencontres et des liturgies pleines de vie et de dynamisme. L'Eglise est solide dans ces contrées. Elle a pignon sur rue. Elle bâtit abondamment des églises et des séminaires. Un jésuite américain, ancien de Bagdad des années 60, venu récemment d'Amman, le père Denis Como, est père spirituel des séminaristes de Erbil. Les Dominicains sont nombreux et font un travail exceptionnel.
Pourtant le soutien aux chrétiens de cette région apparaît tout à fait nécessaire. 100 000 chrétiens venant des villes de Bagdad ou de Mossoul sont arrivés au Kurdistan depuis 2004. Leurs familles avaient été menacées à plusieurs reprises. Ils se sont résolus à partir, parfois du jour au lendemain, sans rien emporter. Ils viennent repeupler des villages du Kurdistan abandonnés sous le régime de Saddam Hussein dans les années 70. Des petites maisons sont construites pour chacun d'eux par le gouvernement, mais ces villages sont isolés ; il n'y a pas de travail et les réfugiés doivent vivre d'une allocation du gouvernement. Les agriculteurs n'ont plus de terre car elles ont été occupées par les Kurdes musulmans qui ne veulent pas les rendre. Les plus anciens se satisfont de cette situation difficile, mais les plus jeunes expriment leur volonté de s'en aller dès que possible pour sortir de ces villages. Ils ont tous un cousin ou un parent en Europe ou aux Etats-Unis : ils espèrent donc pouvoir obtenir un visa un jour ou l'autre. En attendant ils sont affrontés aux défis culturels de la langue et de la culture : ils ne peuvent communiquer en arabe avec des Kurdes qui ne savent pas leur langue. Cette population réfugiée ne manque pas de soutien immédiat, mais elle manque d'avenir. Ces chrétiens rêvent encore de retourner à Bagdad ou dans leur vie d'origine. Ils n'ont pas les moyens de s'enraciner sur ces nouvelles contrées du Kurdistan car ils n'ont pas de terre qui leur appartienne et ils n'ont surtout pas de travail possible. Personne, ni en Irak ni de l'extérieur, ne veut investir le moindre dollar dans cette région. Ces populations sont vouées à être assistées.
Voilà ce que toutes ces communautés nous ont dit, réunion après réunion, soit en privé, soit en public. Des chefs de villages exprimaient leurs doléances comme si nous allions leur apporter des solutions pratiques et définitives à leur malheur. Nous ne pouvions que leur répondre que nous allions parler de leurs difficultés en Europe pour alerter l'opinion et les responsables politiques sur leur situation. Nous étions bien conscients qu'ils sont les victimes de bouleversements géopolitiques dont les décideurs se trouvent à Washington, à Bagdad ou autres capitales. Ils sont les victimes aussi d'un mouvement plus général dans cette région du monde, Irak, Turquie, Syrie, etc., où les chrétiens sont soumis à une pression systématique les poussant à s'exiler. Or ils sont la garantie d'un pluralisme des cultures et des religions dans tout le Proche et le Moyen-Orient. Leur absence ferait peser une menace sur les capacités des autres populations de vivre ensemble sur ces territoires.
Notre délégation ne pouvait donc pas faire grand-chose de déterminant pour les sortir de leur situation concrète. Mais elle était un trait d'union avec les chrétiens de l'extérieur qui voulaient les écouter et leur manifester leur solidarité. En espérant qu'une prise de conscience du drame des chrétiens irakiens permettra de favoriser une recherche d'une issue pacifique pour ce pays. Pierre de CHARENTENAY
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Jésuites : serviteurs
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