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Opération “ Vivre son âge ”

Quatorze compagnons, tous septuagénaires ou presque, ont passé ensemble une semaine au Châtelard, fin octobre 2006. Chaque jour, matin et soir, l'un d'eux relisait à voix haute pendant une heure sa vie, sa vocation, son parcours dans la Compagnie ; après quoi pendant l'heure suivante les autres réagissaient à ce récit.

Bernard GILLIBERT – Jean-Claude BADENHAUSER – François POMÉON – Louis de VAUCELLES – Edouard O'NEILL – René-Claude BAUD – Jean-Louis PRÉAT – François YVERNEAU – Noël BARRÉ – Daniel AVERSENQ – Jean CAROF – André FOURNIER – Joseph LACRETELLE – Daniel FAYARD

C'était la première étape du parcours « Vivre son Âge  » organisé par la Province pour des jésuites du créneau 70-75 ans. Un deuxième temps, au mois d'avril 2007, sera consacré à une sensibilisation commune à divers enjeux apostoliques d'aujourd'hui et de demain : européens à Bruxelles, internationaux à Genève (les voyages sont formateurs à tout âge). La troisième étape, en juin, sera une retraite vécue en commun également. L'ensemble est inspiré de ce qui se passe ailleurs dans la vie religieuse, et fait suite, mais différemment, à ce que plusieurs compagnons de la Province avaient eu à cœur de vivre dans les années précédentes pour préparer, de plus ou moins loin, la meilleure entrée possible dans la vieillesse et les changements qu'elle entraîne.

L'expérience est concluante. Nous sommes tous revenus marqués par la qualité de cette rencontre. Bienveillance de l'écoute, simplicité du partage, découverte ou redécouverte les uns des autres, qui ne se connaissaient plus parfois que de très loin, mémoire des consolations vécues et des épreuves traversées, entrée progressive dans des chemins apaisés et un service heureux.

Dans cette génération, beaucoup ont encore des souvenirs précis de la deuxième guerre mondiale, plusieurs ont fait leur service militaire en Algérie, leur théologie au moment de Vatican II, leur « révolution » en mai 68, etc. Mais ce qui domine, c'est la diversité des hommes, des parcours, des orientations, des santés aussi. Il suffit de regarder la photo pour s'en rendre compte. Pourtant c'est un sentiment d'unité qui nous a été redonné autour des « fondamentaux » de la Compagnie ; un commun désir de servir, un regard lucide et ouvert, attentif aux besoins des gens d'aujourd'hui ; un même sens de l'interaction entre l'engagement apostolique et la vie spirituelle, une disponibilité pour l'avenir tel qu'il sera. Bien des questions d'intérêt général ont été aussi évoquées et nous nous sommes quittés avec le désir de reprendre nos échanges le moment venu.

En quoi cette relecture partagée de nos parcours respectifs prépare-t-elle la suite qui nous attend ? Disons que le sujet est maintenant introduit, acclimaté. On a parlé d'inconnu, de précarité, de disponibilité, de ce qui ne sera bientôt plus possible, de ce qu'on ne fait déjà plus. Mais, à la manière biblique, nous sommes plutôt allés retrouver dans le passé des chemins d'avenir : « J'ai été avec toi.. Je serai avec toi… ».

Nos devanciers, dans ce genre de session, avaient tenu à développer davantage les questions d'hygiène et de santé, de rythme de vie et de nouveau type d'activités. Ces questions ont été, pour nous, plus en réserve, moins explicites. Elles arriveront sans doute autrement. Mais il est vrai aussi que notre groupe était composé de gens encore souvent très actifs, et que, pendant la semaine chaude et ensoleillée qui précédait la Toussaint cette année, le parc du Châtelard ne laissait rien paraître de la venue prochaine d'un hiver, et que les feuilles d'automne à peine dorées n'étaient pas encore emportées « au vent mauvais ».

Edouard O'NEILL

 

 

Pour en savoir plus :

> La vieillesse, une chance ? par Michel Rondet

> Comment parler de l'obéissance ?

> Jésuites du XXème siècle