
Premier Cycle
du Centre Sèvres
en Session
de mi-année
à TAIZÉ
Chaque année, le Centre Sèvres, facultés jésuites de Paris, propose aux étudiants en licence de philosophie et de théologie une session au milieu de l'année universitaire. En 2007, les étudiants devaient choisir entre une session animée par le CERAS sur les banlieues (cliquez ici pour en lire un compte-rendu) et une session à Taizé .
Nous étions 16 étudiants, laïcs et religieux, accompagnés par Etienne Grieu, jésuite, Agnès Kim (Soeur de St-André) et Sabine Laplane (Soeur de Sfx), à vivre une belle expérience de cinq jours au cœur de ce lieu de paix qu'est la communauté de Taizé.
En voici quelques échos.
Le Christ s'est uni à tout être humain
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S'il m'était demandé de pointer, à la façon d'un mémorial à la fin d'une retraite, ce avec quoi je reviens de notre session, je crois que je relèverais cette conviction primordiale, portée par frère Roger, que le Christ s'est uni à tout être humain quel qu'il soit. De là, une grande confiance en chaque personne.
L'effet est immédiat : dans ce lieu, les jeunes se sentent accueillis tels qu'ils sont : « ici on se sent chez soi ». On ne leur demande pas de rendre des comptes. La simplicité des conditions de vie, partagée par tous, renvoie au second plan les différences manifestes (religion, conditions sociales, niveau d'étude) qui nous permettent habituellement de construire nos identités. Ainsi la vie à Taizé devient une constante sollicitation pour passer du paraître à l'être. Une rencontre en profondeur est alors possible et l'unité dans la différence se joue au niveau du for intérieur. Ainsi la simplicité de vie permet à beaucoup de se sentir en confiance et d'exprimer les choses essentielles qui les font vivre.
Les frères ont également ce souci d'aller le plus rapidement au cœur. Ce qui n'est possible que grâce à leur écoute de l'Esprit du Christ à l'œuvre en chacun.
Laisser les choses se révéler d'abord
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Taizé étonne et surprend avec ses centaines de jeunes et moins jeunes qui se laissent mystérieusement toucher par la prière des frères, quelques chants, une parole et le silence. Pourquoi ? On n'ose y répondre. C'est de l'ordre du mystère, de ce qui dépasse un saisissement dans des catégories humaines. Il y a une certaine pudeur à ne pas chercher à comprendre ce qui se révèle là, à la « fine pointe de l'âme », entre le Créateur et sa créature.
Tout d'abord nous avons constaté que l'aventure de Taizé depuis ses débuts en 1940 ne s'est jamais basée sur un plan pastoral très réfléchi mais sur les intuitions de frère Roger. « Ici, nous partageait l'accompagnateur d'un groupe, on n'a pas besoin de la camionnette avec tout le matériel pédagogique comme lorsqu'on va à Lourdes. Ça fait 20 ans que les frères ont les mêmes bougies, les mêmes toiles oranges et il y a toujours des jeunes qui viennent ou reviennent à Taizé ». Notons tout de même la très solide organisation matérielle pour accueillir plus de 5000 personnes en été. Mais la base de leur spiritualité ne repose, après la Parole de Dieu, que sur trois mots : simplicité, joie, miséricorde. Au fil des jours les visages se transformaient. C'est par petites touches successives, en se laissant porter par les autres, par la liturgie et les services, que chacun est invité à se mettre à l'écoute de ce qui se passe en lui. La grâce est alors donnée de croiser des visages rayonnants et de vivre des rencontres fraternelles.
Un autre point marquant concerne la place des médiations réduites au strict minimum. Durant les offices, très peu de paroles viennent seconder la Parole de Dieu. Et la grande majorité des chants sont composés de paroles bibliques très courtes et répétées. N'est-ce pas là une manière de favoriser l'expérience d'une rencontre immédiate de Dieu ?
Partir des dons de chacun
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Est-ce la raison pour laquelle les jeunes viennent à Taizé ? Beaucoup ne le savent pas vraiment. Certains sont venus parce que Taizé semblait la proposition la plus exotique faite par leur lycée. Dans ce melting-pot de désirs, une des grandes forces des frères est de combiner une forte exigence en proposant aux jeunes de prendre des responsabilités, et d'accueillir chacun là où il en est avec ses cinq pains d'orges et ses deux poissons. Cette responsabilisation est fondée sur la confiance en l'œuvre de l'Esprit en chacun. Frère Maxime nous partageait la spontanéité avec laquelle les jeunes se précipitent sur les petits services qui leur sont demandés : vaisselle, aide à la cuisine, distribution des repas… C'est aussi l'occasion pour les frères d'inviter les jeunes à s'investir là où ils vivent au quotidien, ancrés dans l'amour de Dieu.
Une unité qui reste blessée
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Mais qui est ce Dieu qu'on rencontre à Taizé ? Le Dieu des Catholiques ? Des Protestants ? Des Orthodoxes ? Le Dieu de Jésus Christ ? Une force ? Tous ne sont pas amenés à mettre des mots sur ce qu'ils vivent, et en cela Taizé est une étape. Même ici, le partage du pain et du vin consacrés demeure un geste fragile. Signe de la fragilité de nos propres vies, de nos ruptures, de l'humanité blessée. Mais Taizé reste un moment fort de rencontre. Peut-être une colline où il est donné de goûter quelque chose du Royaume qui déjà s'offre à nous mais vers l'accomplissement duquel sont tendus tous nos désirs.
Cette immersion à Taizé, dans le cadre de nos études, nous a permis d'entrevoir la dynamique en jeu dans le rapport entre réflexion théologique et expérience spirituelle. D'autre part, il nous a semblé que l'accueil inconditionnel de toute quête spirituelle était le terreau où s'enracinait, dans une grande simplicité, l'annonce explicite de l'Évangile à Taizé.
Yves STOESEL s.j.