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Pavel Gabor est un jésuite originaire de la reépublique Tchèque qui poursuit des études doctorales en astrophysique à l'université de Paris 7. Il raconte le sens de son double engagement scientifique et religieux. « Le problème est urgent. Les développements contemporains de la science lancent à la théologie un défi beaucoup plus grand que celui de l'introduction d'Aristote en Europe occidentale, au 13 ème siècle. Mais ces développements offrent aussi à la théologie des ressources virtuellement importantes. Tout comme, par le service de quelques grands maîtres comme saint Thomas d'Aquin, la philosophie aristotélicienne a finalement façonné certaines des expressions les plus profondes de la doctrine théologique, pourquoi ne pourrions-nous pas espérer que les sciences d'aujourd'hui, avec toutes les autres formes de la connaissances humaine, fortifient et informent cette partie de la théologie qui porte sur les relations entre la nature, l'humanité et Dieu ? » Ainsi s'exprimait le pape Jean-Paul II En 1987, quand je réfléchissais à quoi faire après le bac, j'ai vu avec une certaine clarté que ma vocation était le sacerdoce. J'étais aussi bien conscient que ni les circonstances politiques en Tchécoslovaquie, ni moi-même n'étions mûrs pour poursuivre cette vocation. J'ai donc décidé de faire des études en physique. J'ai découvert le monde de la recherche scientifique en travaillant au CERN, le laboratoire européen pour la physique des hautes énergies près de Genève. Cette expérience m'a montré combien était fausse la figure romantique du scientifique héroïque, enfermé seul dans son laboratoire face à de mystérieux arcanes. J'ai trouvé que la recherche en science dure est un effort d'équipe. Dans ce milieu international, les barrières linguistiques et culturelles s'effondrent devant l'élan du projet commun.
En 1995, je ne pouvais plus repousser la voix qui m'appelait avec persistance et je suis entré au noviciat de la Compagnie, tout en pensant que cela marquerait la fin de mon travail en science. Lors de mes études de philosophie à Cracovie (1997-1999), j'ai fait la connaissance du P. Michael Heller, prêtre diocésain, philosophe des sciences, physicien mathématique, collaborateur de l'Observatoire du Vatican et membre de l'Académie pontificale des sciences. Tous les deux ans, il passait un week-end avec le Pape Jean-Paul II en lui faisant, avec un groupe d'autres scientifiques d'origine polonaise, un séminaire sur les développements les plus récents en science. Citant le texte de Jean-Paul II que j'ai mis au début de cet article, il m'a dit avec beaucoup de conviction : « L'Église a besoin de vous. » Je pensais qu'il était trop idéaliste, ignorant la situation réelle dans la Compagnie de Jésus en général et dans la province tchèque en particulier. Je le lui ai dit. Néanmoins, deux ans plus tard, j'ai reçu une invitation à l'école d'été de l'Observatoire du Vatican, tous frais payés. J'ai vu là une équipe de jésuites scientifiques scellée par une mission commune : faire de la recherche sérieuse et être ainsi la présence de l'Église institutionnelle dans le monde des sciences dures. En plus de leur travail de chercheur (effectué depuis 1980 à Tucson, Arizona – le site historique de l'Observatoire à Castel Gandolfo servant de siège à la bibliothèque et à la collection des météorites, et de maison d'accueil pour des colloques), les jésuites de l'Observatoire s'investissent pendant deux ou trois mois chaque année, dans l'apostolat, principalement lié au dialogue entre les mondes scientifiques et spirituels (dans la suite, je vais utiliser le sigle « S-S »). J'y ai entrevu une mission qui pourrait devenir la mienne. J'en ai parlé avec mon provincial, qui m'a surpris par son ouverture généreuse à ce projet – son successeur est en fait encore plus enthousiaste ! Je suis donc actuellement à Paris faisant une thèse en astrophysique à l'Institut d'astrophysique spatiale d'Orsay pour me préparer au travail à l'Observatoire du Vatican. Il s'agit de participer à la préparation d'une mission spatiale très ambitieuse, dont la réalisation est prévue dans une vingtaine d'années. Son but est d'observer des planètes de la taille de la Terre hors du système solaire et d'analyser la composition de leur atmosphère pour voir si elles abritent la vie identifiable. Le défi est énorme : il faut regarder une luciole qui se tient à 30 cm d'un phare maritime qui vous brille dans les yeux, la luciole et le phare étant à Marseille tandis que vous êtes à Paris ; et en plus, il ne suffit pas de détecter la présence de la luciole, il faut analyser sa lumière pour connaître la composition chimique de sa peau ! J'ai la chance de travailler à Orsay avec des gens délicieux, acquérant des aptitudes pratiques en instrumentation astrophysique, ce qui me sera utile à l'Observatoire du Vatican. En plus, cette mission spatiale, développée à la fois par l'Agence spatiale européenne (comme « Darwin ») et par la NASA (comme « Terrestrial Planet Finder – Interferometry »), est bien choisie pour me faciliter la transition avec Tucson.
Quant à mon insertion apostolique en Tchéquie, le dialogue S-S représente un potentiel particulier en Tchéquie. Pour l'expliquer, il faut esquisser un arrière-fond historique. Après le coup de force communiste en 1948, le tout-puissant parti a décidé de transformer la Tchéquie en pays athée. Les jeunes chrétiens en général n'avaient pas accès aux études supérieures et si, exceptionnellement, ils étaient admis à l'Université, c'était pour étudier les sciences dites exactes. En plus, beaucoup de disciplines académiques étaient sous le joug de l'idéologie régnante. Par conséquent, même ceux qui étaient autorisés à étudier la philosophie, l'histoire ou le droit trouvaient les versions communistes de ces disciplines peu attirantes et se lançaient plutôt dans le domaine des sciences « dures ». Voici deux mécanismes qui expliquent, dans la population tchèque éduquée, le déplacement du centre de gravité vers les sciences exactes. En même temps, par rapport au Tchèque moyen, le pourcentage des chrétiens pratiquants parmi les scientifiques est nettement plus élevé. Parmi ces scientifiques, beaucoup se sont intéressés activement à S-S depuis leur jeunesse. Mais ce n'est qu'après 1989 qu'ils purent développer des activités plus soutenues dans ce domaine. Quelques associations ont été formées, quelques revues ont été fondées. Pourtant, la communauté S-S tchèque représentait surtout les gens qui avaient beaucoup d'autres intérêts et pour qui S&F n'était qu'un hobby. Depuis 2001, je cultive systématiquement un réseau de contacts pour pouvoir accompagner cette communauté. Aujourd'hui, il semble que plusieurs d'entre eux sont plus prêts à cibler leurs énergies sur S-S. Voici donc une mission, un projet apostolique, et surtout la préparation pour les assumer. Pavel GABOR s.j.
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Pour en savoir plus : > Jésuites scientifiques européens EJS en réunion a Namur > Roland Cazalis: L'autre ministère des prêtres scientifiques> Angelo Secchi, Père de l'astrophysique > Christophe Clavius, qui subtilisa 10 jours du calendrier > L'observatoire de Pékin> L'empereur Kangxi et les jésuites au temps de Louis XIV > Grimaldi - Les Jésuites et la lune |
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