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Homélie Jer 20, 7-11a.13
* « Il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être ». Jérémie s’est laissé saisir par Dieu. Et ce n’est pas rien que cet événement qui change tout mais qui n’intervient pas sans que nous y ayions consenti. Parler d’ «un feu dévorant au plus profond de son être», c’est parler d’amour. Jérémie parle de sa relation à Dieu avec les mots de l’amour : « « tu as voulu me séduire et je me suis laissé séduire » ». Il en parle avec cette intensité et cette force qui sont le propre d’un cœur conquis. A Loyola, Ignace à son tour s’est laissé saisir par Dieu et a laissé le désir de Dieu solliciter tout son être jusqu’à pouvoir dire et redire : « prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j’ai et possède ». « Comme un feu dévorant… » : c’est un feu qui vient consumer et réduire en cendres ces obscurités, ces médiocrités, ces peurs, qui encombrent et enténèbrent le cœur… C’est un feu qui jette une lumière crue sur ce qui n’est qu’ombres et apparences, faux-fuyants et accommodements frileux avec ce qui n’est ni juste ni vrai… C’est un feu où fondent ces étroitesses et petitesses qui ne laisseraient jamais place au désir de l’Unique… C’est ce feu – ce feu de l’Evangile que le Christ est venu allumer sur terre – qui permet un cœur large, qui ouvre notre humanité à ce qui la dépasse et devient notre générosité, et qui libère en nous un désir de chercher Dieu en tout et en tous qui ne s’éteint jamais. L’esprit apostolique est de la nature du feu et s’il n’embrase pas l’âme de l’ouvrier apostolique, ce feu ne prendra nulle part. Ainsi s’ouvre le chemin à la suite du Christ, mais il ne se vit pas sans la grâce de Dieu. * Nous avons entendu dans la 1ère Epître à Timothée : « la grâce de notre Seigneur a été encore plus forte, avec la foi et l’amour dans le Christ Jésus ». C’est la grâce que Dieu donne et qu’Il ne donne jamais chichement qui seule importe au long des jours. Ce ne sont pas nos discours seuls, parfois trop chargés de certitudes, qui parlent de Dieu ; ce ne sont pas nos activités seules, parfois trop soucieuses de leur propre efficacité, qui tournent le regard vers Dieu… Il faut la grâce de Dieu – cette grâce qui irrigue nos terres desséchées, ouvre nos mains fermées, délie ce qui était intérieurement noué et guérit ce qui était profondément blessé… Il faut cette grâce de Dieu pour soulever nos vies comme le levain fait lever la pâte, pour sortir de nous-mêmes à la rencontre de Dieu à l’œuvre dans le monde. Tout au long des Exercices spirituels, Ignace appelle l’homme qui veut suivre et imiter le Christ à demander la grâce de Dieu : car, sans cette grâce, que pourrait-il connaître de lui-même et de son passé s’il ne pouvait, par et dans la grâce de Dieu, s’ouvrir à la miséricorde du Seigneur ? Sans cette grâce, comment pourrait-il, aux différents moments de son chemin, se tourner vers Dieu et lui demander Sa présence, Sa force, Sa lumière pour discerner, décider et se risquer ? Sans cette grâce, comment pourrait-il éprouver cette allégresse et cette joie, cette paix et cette confiance qui permettent d’oser mettre ses pas dans ceux du Christ ? Et nous savons comment s’achève la prière de l’ ‘’ad amorem’’ au terme des Exercices : « donne-moi ton amour et ta grâce : c’est assez pour moi ». Alors, pourquoi craindre ? * A ses disciples effrayés disant : « Seigneur, sauve nous ! Nous sommes perdus ! ». Jésus répond : « pourquoi avoir peur, hommes de peu de foi ». Les disciples sont – alors que Jésus dort – confrontés aux vents et aux flots ; ils font l’expérience de leur fragilité et de leur impuissance dans des circonstances qu’ils n’ont ni choisies, ni voulues. Là, ils comprennent qu’il leur faut oser se tourner vers le Christ, oser dire leur désarroi et leur angoisse, oser l’appeler et faire instance car on ne dérange jamais ceux qui vous aiment. Et le Christ leur dit : « pourquoi avoir peur ? ». Oui, Ignace a compris, comme les disciples de Jésus, qu’il faut avancer avec ses vulnérabilités et ses limites, ses craintes et ses fragilités… que le chemin de la vie est un chemin d’humilité et de confiance… que la gloire la plus grande de Dieu demande des hommes et des femmes qui sachent s’effacer pour que le Seigneur paraisse. Oui, pourquoi avoir peur ?. Aujourd’hui encore, il y aurait bien des raisons d’avoir peur et de redouter tant le présent que l’avenir. Mais, depuis le temps de la barque recouverte par les vagues, nous savons que le lieu de l’épreuve devient lieu de révélation, que le lieu de l’effroi devient lieu de l’étonnement, que le lieu de la crainte devient le lieu de la confiance quand nous nous tournons vers le Seigneur au cœur d’une vie, parfois burinée par l’épreuve. *
François-Xavier Dumortier, s.j.
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Jésuites : serviteurs
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