
Forum social mondial (2)
La famille ignatienne
à Nairobi (Kenya)
Merci à l'agence
pour ses photos
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Édition spéciale de Headlines 2007-01-II |
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Chers amis (es),
Nous vous écrivons en direct de Nairobi en ce premier jour de la rencontre de la famille ignatienne. Nous sommes mercredi soir, 17 janvier 2007. Lorsque nous nous sommes réveillés ce matin, le ciel était couvert et annonciateur de pluie. Toutefois la cérémonie d'ouverture a été pleine de lumière, de chaleur et de joie. Après un très beau temps de prières, la maisonnée a commencé la première session plénière. Le dernier contingent de participants en provenance du Sri Lanka, de l'Inde et du Brésil est arrivé alors que la plénière était déjà commencée. Il fut accueilli par des applaudissements. Au cour de l'après-midi, les participants 'du continent Madagascar', comme le modérateur de la session les a nommé (déclenchant ainsi les applaudissements de tous) sont arrivés.
Salutations de Nairobi,
L'équipe éditoriale
Message du Père Général :
" Il y a de nombreux signes de vie et d'espérance " |
À l'occasion d'une allocution destinée à la famille ignatienne réunie à Nairobi et dans le cadre d'un séminaire portant sur " La transformation spirituelle et sociale en Afrique et à Madagascar ", le Père Général a accueilli l'initiative prise par l'ensemble de l'Assistance; il a rappelé les mots de Jean Paul II lors du premier synode africain, comparant la situation de l'Afrique à celle 'd'un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho (Lc 10,30-37) et il tomba au milieu des bandits; ils l'ont dépouillé et roué de coups puis ils sont partis le laissant à moitié mort ". Cependant le Père Général a reconnu " qu'il y avait de multiples signes de vie et d'espérance puisque de nombreux Jésuites et autres partenaires apostoliques continuaient la lutte pour bâtir un avenir pour ceux qui allaient leur succéder ". (GC 34, d.3,n.12)
Il a alors énuméré les efforts du Service jésuite des réfugiés JRS, les pas effectués pour promouvoir la paix et la mise en place de l'institut Hekima pour la paix, le rôle des différents centres sociaux dans la lutte pour une meilleure gouvernance, le travail de AJAN en faveur de ceux et celles qui souffrent du VIH/Sida, ainsi que les récentes initiatives pour une plaidoirie internationale. Il a conclu son allocution en nous incitant tous " à aller de l'avant pour renforcer les liens entre les institutions et les individus engagés dans la transformation de la réalité sociale... et à construire à partir des riches ressources diverses des cultures et des peuples ".
Pour lire l'allocution au complet en anglais, aller au :http://www.sjweb.info/sjs/index.cfm?Language=3
et cliquer sur " Message du Père Général ".
Un appel à une vie en plénitude et à la créativité |
Lors de sa première allocution à la famille ignatienne, le Père Fratern Masawe SJ, président du Conference des supérieurs majeurs jésuites de l'Afrique et Madagascar (JESAM), a mis l'accent sur l'importance pour chaque personne humaine d'obtenir la vie en abondance selon le plan de Dieu. Citant la phrase bien connue de St Irénée, il a déclaré que la gloire de Dieu exige que les droits et les besoins fondamentaux de l'humanité soient complètement assurés.
Aujourd'hui nous interprétons la sécurité comme la nécessité de construire des murs limitant la liberté de mouvements des peuples (lois sur l'immigration), la liberté de mouvements des biens (lois commerciales), la liberté de mouvements des cultures et des religions (fondamentalismes étroits). L'une des caractéristiques du Dieu trinitaire d'Ignace de Loyola est la créativité, la capacité d'accueillir le chaos, de répandre la compassion, de savoir jouer et de répandre la beauté.
Le Père Masawe a mis l'audience en garde contre l'interprétation facile des termes d'Ignace : 'consolation' et 'désolation'. Bien que des individus qui ont appuyé des dictatures cruelles puissent s'être senti heureux et satisfaits, Jésus de Gethsémani a quant à lui fait l'expérience de la peur et de l'angoisse. Si nous nous engageons à faire en sorte que le plan créatif de Dieu pour tous s'accomplisse, nous devons être prêts à faire l'expérience de la peur et de l'angoisse.
Défis de la transformation sociale de l'Afrique |
Lors d'une intervention très provocatrice, le Dr. David Kaulem, professeur de philosophie et d'éthique à Harare (Zimbabwe), a décrit les grandes lignes du paradoxe principal de la modernité africaine : la prédominance du 'politique' sur tous les autres domaines, ainsi que l'existence d'ambiguïtés et d'ambivalences en réaction au passé colonial. Des domaines aussi divers que l'économie et la religion sont aujourd'hui dominés par le discours et la pratique politique; et différents aspects de la vie sociale sont devenus le terrain de jeux de ceux qui veulent acquérir un pouvoir politique.
Le phénomène de l'existence simultanée de l'amour et de la haine
- ajoute-il- marque la conscience africaine actuelle : nous détestons l'idée d'une nation-état construite sur l'objectif colonial d'exploitation des ressources naturelles d'un pays à l'extrême et pourtant nous défendons la nation-état comme solution à nos problèmes.
Le docteur Kaulem a continué en énumérant six grands défis pour l'Afrique d'aujourd'hui.
Il a parlé tout d'abord de la 'recherche de la vérité', c'est-à-dire, de la lutte pour nommer et définir ce qui nous arrive; ce qui semble être important aujourd'hui est de comprendre qui raconte l'histoire de qui.
Puis il y a le défi d'encourager la participation des personnes et des organisations de vie sociale à la base - la condition préalable essentielle pour la stabilité.
Le troisième défi, a-t-il dit, est le paradoxe de l'appauvrissement qui prend de l'ampleur alors que la richesse continue de croître parmi les quelques privilégiés.
Les trois derniers défis sont la lutte contre la maladie (malaria et VIH/Sida), l'établissement des droits humains et la sécurité pour tous et enfin la question de l'égalité des sexes.
Il a mis l'accent sur le rôle de la société civile pour faire face à ces principaux défis; plus spécifiquement, le rôle que la famille ignacienne peut jouer en Afrique et à Madagascar.
À la fin de la plénière, le Père Orobator, récemment nommé recteur de la communauté jésuite au collège Hekima, nous a invité à mettre de côté notre envie de 'discuter' et à suivre la méthode 'balava' qui signifie : donner un mot à mon ami puis l'écouter. L'atelier a clairement mis en évidence le contexte africain dans lequel nous allons vivre les jours à venir.
Durant la deuxième moitié de la journée, les participants devaient s'enregistrer pour un des cinq ateliers et participer au même atelier pour les trois jours à venir. Bien qu'ils soient conçus comme des instruments pour partager les aspects concrets des œuvres entreprises par la famille ignatienne en Afrique, il y également des attentes à l'effet qu'ils génèreront des façons de faire nouvelles et créatives de travailler ensemble.
Liberté de mouvements :
Cet atelier, promu par le Service jésuite des réfugiés JRS (Afrique de l'Est), a choisi la question des restrictions de la liberté de mouvement auxquelles font face les personnes. Les restrictions pour les réfugiés et les immigrants commencent dans leur pays d'origine et continue dans leur pays d'asile. Les principaux intervenants étaient Eva Maina Ayiera, agente de programme, représentation, et le Père Groum Tesfaye SJ.
Souligner le 5ème anniversaire de AJAN :
Cet atelier, géré par le bureau de AJAN (Réseau jésuite africain pour le Sida) à Nairobi, abordait la question de 'La praxis dans le ministère pour le Sida'. Sœur Raphaela Haendler OSB, fondatrice de l'action catholique pour le Sida en Namibie, était l'animatrice. Les participants à cet atelier ont entendu trois expériences ayant eu lieu à Nairobi, Kisangani et au Togo.
Conflits, guerre et paix :
Promu par l'institut Hekima pour les études sur la paix et les relations internationales (IHRPRI), cet atelier commençait le premier jour, analysant les défis des conflits et de la guerre aujourd'hui. Le professeur Pete Wanyande, doyen de la faculté des arts à l'université de Nairobi a présenté le sujet et une discussion fructueuse s'en est suivie.
Agenda international de développement :
Animé par le réseau jésuite international pour le développement (RJID), le premier jour consistait à partager l'impact des modèles différents de développement sur nos vies. Le Père Bernard Lestienne (Brésil), Miguel Gonzales (ALBOAN, Espagne), Jim Hug SJ (ÉU) ainsi que Peter Henriot SJ (Zambie) formaient un groupe d'experts pour présenter quelques unes des questions principales et répondre aux questions.
Gestion et diminution des ressources naturelles :
Cette initiative a été mise de l'avant par deux centres sociaux en Afrique CEPAS (Kinshasa, RDC) et CEFOD (Tchad) et également par OCIPE (Bruxelles). Au cours de la première journée, Antoine Bérilengar SJ a présenté une étude de cas d'une exploitation pétrolière au Tchad.
Il est impossible de résumer les questions importantes qui ont été discutées lors de la dernière plénière. Il reste qu'il est important d'indiquer les grandes lignes de pensées :
* L'idée que nous avons besoin de chercher la vérité était importante. Nous devons écouter les gens, se faire proche d'eux; les réfugiés vivant dans les camps ont besoin de dire leur histoire et nous avons besoin de les écouter si nous voulons être crédibles.
* Le cas de la multinationale Novartis qui amène en cours quelques compagnies indiennes fabriquant les rétrovirus soulève l'inquiétude. Aussi important soit-il de se battre pour cette cause, nous devons nous souvenir que notre travail auprès des personnes infectées par le VIH reste plus large que simplement offrir une aide médicale. Le Sida est avant tout un problème humain.
* Parmi les causes classiques de la guerre, nous devons peut-être considérer, dans le contexte africain, l'incapacité à accepter la différence (ethnique, culturelle ou religieuse) comme partie d'un état démocratique moderne.
* L'eau est en train de devenir une ressource des plus cruciale et les guerres à venir seront menées pour en contrôler l'accès et la gestion.
* Il y a eu de sérieuses discussions sur le rôle grandissant de la Chine en Afrique - celle-ci étant décrite comme étant le nouveau 'crocodile' - capable de mêler le capitalisme prédateur avec le contrôle communiste dans une forme nouvelle de domination coloniale.
* Devons-nous renforcer la société civile au prix de permettre à l'État d'abandonner ses obligations?
Comme notre modérateur l'a dit, la conversation continuera demain; les participants avaient toutefois l'air bien content à la fin de leur première journée.
Quelles sont vos attentes pour la rencontre de la famille ignatienne?
" Pour le moment, nous vivons un moment de grands et profonds changements à un niveau mondial. Cette rencontre nous donne l'occasion de partager nos espérances et ainsi nous permet d'avoir une vision plus large et plus réelle de ce qui se passe en Afrique et dans le monde en général. Cela nous aide à arriver à certaines solutions possibles pour les problèmes affectant le monde dans lequel nous vivons et à réfléchir aux façons de travailler ensemble ".
Loua Hyacinthe SJ, directeur des publications du Centre de recherche et d'action pour la paix (CERAP, Côte d'Ivoire)
" Je n'ai aucune attente concrète pour cette rencontre. Chaque fois que les Jésuites et les laïques travaillant avec nous se rencontrent n'importe où au monde, nous parlons toujours des mêmes choses, ie de la spiritualité ignatienne et comment connecter plus étroitement la spiritualité ignatienne et notre travail pour la paix et la justice. Dans ce sens je n'ai aucune attente spécifique envers les conclusions de cette rencontre. Personnellement, je suis davantage intéressé à établir un contact plus direct avec mes frères jésuites africains. Je suis impressionné par la façon qu'ils ont de comprendre le monde autour de nous et par leur façon de faire face à ses défis. Je crois qu'en établissant un contact plus direct avec eux peut nous aider à intégrer cette vision de l'Asie de l'est là où nous avons de grandes disparités culturelles et sociales. La façon qu'ils ont d'établir un lien entre le spirituel et le social peut nous aider à trouver des moyens pour affronter nos problèmes ensemble ".
Paul Dass SJ, secrétaire de l'apostolat social, Asie de l'est, Malaisie.
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