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actualités > 2007 > Chine brune ou Chine verte ?
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Benoît Vermander
Chine brune ou
Chine verte ?

L’État-parti au défi

ISBN 978-2-7246-1047-5
SODIS 978 179.3
Prix 12 €

Une plongée au coeur des dilemmes qu’affrontent aujourd’hui la société et le pouvoir chinois.

 

> Présentation de l'éditeur > Extraits de l'introduction du livre

La Chine fait face à plusieurs défis : une grave crise écologique, des tensions sociales liées notamment à la répartition de la terre et des richesses, et une stratégie internationale qui s’apparente à un exercice d’équilibriste. L’État-parti, mis en question par une société civile émergente, n’est plus le moteur mais le frein du développement. Enfin, habitée par un malaise identitaire récurrent, la Chine cherche sa juste place dans la communauté mondiale.

De par son poids économique et stratégique, les défis qu’affronte la Chine sont aussi des enjeux planétaires. Est-il encore possible d’encourager la Chine à devenir un acteur pacifié d’une gouvernance mondiale en mutation ?


Les grands travaux chinois menacent l’équilibre écologique du pays
Photo : AZ

Benoît Vermander est docteur en science politique. Il réside à Taiwan où il dirige l’Institut Ricci de Taipei et anime le mensuel électronique erenlai.com. Il a publié aux mêmes éditions « La Chine en quête de ses frontières, la confrontation Chine-Taiwan » en collaboration avec Jean-Pierre Cabestan (2005).

Présentation de l'éditeur

Le contexte chinois s’est dégradé : l’excédent commercial et le taux de croissance à plus de 10 % ne cachent plus la crise écologique, les tensions sociales, les inquiétudes des autres pays devant la façon dont la Chine mène son ascension, les questions sur le rôle du Parti et sur le contrôle social qu’il maintient.

L’ouvrage éclaire et analyse chacun de ces quatre défis, illustrant notamment l’ampleur des problèmes environnementaux et l’impact de l’urbanisation. Il montre que les hésitations présentes de la Chine sur la révision de son modèle de développement renvoient à un malaise identitaire : la société chinoise embrasse à la fois des options « verte » et « brune » selon les lignes d’un débat toujours résurgent sur son passé, sa culture, et la place qui lui revient dans la communauté des peuples. L’Europe se doit de mieux jauger ce malaise identitaire de la Chine pour l’engager dans les choix environnementaux, économiques et stratégiques qui permettront de travailler ensemble à rendre la gouvernance mondiale plus effective.

Fin octobre-début novembre, le 17e congrès du Parti communiste chinois définira les options du pays pour les cinq prochaines années. Il aura à confronter les mécontentements sociaux provoqués par la corruption, la difficile réforme des systèmes de santé et d’éducation, les pollutions accidentelles. Il devra aussi réviser sa stratégie internationale, afin d’éviter que ne montent encore davantage les récriminations contre la Chine.

Sinologue, vivant en Chine et fortement impliqué dans le développement durable, Benoît Vermander propose une synthèse bien documentée sur les choix et les contraintes du leadership chinois et sur les évolutions sociales en cours. Par ailleurs, les analyses de la crise écologique chinoise manquaient encore, et cet ouvrage place cette question au premier plan.

Extrait de l’introduction

Le rythme de développement poursuivi par la Chine depuis près de trois décennies est un phénomène sans précédent. Aujourd’hui encore, le niveau de satisfaction des citoyens devant l’accroissement continu de leurs revenus comme leur confiance dans le futur restent très élevés (…)

Et pourtant, une question lancinante demeure : la Chine s’achemine-t-elle vers la fin de ses « Trente Glorieuses » ? En d’autres termes, la période qui s’étend approximativement de 1979 à 2009 n’apparaîtra-t-elle pas a posteriori comme une période unique dans l’histoire du pays et même du monde, mais aussi comme un exercice périlleux fondé sur un modèle en voie d’épuisement, qui laissera la Chine en proie à des problèmes structurels qu’elle aura le plus grand mal à aborder et à résoudre ?

En tout état de cause, il est clair que la Chine se trouve désormais à un tournant, et que la façon dont l’équipe dirigeante négocie les prochaines étapes peut précipiter la Chine dans une crise structurelle ou, au contraire, l’aider à entrer sans trop de dommages dans une nouvelle dynamique. (…)

Observée d’Europe, la perspective est quelque peu différente : l’émergence de la Chine est vécue comme une chance et, tout autant, comme un lourd défi pour la bonne gestion de la gouvernance mondiale : d’un côté, cette émergence favorise une multipolarité plus effective ; la Chine et les autres grandes puissances savent identifier des intérêts communs et coopérer sur nombre de dossiers internationaux ; l’acuité même des problèmes que pose à la Chine le rythme de son développement la rend sensible à la nécessité de créer des coalitions sur des défis globaux. Mais en même temps, la Chine privilégie une approche « multipolaire » sans être toujours « multilatérale » de la coopération internationale ; l’opacité de ses politiques comme la nature de son régime n’en font en rien un modèle de bonne gouvernance ; ses politiques environnementales, la manière dont elle joue de son influence en Afrique ou encore sa répugnance à entrer dans un débat de fond sur les déséquilibres économiques globaux soulèvent des inquiétudes fondées ; enfin, le rythme et les méthodes de son ascension peuvent menacer la recherche concertée d’une meilleure gouvernance mondiale au moins autant qu’ils la favorisent.

L’État-Parti chinois se débat dans un entrelacs de contraintes et d’objectifs souvent contradictoires. Au plan interne, la solution « idéale » pour réaliser l’équilibre des contraires est exprimée par la formule de « société harmonieuse » (hexie shehui). La résolution de l’équation internationale est, quant à elle, résumée dans le principe de l’« ascension (ou développement) pacifique » (heping jueqi ou heping fazhan). En même temps, réaliser tout à la fois une « société harmonieuse » et un « développement pacifique », en d’autres termes optimiser contraintes externes et tensions internes, se révèle être une opération très malaisée.

La spécificité des problèmes que soulève, pour la Chine d’aujourd’hui, la gestion concomitante des contraintes internes et externes est un fait désormais assez largement reconnu. À titre d’exemple, The New Global Puzzle constate que les deux questions critiques soulevées par l’ascension chinoise concernent respectivement le caractère « soutenable » (durable) de sa croissance et les priorités de ce pays en tant qu’il agit comme acteur global. Deux questions liées, puisque les défis environnementaux et sociaux vont absorber durablement l’attention des dirigeants et peser sur sa stratégie sécuritaire. En réciproque, le développement chinois pose des défis inédits à l’ordre international tel qu’il se présente encore aujourd’hui..(…)

Lorsqu’on appréhende comme un tout ses ambitions et ses contraintes, la Chine peut apparaître engagée dans un exercice d’équilibriste – ce qui est paradoxalement rassurant : mieux vaut un éléphant en équilibre « sur une toile d’araignée » comme le veut la chanson qu’en train de dévaster un magasin de porcelaines… L’équilibrisme comme méthode de gouvernement, tel est du reste le pari sous-jacent à la célèbre formule de Deng Xiaoping énoncée au départ de la politique de réformes et d’ouverture : on traverse une rivière en tâtant les pierres avec le pied, une à une. La formule a un sens implicite évident : un retour en arrière est toujours possible, ce qui favorise l’acceptation des mesures les plus audacieuses par ceux qui a priori y rechigneraient. La prestation d’un équilibriste ne peut pourtant s’opérer que sur une corde bien tendue entre deux piliers solidement arrimés. La tension qui rythme la politique chinoise, la façon dont s’ajustent contraintes internes et objectifs externes me semblent pouvoir être exprimées par la formule suivante : la Chine hésite entre deux paradigmes – Chine brune ou Chine verte – et elle avance dans l’espace virtuel dessiné par ces deux options. (…)

Le paradigme « brun » correspond à un ensemble d’attitudes aisément repérables. Le maintien à tout prix d’une croissance très forte est garant de l’affirmation de la Chine comme future superpuissance, et les coûts environnementaux et sociaux associés au type de développement qui nourrit cette croissance passent au second plan. Le rôle que la Chine est appelée à jouer est exalté, et rappelées les humiliations passées, lesquelles justifient plus encore la volonté du pays à (ré)entrer dans la plénitude de ses attribution. Troisième point, un fort contrôle social est nécessaire pour éviter la retombée dans l’anarchie ; la prééminence est donnée au Parti pour assurer l’ordre, la continuité, la croissance et le prestige international ; les principes léninistes de contrôle social par l’État-Parti au moyen de courroies de transmission demeurent intangibles. Enfin, la défense nationale a une importance primordiale, le concept de sécurité est perpétuellement étendu, et la priorité est donnée au renforcement de l’armée ; le caractère sacré de l’impératif de réunification avec Taiwan et des sacrifices que la Chine est prête à consentir pour accomplir cette tâche est périodiquement rappelé.

À l’opposé, le paradigme « vert » peut être caractérisé comme suit : en premier lieu, le constat des ravages environnementaux soufferts par la Chine ces vingt-cinq dernières années est établi ; à ce constat sont associées la croissance des inégalités sociales comme la difficulté de couvrir les besoins fondamentaux de la population pauvre (éducation et soins de santé primaires). En second lieu, faut renforcer l’espace laissé à la société civile (médias, associations) pour lutter contre la corruption, prévenir les désastres environnementaux (ou autres) dus au manque de transparence et de bonne gouvernance, et pour libérer les initiatives qui permettraient de remédier aux déséquilibres sociaux devant lesquels l’État est impuissant. Par ailleurs, les intentions pacifiques de la Chine sont affirmées, ainsi que son désir de jouer un rôle positif dans l’arène internationale et de participer à la construction d’un ordre international plus juste. (…)

Bien évidemment, ces deux paradigmes, qui s’opposent à peu près terme à terme, se présentent rarement à « l’état pur ». Ce qui frappe l’observateur de la scène culturelle, politique et sociale chinoise, c’est au contraire à quel point ces modèles traversent les groupes et même les individus – et pourtant sont repérés et parfois énoncés comme « principes régulateurs » des choix qui se présentent devant la Chine. Par bien des côtés, les débats qui se jouent dans l’espace qu’ils dessinent reprennent ceux apparus déjà dans les années 1920 et 19303, débats longtemps gelés de par les intempéries politiques et qui reprennent aujourd’hui leurs contours. À cet égard, les deux colorations ici utilisées ont bien un arrière-fond « politique » : la couleur brune renvoie à une forme de « national-capitalisme » telle qu’elle a marqué l’histoire de l’Amérique latine par exemple, et la couleur verte a une connotation écologique et mondialiste.

« Chine brune » et « Chine verte » désignent des idéal-types, elles dessinent des constellations d’attitudes et de choix, non pas vraiment des coalitions culturelles ou politiques. Dans une logique qu’une facilité rhétorique me fait ici qualifier de yin-yang, toute personne ou groupe placé sur un positionnement vert semble aussi retenir dans son discours et sa psyché un certain nombre d’options brunes – et l’inverse est tout aussi vrai. Pour faire usage d’une autre comparaison, chaque acteur du développement chinois a tendance à déplacer différemment le curseur entre ces deux points, et il est amené à en modifier la position en fonction de l’urgence et de la nature des défis qu’il a à affronter au cours du temps.

 

 

Pour en savoir plus :

> Le site de l'éditeur

> L'Institut Ricci de Taipei

> Le magazine e-renlaï

> Benoît Vermander

> Encres de Chine par Benoît Vermander

> Interview video de Benoît Vermander à l'Express.fr :
La Chine en mutation

> Chronique de Christian Makarian dans l'Express : La face cachée du monde

> L'histoire des jésuites et de la Chine

> Les 4 Instituts Ricci