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actualités > 2007 > soutenance de thèse d'Eric Charmetant sj
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Soutenance de thèse
d'Eric Charmetant s.j.

Biologie et éthique évolutionnistes contemporaines (1975-2006) :
de Darwin à la moralité ordinaire

Un jésuite qui s'intéresse aux grands singes :  mais pourquoi donc ?

Depuis une vingtaine d'années, « l'éthique évolutionniste » (courant de pensée qui inscrit l'apparition de la morale dans l'évolution des espèces) est revenue au premier plan des débats dans la philosophie morale anglo-saxonne. Elle avait été laissée en jachère quelques décennies durant, après les tentatives darwiniennes de trouver chez certaines espèces animales les prémisses de la moralité humaine. Derrière ces tentatives qui reçoivent souvent en milieu francophone des sourires condescendants, se joue ni plus ni moins que les fondements de la morale et de notre humanité. Le sourire peut souvent trahir un repli à l'intérieur de disciplines académiquement bien délimitées (« Que les bonobos dans la jungle se pardonnent, ce n'est pas mon problème, j'enseigne à la Sorbonne  » ; ou, inversement : « Que les philosophes débattent de ce que je constate sur le terrain, cela ne me regarde pas tant que je ne les croise pas dans la jungle »). L'actualité des débats nous rattrape pourtant à grande vitesse : le philosophe australien Peter Singer défraya ainsi la chronique il y a quelques années en remettant en cause la frontière homme/animal et l'obligation morale que nous avons vis-à-vis de l'un et de l'autre.

La thèse d'Eric a d'abord un versant philosophique et historique. Cet aspect fut unanimement loué par le jury, lors d'une soutenance qui eut lieu dans une salle pleine de l' Institut national d'histoire de l'art. Dans cette partie conséquente de la thèse, il s'agissait de travailler les textes mêmes de Darwin, d'en établir les sources théologiques et philosophiques, avant de présenter et discuter les différents représentants de l'éthique évolutionniste contemporaine.

Mais revenons à nos singes, plus précisément aux grands singes qu'Eric a pu directement observer lors d'un séjour à l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig (400 chercheurs dans toutes les disciplines). Ne peut-on déceler dans leur comportement des traces d'empathie, une capacité à se consoler, à se réconcilier, à traiter les membres handicapés du groupe de manière différenciée, à mettre en œuvre des principes de justice ? Pour chacune de ces remarques, mille questions arrivent aussitôt : les données empiriques sont-elles suffisantes ? N'est-ce pas de l'anthropomorphisme ? Si la présence de normes est constatable par l'observateur extérieur, sont-elles pour autant partagées, intériorisées par les membres du groupe ? Ces objections ont été discutées par un jury de très haut niveau, où Pascal Engel, spécialiste reconnu de la philosophie analytique et « maître de rigueur », croisait l'américain Michael Ruse (dont les travaux étaient discutés dans la thèse).

Précisons tout d'abord qu'il n'était pas question pour Eric de retrouver directement, à l'état pur, la moralité humaine chez notre ami le chimpanzé, mais d'étudier la possibilité d'en construire des analogues. A la présence de tels analogues, Eric prit le risque de répondre par l'affirmative. Voilà une thèse qui honore le premier sens de ce mot [ Thèse n.f. (gr. thesis , action de poser) 1. position sur quelque chose dont on s'attache à démontrer la véracité]. Mais le risque d'avoir ainsi une vraie thèse dans la thèse ne doit pas faire oublier l'enjeu premier du travail présenté : défricher et organiser un vaste champ de recherche où l'éthologie croise la psychologie et la philosophie.

Au sein du jury, le représentant des sciences empiriques, Bernard Thierry (primatologue, directeur de recherche au CNRS), ouvrit un débat passionnant, serré, auquel Eric ne se déroba pas. Ce ne fut donc pas une soutenance convenue et ronronnante, le jury n'entonna pas « les copains d'abord », mais on débattit, on s'attaqua, on se réconcilia (comme les grand singes), et surtout : on avança dans l'intelligence du problème. Le débat fut d'ailleurs également au sein du jury : entre une tradition française d'histoire de la philosophie, pour laquelle l'unité de la pensée est l'œuvre et l'auteur, et une tradition anglo-saxonne, qui s'accommode mieux que nous de la modestie de l'empirie et de la mise en ordre des faits. A son avantage, la tradition anglo-saxonne a cependant toujours l'humour et l'amabilité de son côté. C'est justement parce qu'Eric s'est coltiné les faits, a frotté le concept aux données expérimentales, n'a pas considéré qu'aller au zoo était indigne d'un philosophe, que sa thèse est un vrai travail de pensée.

Philippe CHEVALLIER


François Marty et Eric Charmetant
deux philosophes jésuites


 

Pour en savoir plus :

> Présentation de la Thèse de Doctorat
par l'université Paris I

> Biographie d'Eric Charmetant, enseignant au Centre Sèvres

> "De la moralité chez les grands singes ?"

> Bernard Thierry, primatologue
et Directeur de recherche au CNRS

> Le philosophe australien Peter Singer présenté sur Wikipedia

> Département de Primatologie de l'Institut Max Planck à Leipzig

> Pascal Engel selon Wikipédia

> Charles Darwin selon Wikipedia

> Michael Ruse présenté dans Wikipedia

> La religion de l'évolution ? Débat avec Michael Ruse

> La condition chrétienne : être du monde sans en être de Paul Valadier

> A quoi servent les philosophes de la biologie ?