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actualités > 2007 > chaire Teilhard de Chardin au Centre Sèvres
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Au Centre Sèvres
Une "chaire TEILHARD de CHARDIN"

La pensée de Pierre Teilhard de Chardin ne semble pas aussi démodée qu'on aurait pu se l'imaginer il y a encore quelques années. La multiplication des « groupes de lecture », en France et à l'étranger, est significative d'une permanence, voire d'un renouveau, puisque des générations plus jeunes commencent à lire son œuvre. Il semblerait même que certains de nos collèges (Ginette) s'y mettent [NDE : la communauté jésuites de Versailles s'appelle "Communauté Pierre Teilhard de Chardin"]. Aux États-unis, la pensée de Teilhard continue d'être enseignée dans plusieurs universités. Des philosophes chinois la travaillent (avec le soutien du jésuite français Thierry Meynard). Jusqu'au recteur de l'Université de Pune qui lance en Inde une Association Teilhard.

Les récents débats autour de l'évolution n'y sont pas pour rien. Peut-être aussi les inquiétudes écologiques qui relancent la question de l'avenir de l'humanité. En outre, de nouveaux lecteurs de Teilhard disent ressentir le besoin d'un langage chrétien renouvelé dans un monde de sciences et de techniques. Le diagnostic n'est pas nouveau ? Est-il pour autant périmé, même quarante ans après le Concile ?

Tout cela a incité le Centre Sèvres à créer une “chaire Teilhard de Chardin” pour travailler son œuvre et poursuivre la réflexion dans les directions qu'il avait esquissées en son temps. « À une époque où la notion d'humanité devient de plus en plus problématique, en particulier du fait des découvertes scientifiques, une réflexion dans ce domaine est particulièrement nécessaire. »

La réflexion “teilhardo-sévrienne” n'est pas une nouveauté : les Pères Martelet et Sales (d'autres aussi) ont fait étudier la pensée de Teilhard à plusieurs générations, par des enseignements et des conférences ; cela se poursuivra. S'y rajoute(ro)nt des publications, en particulier celle de l'abondante correspondance, pour une bonne part inédite. Les Archives de la Province de France de la Compagnie de Jésus détiennent des richesses, déjà exploitées par le Père de Lubac, mais encore exploitables. Les échanges de courrier avec ses compagnons jésuites et ses supérieurs montrent un attachement profond et exigeant à la mission de la Compagnie.

L'histoire de la réception de la pensée de Teilhard dans la Compagnie reste encore à faire. Les publications furent nombreuses dans les années 60. Quelques-uns de nos compagnons consacrèrent une bonne partie de leur temps à la diffusion de cette pensée. Je pense entre autres au P. Pierre Noir, dont les « Cahiers » restent précieux, et trop mal connus.

Nous ne sommes pas les seuls à nous intéresser à la pensée teilhardienne. Une Association des amis de Pierre Teilhard de Chardin avait été constituée en 1961 par Mlle Jeanne Mortier, sa secrétaire et légataire des œuvres. Une Fondation , créée peu après et hébergée au Muséum, contient un fonds documentaire (traductions, études) plus riche que ce que nous avons dans notre bibliothèque (qui est déjà bien garnie). À la différence d'autres pays, il n'y a pas eu en France beaucoup de travaux proprement universitaires sur Teilhard. Cette direction peut être développée et commence à l'être : de jeunes historiens s'y mettent.

L'enjeu n'est pas de faire l'exégèse indéfinie d'une pensée, d'ailleurs plus susceptible d'ouvrir des pistes neuves que de se retourner perpétuellement sur elle-même ; mais plutôt de redécouvrir un certain style apostolique qui écoute avec une attention bienveillante le monde contemporain et valorise l'invention, la “recherche”. On peut réentendre ce qu'il disait lors d'une rencontre de jésuites à Ginette (déjà !) en 1947 (déjà !) : «  Nous, prêtres, jésuites, non seulement nous devons nous intéresser, nous prêter, mais nous devons croire à la Recherche parce que la Recherche (poursuivie “avec foi”) est le terrain même sur lequel a des chances de s'élaborer la seule mystique humano-chrétienne qui puisse faire demain une unanimité humaine. » Comment ne pas y entendre un encouragement à poursuivre une réflexion, sans doute exigeante et difficile mais aussi urgente aujourd'hui que jamais ? Dans quelle mesure resterons-nous des chercheurs ?

François EUVÉ s.j.

 

Pour en savoir plus :

> Teilhard de Chardin

> Le Centre Sèvres

> Le milieu divin

> La noosphère

> Le site de la Fondation Pierre Teilhard de Chardin

> Un excellent choix de textes pour découvrir la pensée de Teilhard