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Chaque année, le Centre Sèvres, facultés jésuites de Paris, propose aux étudiants en licence de philosophie et de théologie une session au milieu de l'année universitaire. En 2007, les étudiants devaient choisir entre une session animée par le CERAS sur les banlieues et une session à Taizé (cliquez ici pour en lire un compte-rendu).
Le premier jour, nous étions invités à découvrir l'espace. Tout de suite la banlieue, que nous imaginions comme un grand tout homogène, s'est révélée une réalité géographique complexe. D'autre part, chaque cité porte une histoire où vagues de plein emploi, récessions et conflits internationaux laissent des traces. Chaque quartier est typé en fonction de ses habitants, de ses projets immobiliers, de son accès à Paris, etc.
Gilles Barbe
En se promenant, on ne reconnaît pas le tableau tragique brossé par les médias. C'est vrai, les voitures sont plutôt vieilles. Souvent quelques espaces de magasins sont vides. Mais les lieux semblent plutôt vivables. Au-delà des problèmes de sécurité qui semblent bien réels, il y a une nette disproportion entre l'image et la réalité. Une image sensationnelle dans laquelle chacun se complaît. Mais cette image fait des ravages, notamment pour ceux qui essaient d'en sortir. Ce n'est pas facile de trouver un job quand on vient du 9-3.
Par les rencontres. Il y eu cette dame algérienne que j'ai senti heureuse d'habiter là-bas : malgré les conditions de vie difficile, elle continue à désirer quelque chose pour les gens qui l'entourent. Je retiens aussi la rencontre d'Elyès et Naïma le dernier jour. Elyès est plutôt en voie de décrochage de l'école. L'été dernier, il a fait un camp Plein-vent (voir note 1 ci-dessous) avec les scouts. Il y a vécu quelque chose de beau, possible dans le réel et non plus seulement dans le rêve. Cette expérience est une pousse fragile, mais qui rompt un “No Future” répandu et entretenu.
Naïma est une fille qui a tout misé sur ces études pour échapper à l'influence de sa famille et de son milieu. Elle m'a impressionné par l'énergie et la volonté qu'elle déploie. Quand une perspective d'avenir leur est donnée, ces jeunes ont une énergie étonnante.
L'école est une institution-clé. Elle doit pouvoir proposer les moyens de réussir. Par des formations professionnelles, comme pour ce jeune menuisier rencontré dans le tram, heureux de son entrée dans le monde du travail. Mais il y a aussi les lauréats des lycées, qui sont favorisés à l'entrée de Science-Po ou de l'Essec. Il s'agit de créer une dynamique, qui ne soit pas étouffée par une méfiance de la part des employeurs. La réussite permet aux jeunes de gagner en confiance et d'exister autrement qu'à travers leurs appartenances identitaires. L'Eglise est un bon lieu, même si sa taille semble se réduire comme une peau de chagrin. L'enjeu, c'est de faire se rencontrer des gens de cultures différentes. Dans cette église de St-Denis, par sa carence en structures et la manifestation d'une foi très diverse, j'ai cru voir une figure de l'avenir.
Si, quand même : elle mêlait un apport théorique et la rencontre.
La violence physique ne s'est pas manifestée autrement que par des “on dit”. Je n'ai pas ressenti de regard particulièrement hostile. Aux heures ouvrables, il y a peu à craindre. Ce que je retiens d'essentiel, c'est le flux important que drainent les banlieues. Beaucoup ne font que passer dans les cités qui “craignent”. Ils sont très nombreux qui restent peu. Ainsi Guy Delage, dans la paroisse de St-Denis, a beaucoup de mal à rassembler une équipe de paroissiens responsables : « Dès que quelqu'un est formé et qu'il a une petite compétence, il s'en va, car personne ne veut rester ici. » Ceux qui restent, c'est ceux qui ne peuvent pas faire autrement : des vieux, ou pauvres, ou incapable de s'adapter, de s'en sortir. Pour ceux-là, le manque de perspective est mortifère et douloureux. Les banlieues pauvres semblent être des filtres, au fond desquels ne restent que les plus démunis. Si l'image des banlieues nous semble violente, c'est d'abord qu'elle nous montre les pauvres de notre société.
Guy nous a fait sentir comment le travail apostolique semble un puits sans fond. Pourtant, si les pauvres sont là, alors il y a des chances que notre place y soit aussi. Propos de Gilles BARBE (note 1) Les camps Plein-vent sont proposés par les Scouts de France aux jeunes des quartiers.
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Jésuites : serviteurs
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