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actualités > 2007 > Jeunes en banlieues, quel avenir ?
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Jeunes en
BANLIEUES,
quel avenir ?

Chaque année, le Centre Sèvres, facultés jésuites de Paris, propose aux étudiants en licence de philosophie et de théologie une session au milieu de l'année universitaire. En 2007, les étudiants devaient choisir entre une session animée par le CERAS sur les banlieues et une session à Taizé (cliquez ici pour en lire un compte-rendu).

Bonjour Gilles. La session organisée par le CERAS était intitulée : "Jeunes de banlieues, quel avenir ?" Comment s'est-elle passée ?

Nous étions accueillis par Guy Delage et Pierre Martinot-Lagarde, dans une salle paroissiale de St-Denis, près du métro ligne 13. La session a duré 4 jours. Le matin, une présentation donnait un apport théorique. L'après-midi, nous nous dispersions en petits groupes pour visiter des personnes, selon le thème du jour.
Pierre Martinot-Lagarde s'adressant aux participants

Et quel était le thème de chaque jour ?

Le premier jour, nous étions invités à découvrir l'espace. Tout de suite la banlieue, que nous imaginions comme un grand tout homogène, s'est révélée une réalité géographique complexe. D'autre part, chaque cité porte une histoire où vagues de plein emploi, récessions et conflits internationaux laissent des traces. Chaque quartier est typé en fonction de ses habitants, de ses projets immobiliers, de son accès à Paris, etc.

Et qu'as-tu retenu des autres jours ?

De façon globale, je retiens que les banlieues ont été faites à la même époque en fonction d'un projet : il fallait permettre à des gens mal logés d'avoir un habitat. Elles représentaient souvent une amélioration par rapport à ce qui précédait. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Elles ont un statut précaire : les gens désirent quitter la cité dès qu'ils le peuvent afin d'aller dans des endroits plus tranquilles. Je me souviens d'un article de journal qui racontait l'itinéraire d'un jeune au Blanc-Mesnil. Il avait fait les 400 coups dans son enfance. Ensuite, à 24 ans avec femme et enfants, il devait apprendre à s'assumer. Il a trouvé un travail. Il a peur pour la sécurité de son enfant : il veut partir. C'est un lieu de transit.

Gilles Barbe

Tu dis que les lieux ont une histoire :
les cités portent-elles un imaginaire ?

En se promenant, on ne reconnaît pas le tableau tragique brossé par les médias. C'est vrai, les voitures sont plutôt vieilles. Souvent quelques espaces de magasins sont vides. Mais les lieux semblent plutôt vivables. Au-delà des problèmes de sécurité qui semblent bien réels, il y a une nette disproportion entre l'image et la réalité. Une image sensationnelle dans laquelle chacun se complaît. Mais cette image fait des ravages, notamment pour ceux qui essaient d'en sortir. Ce n'est pas facile de trouver un job quand on vient du 9-3.

Comment tes images sur la banlieue ont-elles été
remises en question ?

Par les rencontres. Il y eu cette dame algérienne que j'ai senti heureuse d'habiter là-bas : malgré les conditions de vie difficile, elle continue à désirer quelque chose pour les gens qui l'entourent. Je retiens aussi la rencontre d'Elyès et Naïma le dernier jour. Elyès est plutôt en voie de décrochage de l'école. L'été dernier, il a fait un camp Plein-vent (voir note 1 ci-dessous) avec les scouts. Il y a vécu quelque chose de beau, possible dans le réel et non plus seulement dans le rêve. Cette expérience est une pousse fragile, mais qui rompt un “No Future” répandu et entretenu.

Et Naïma ?

Naïma est une fille qui a tout misé sur ces études pour échapper à l'influence de sa famille et de son milieu. Elle m'a impressionné par l'énergie et la volonté qu'elle déploie. Quand une perspective d'avenir leur est donnée, ces jeunes ont une énergie étonnante.

Et qu'est-ce qui leur permet d'en sortir ?

L'école est une institution-clé. Elle doit pouvoir proposer les moyens de réussir. Par des formations professionnelles, comme pour ce jeune menuisier rencontré dans le tram, heureux de son entrée dans le monde du travail. Mais il y a aussi les lauréats des lycées, qui sont favorisés à l'entrée de Science-Po ou de l'Essec. Il s'agit de créer une dynamique, qui ne soit pas étouffée par une méfiance de la part des employeurs. La réussite permet aux jeunes de gagner en confiance et d'exister autrement qu'à travers leurs appartenances identitaires. L'Eglise est un bon lieu, même si sa taille semble se réduire comme une peau de chagrin. L'enjeu, c'est de faire se rencontrer des gens de cultures différentes. Dans cette église de St-Denis, par sa carence en structures et la manifestation d'une foi très diverse, j'ai cru voir une figure de l'avenir.

On voit que ce sont des lieux de relation, de brassage.
Est-ce que pour toi la session a été, ou non,
un lieu de brassage, de rencontre ?

Oui, car la banlieue est un sujet qui engage lorsqu'on en parle. Nos histoires personnelles sont touchées. Le rapport à l'histoire, à l'immigration, à la colonisation est fort. Du coup on est vite tenté de croire à des solutions idéologiques. Le plus difficile, c'est de consentir à être délogé de cette attitude où l'on sait. Je crois que les rencontres ont permis qu'une parole s'échange entre les étudiants et les personnes interviewées, mais aussi entre étudiants. Pour moi, la présence d'étudiants étrangers a été un grand bol d'air, de par leur regard différent.


Guy Delage

Ce n'était pas une session technique ?

Si, quand même : elle mêlait un apport théorique et la rencontre.

Finalement les banlieues sont des lieux violents
qui ne laissent pas indifférents ?

La violence physique ne s'est pas manifestée autrement que par des “on dit”. Je n'ai pas ressenti de regard particulièrement hostile. Aux heures ouvrables, il y a peu à craindre. Ce que je retiens d'essentiel, c'est le flux important que drainent les banlieues. Beaucoup ne font que passer dans les cités qui “craignent”. Ils sont très nombreux qui restent peu. Ainsi Guy Delage, dans la paroisse de St-Denis, a beaucoup de mal à rassembler une équipe de paroissiens responsables : « Dès que quelqu'un est formé et qu'il a une petite compétence, il s'en va, car personne ne veut rester ici. » Ceux qui restent, c'est ceux qui ne peuvent pas faire autrement : des vieux, ou pauvres, ou incapable de s'adapter, de s'en sortir. Pour ceux-là, le manque de perspective est mortifère et douloureux. Les banlieues pauvres semblent être des filtres, au fond desquels ne restent que les plus démunis. Si l'image des banlieues nous semble violente, c'est d'abord qu'elle nous montre les pauvres de notre société.

Que peut-on espérer de la Compagnie dans ces banlieues ?

Guy nous a fait sentir comment le travail apostolique semble un puits sans fond. Pourtant, si les pauvres sont là, alors il y a des chances que notre place y soit aussi.

Propos de Gilles BARBE
recueillis par Yves Vendé

(note 1) Les camps Plein-vent sont proposés par les Scouts de France aux jeunes des quartiers.

 

 

Pour en savoir plus :

> Qu'est-ce que le CERAS ?

> Le nouveau site du CERAS

> La revue Projet

> Le CISED

> La communauté jésuite de Saint-Denis

> Le projet de Saint-Ouen

> Les JEMP ?