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Petite chronique de la vie jésuite en banlieue Jean-Paul Lepercq venait de remonter à l'appartement lorsqu'on frappa à la porte. Il ouvre et la fille d'un voisin lui annonce, essoufflée : « Venez vite, on a essayé de brûler votre voiture ! ». Ils descendent et découvrent un petit attroupement autour de notre R5. Le voisin lui explique : comme un ami passait dans la rue, il a vu deux jeunes gens briser la vitre de la voiture, celle du passager avant. Il les interpelle mais ces derniers détalent, laissant tomber un chiffon enflammé. Cet ami s'approche, étouffe la flamme avec le pied. C'est alors qu'il reconnaît la voiture et notre voisin envoie sa fille nous prévenir. La nuit suivante, le feu a pris dans l'école maternelle qui est sous nos fenêtres. Ni Michel Barthe-Dejean ni moi-même n'avons rien entendu. C'est le matin, en descendant prendre le bus que je l'ai su : la sirène de l'école hurlait, et des jeunes filles reconduisaient leurs petits frères chez elles. Après cela, la police a investi le quartier, et les violences ont cessé. Jean-Paul, qui connaît quelques jeunes par le Marais (1), a parlé avec l'un d'eux. Ce qu'ils voulaient ? La tête du ministre de l'intérieur. Difficile d'en savoir plus. Edouard Guignard, avec l'ASIM (2), a participé aux discussions avec les associations du quartier. Désolés par ces violences, ils se sont pourtant réjouis de l'augmentation substantielle des subventions. Car elles ne cessaient de diminuer ces dernières années, et les licenciements d'éducateurs se multipliaient. Face aux événements, certains auraient souhaité une marche silencieuse mais cette initiative n'a pas remporté l'adhésion. Décision a été prise de continuer le travail. L'ASIM, aidée par les JVE (3), organisera donc comme prévu un grand repas de quartier le 25 novembre, avec invitation large aussi bien dans le quartier qu'à l'extérieur. Michel, lui, est membre du conseil d'administration de la Maison de Quartier. Les projets sont nombreux. Une initiative marquante a été d'intégrer les pères de familles à la maison de quartier, en leur réservant une salle pour qu'ils puissent se réunir. Et ils y sont assidus. Depuis qu'ils sont là, la Maison de Quartier n'a eu à déplorer aucune dégradation. Avec Anne-Catherine, une JVE, j'interviens à la Maison de Quartier pour du soutien scolaire. C'est un lieu stratégique pour mieux connaître les jeunes et tenter de leur donner le meilleur. Pendant les violences, les cours ont continué, sans tension notable. Toutes ces actions, cette présence, contribuent à l'amélioration du climat social dans ce quartier au cours des dernières années. Nous espérons tous que l'explosion de violence que nous venons de connaître ne va pas interrompre le processus. Cela passera certainement par une réflexion sur ce qui est arrivé : pourquoi ces jeunes ont-ils mis le feu à leur propre quartier ? Est-ce l'expression d'une souffrance, manière d'attirer l'attention, comme un adolescent peut le faire dans une tentative de suicide ? La plupart des incendiaires sont des jeunes de 14 à 16 ans. A cet âge, l'identification joue à plein. Ainsi, ils se sont identifiés à leurs camarades morts tragiquement, ils ont ressenti la réaction du gouvernement comme injuste et méprisante, et ils ont réagi. Le discours guerrier employé a contribué au fait qu'ils se sont identifiés aux guerriers d'une juste cause. Gageons que l'on tirera profit de cette crise pour réagir de manière plus ajustée à l'avenir. Et surtout que le chemin de la prévention va enfin prédominer. C'est là que les Ecoles de Production, davantage peut-être que l'apprentissage à 14 ans, auraient un rôle crucial à jouer. Mais c'est un autre sujet, dont Martin Pochon ou d'autres vous parleraient mieux que moi. Guilhem CAUSSE Note (1) : Lycée Le Marais-Sainte-Thérèse, dont le directeur est Martin Pochon : situé tout prêt de Montreynaud. Note (2) :Accueil Solidarité Insertion Montreynaud, fondé par Edouard Guignard : accueil des personnes isolées du quartier. Note (3) :Jeunes Volontaires Européens : quatre jeunes filles sont cette année en appartement à Montreynaud, pour une année de volontariat dans des associations dont certaines sont sur le quartier.
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Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |