![]() |
![]() |
||
|
|
Du 18 au 23 juillet 2005 s'est tenu à Bad Schönbrunn, centre spirituel jésuite de Suisse, la 3ème Rencontre des Jésuites engagés dans le Dialogue avec le Judaïsme. Après la Shoah , en 1998 à Cracovie, et l'Etat d'Israël , en 2000 à Jérusalem, le thème retenu était « l'importance de la pensée juive moderne dans le dialogue judéo-chrétien ». De fait, le 20ème siècle a été témoin d'une réelle influence de la pensée juive sur la culture et la théologie chrétiennes : paradoxe de ce siècle, souvent persécuteur, toujours fasciné. Nous étions peu nombreux, la rencontre ayant été décidée un peu tard. Mentionnons quelques interventions marquantes : Jean-Pierre Sonnet, de Bruxelles, a montré comment l'analyse littéraire de la Bible devait beaucoup à certains pionniers juifs comme Robert Alter ou Meir Sternberg ; de même que l'exégèse intra-biblique à Michael Fishbane et Bernard Levinson. Nous avons suivi une passionnante conférence de David Neuhaus, de Jérusalem, sur la présentation du Christianisme et des chrétiens dans le nouveau musée de Yad Vashem inauguré en janvier. Si certains oublis ont certes été comblés, l'ensemble est loin d'être équilibré et ne mentionne presque jamais les résistants chrétiens à Hitler. Christian Rutishauser nous a introduit à la pensée d'un des plus importants rabbins orthodoxes, Joseph Dov Soloveitchik, né en Lituanie mais surnommé le « maître de Boston », témoin par sa biographie même du fait que plus de 80% des Juifs ne vivent plus en Europe. Ce dialogue avec les Juifs est fondamental pour les chrétiens. Pas seulement parce qu'il permet d'entretenir des relations de fraternité avec des interlocuteurs que nous avons souvent maltraités lorsque nous étions puissants, mais aussi parce qu'il nous rappelle l'historicité de notre foi. Comme le soulignait Christoph Theobald dans sa conférence au Congrès de l'ACFEB 2005, le Christianisme ne peut oublier son ancrage historique. Juifs et Jésuites ont supporté les mêmes accusations tout au long de leur histoire : cosmopolitisme, amour du pouvoir et de l'argent, esprit de corps faisant fi des appartenances nationales, intellectualisme spécieux. Mélange d'admiration et de jalousie. Dans un numéro de Studies in the Spirituality of the Jesuits , 36/2, 2004 ( http://fmwww.bc.edu/sj/jb.hcc.html ) qu'il nous a présenté, James Bernauer a fait l'histoire de ces relations tumultueuses entre Juifs et Jésuites et suggéré que la prochaine Congrégation Générale des jésuites demande officiellement pardon pour la participation de la Compagnie aux accusations anti-juives. Aux Juifs, mais aussi à saint Ignace dont ce changement d'attitude fut une complète trahison, comme le rappela Ribadeneira en 1593. Marc RASTOIN PS - Il y a quelques années, Paul Beauchamp avait tenu à participer à la 1ère Rencontre, lui qui intervint à un Colloque des Intellectuels Juifs de langue française en 1982. C'est grâce au travail de ces pionniers qu'a perdu de sa pertinence le jugement terrible de Hannah Arendt : « Les Jésuites ont toujours le mieux représenté, tant à l'écrit qu'à l'oral, l'école antisémite du clergé catholique ».
|
|
Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |