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actualités > 2006 > Jésuites scientifiques européeens à Namur
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Jésuites scientifiques européens EJS
9ème Rencontre à Namur

Du 7 au 11 septembre 2005 s'est tenue à l'Université Notre-Dame de la Paix de Namur, la 9ème rencontre du groupe de jésuites européens travaillant en sciences. Le groupe d'une bonne vingtaine de jésuites, dont François Euvé, Damien de Préville et moi-même (Roland Cazalis), a été magnifiquement accueilli dans le cadre pittoresque de cette cité par l'équipe de préparation : Javier Leach de l'Université de Madrid et coordinateur de l'EJS, Pierre Devos, de l'Université de Namur, et Andrea Vicini de la Faculté de théologie de Naples.

1°rang : M.G. Doncel (Espagne) ; F. Euvé (France) ; L. Puig (Espagne/France) ;
M. Rotsaert (Belgique) ; A. Vicini (Italie) ; A. Udias (Espagne) ; C. A. Bedate (Espagne) ;
L. D'Souza (Inde/Allemagne) ; R. P. Boyle (USA / Vatican)
2°rang : P. Devos (Belgique) ; P. Gabor (Tchéquie / France) ; D. de Préville (France) ;
J. Leach (Espagne) ; C. Corbally (Grande-Bretagne / Vatican ) ; A. Balsas (Portugal) ;
P. Wittouck (Belgique / Liban).
3°rang : J. M. Guibert (Espagne) ; S. bauberger (Allemagne) ; A. Alvarez (Colombie) ; J. Seidel (Allemagne) ; C. Kummer (Allemagne) ; R. Cazalis (France) ; R. Janusz (Pologne / Vatican ) ;
A. Dinis (Portugal).

Les interventions ont été assez diverses et dans le style des congrès scientifiques, c'est-à-dire avec un timing serré et peu de temps pour les longues discussions, ce qu'a bien remarqué Mark Rotsaert. Mais chacun sait que, dans ce genre de rencontre, il y a toujours une certaine réticence à se dévoiler et que les vrais débats ont lieu dans les couloirs et à table. Retenons des interventions autour de Teilhard de Chardin, le débat « science & théologie » en Europe et en Turquie, ou encore les questions toujours nouvelles de bioéthique. Ce fut l'occasion de se rappeler que Teilhard de Chardin n'a toujours pas été officiellement réhabilité ; il est vrai qu'il a tenu des propos encore plus déroutants que Galilée...

Les conversations trouvaient leur point d'échappement dans le recueillement de la chapelle universitaire, avec quelques refrains de Taizé sous la baguette de Jean-Marc Balhan qui travaille en Turquie. Ces refrains prenaient une sonorité particulière avec la mort de Frère Roger Schultz. Il est coutumier que les hommes de paix prennent sur eux la violence humaine.

Depuis la première rencontre en 1989, le groupe EJS est visiblement entré dans une deuxième vie comme il convient à tout système organique. Quelques jeunes ont rejoint les anciens piliers et le chaos créatif se met en place. A ce stade, se posent comme il se doit des questions sur l'orientation à donner au groupe. Pour l'instant, il convient de les entendre. Dans le futur, on proposerait volontiers que les interventions restent proches des champs de recherche personnelle ou des grandes questions de société que soulève le développement des sciences et technologies. Dans cette optique, la présence de philosophes et théologiens, ayant ou non un background scientifique, serait la bienvenue pour maintenir la transversalité dans un contexte ecclésial, car c'est justement ce qui peut manquer aux jésuites dans les congrès scientifiques spécialisés.

Avoir un groupe du type EJS, c'est bien ; que des jésuites européens puissent se retrouver et discuter de questions graves contribue à former le corps de la Compagnie. Mais cela ne saurait être suffisant vu le poids que sont en train de prendre les biotechnologies dans la trajectoire de la société. Ce groupe doit avoir aussi une fonction de proposition ou du moins d'information. En effet, même si l'Eglise en général ne considère pas comme un apostolat à part entière l'investissement dans les sciences et les technologies, leur puissance de transformation des moyens d'action et des mentalités sollicite notre attention pour percevoir en quels termes se pose la question du sens aujourd'hui, y être affronté soi-même, et pouvoir accompagner les proches.

Si l'on demandait comment organiser cet apostolat autour des sciences du vivant dans la Compagnie, je ferais la proposition suivante. Il devrait disposer de centres de référence au niveau mondial à l'instar de ce qui est fait en astronomie/astrophysique par le groupe qui travaille dans les observatoires du Vatican à Castel Gandolfo et en Arizona. Il faudrait qu'il y ait, quelque part dans le monde, au moins un autre groupe de recherche travaillant sur les questions de la vie, sujet crucial aujourd'hui. Pourquoi faudrait-il que l'Eglise s'investisse dans ce type de recherche ? Certains éléments de compréhension n'émergent que par l'expérimentation. Un groupe de recherche dans l'Eglise, reconnu par la communauté scientifique et travaillant sur des sujets ciblés intéressant toute la société, pourrait avoir plus d'impact que des chercheurs dispersés et sans maîtrise du choix de leurs sujets de recherche. L'Eglise se donnerait ainsi les moyens d'être à la table de discussion sur la vie, le statut des cellules, etc., avec son autorité morale mais aussi avec une autorité scientifique ; ce qui signifierait qu'elle aura reconnu le caractère organique de notre connaissance de la nature ; ce qui ne serait pas sans conséquence sur notre discours théologique. Aujourd'hui, l'autorité ne peut plus être seulement morale ou seulement scientifique : il importe de réunir les deux savoirs.

Ce type de groupe permettrait d'intégrer des jésuites, ou d'autres membres du clergé, dans une mission de recherche, puisqu'ils ne peuvent généralement plus intégrer des équipes de recherche publique après la coupure nécessaire à la formation dans l'Ordre. En attendant, une nouvelle équipe coordinatrice a été formée autour de Paul Gabor. Rendez-vous est pris en 2007 à Madrid, à la faculté d'ingénierie de Comillas.

Roland CAZALIS
chercheur à Purpan (Toulouse)

 

 

Pour en savoir plus :

> Jesuits in Science (site en anglais)

> Science, foi et sagesse

> Teilhard de Chardin