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Sur les chemins de Dieu
Cardinal Henri de Lubac
Œuvres complètes I – Première section : L'homme devant Dieu
Sous la direction de Georges Chantraine sj, avec la collaboration de
François-Emmanuel Duchêne
416 pages, 39 €, octobre 2006, Cerf |
De la connaissance de Dieu
par Henri de Lubac
Dans la cour de récréation, au sortir de la chapelle, un enfant se moquait du sermon qu'il venait de subir. Pauvre sermon, comme tant d'autres. Voulant dire quelque chose de Dieu, le prédicateur avait abreuvé son jeune auditoire d'un flot mêlé de formules abstraites et dévotes, produisant sur ceux dont l'esprit n'était point assoupi l'effet le plus ridicule. Le surveillant, qui était un homme de Dieu, appela le moqueur et, plutôt que de le rabrouer, lui demanda doucement : « Avez-vous jamais songé qu'il n'y a rien de plus difficile que de parler d'un tel sujet ? » L'enfant n'était point sot. Il réfléchit, et cet incident fut pour lui comme la première prise de conscience du mystère, du double mystère de l'homme et de Dieu.
Pour être bien différentes de tant de sermons, les pensées qui suivent n'en paraîtront peut-être guère moins ridicules. Volontairement fragmentaires, elles n'ont pas la prétention de remplacer les exposés classiques, ni même de s'y ajouter. Elles s'inscrivent plutôt en leur marge, sans chercher à dissimuler cette sorte d'embarras salutaire où toute intelligence doit se sentir naturellement plongée en pareil cas. Non moins délibérément, elles s'interdisent de franchir le seuil du Mystère où s'alimente la vie spirituelle, vie cachée aux yeux du monde, histoire intime de l'Eglise, à laquelle on ne saurait toucher d'une main profane. Puissent-elles cependant, par leur insuffisance même autant que par leur maladresse, provoquer quelque lecteur à réfléchir ! Et puisse cette réflexion le conduire, par delà toute région de parole et de pensée humaine, à trouver Dieu !
Henri de Lubac

Ecoutez ci-dessous le témoignage du cardinal Ratzinger
lu par M. jacques de Larosière,
président de l'Association internationale Cardinal Henri de Lubac
Le jésuite Henri de Lubac a été professeur de théologie à l'Institut catholique de Lyon et expert au concile Vatican II.
Né à Cambrai en 1896, fils d'un cadre de la banque de France, élève des jésuites au collège de Mongré, près de Lyon, Henri de Lubac est entré dans la Compagnie de Jésus à l'âge de 17 ans. Mobilisé durant la guerre, il a été blessé deux fois et a gardé de ses blessures à la tête des maux permanents.
Après son ordination en 1927, il devient professeur de théologie fondamentale, puis également d'histoire des religions, à l'Institut catholique de Lyon. Catholicisme, les aspects sociaux du dogme, publié en 1938, a été le premier de la trentaine d'ouvrages écrit par Henri de Lubac. Ce premier ouvrage a tout de suite eu un grand retentissement en contribuant à renouveler la perception que l'Église avait d'elle-même et en facilitant, de ce fait, le dialogue interconfessionnel.
Henri de Lubac a fondé avec le père Daniélou, en 1941, la collection "Sources chrétiennes" qui édite les textes des Pères de l'Église et des grands mystiques. Les ouvrages et les articles se succèdent mais, après 1950, le général des jésuites met leur auteur en "congé d'enseignement".
Ce raidissement doctrinal n'a pas duré puisque, quelques années plus tard, le pape Jean XXIII décidait d'associer Henri de Lubac à la préparation du concile Vatican II. Son oeuvre théologique et sa participation comme expert aux travaux du Concile n'ont pas été sans influence sur la teneur des textes issus de Vatican II.
En 1983, le pape Jean-Paul II l'a fait cardinal, manifestant ainsi la confiance et l'estime qu'il lui portait. Le cardinal de Lubac s'est éteint en 1991.
(source cef.fr)
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Présentation de l'éditeur
Le vrai Dieu est-il une idole ? Peut-on retourner contre Dieu la critique de l'idole que son affirmation instaure ? C'est la prétention postmoderne. Henri de Lubac lui a d'avance répondu : l'idée de Dieu "surgit d'elle-même au sein de la conscience, que ce soit par une exigence rationnelle ou par quelque illumination surnaturelle, et elle s'impose à l'esprit par elle-même, en vertu de sa nécessité propre". Dans l'esprit, "à la source de notre vouloir comme de notre intelligence", il y a un "consentement à l'être". Le fonds réel de l'argument de notre auteur est à trouver dans la sommation existentielle et spirituelle, qui fait appel à l'affirmation de Dieu comme à "un acte à nul autre pareil", lequel "tient à la fois de l'argument ontologique et du pari". "L'esprit lui-même est un chemin qui marche." L'esprit, ainsi impliqué, répond à l'initiative divine et reconnaît que la dissemblance entre Dieu et l'homme est plus grande que leur ressemblance : la théologie négative repousse tout renversement contre Dieu de la critique de l'idole.
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