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Extraits
Aujourd'hui, nous avons tendance à assimiler la chasteté à un renoncement à la sexualité. Parler de chasteté dans le mariage peut donc sembler paradoxal ou complètement tordu. En réalité, il s'agit au contraire d'une façon de vivre pleinement sa sexualité. La sexualité qui s'exprime par la différence sexuelle, marque notre existence dans tous les domaines : notre perception des gens, des choses, notre manière d'être, de faire. mais aussi notre langage, notre voix. tout ! La sexualité est également le lieu de la Révélation de Dieu parce que c'est là que se donne la vie (au sens large du terme). L'union des différences (sexuelles) dans le mariage est le lieu où Dieu se donne à voir. Dans la Genèse, quand Dieu créé l'homme, l'expression utilisée est « homme et femme, Il les créa ». Autrement dit, l'homme tout seul n'est pas à l'image de Dieu et la femme toute seule n'est pas non plus à l'image de Dieu ; c'est l'union de l'homme et de la femme qui est l'image de Dieu sur terre. D'ailleurs ils sont une image de Dieu au point de devenir, grâce à l'exercice de leur sexualité, eux-mêmes créateur de vie. C'est la raison pour laquelle cela fait un tel problème dans l'Eglise quand le sacrement du mariage vole en éclat : c'est l'image de Dieu qui est brisée. D'où les difficultés qui tournent autour des divorcés-remariés. Ces questions sont très difficiles à traiter.
Pour expliquer la chasteté en négatif, je dirai que « l'être chaste » s'oppose à « l'être incestueux ». Celui-ci supprime la différence entre les générations et entre les sexes au profit de son propre plaisir, de sa propre satisfaction. L'être incestueux possède l'autre pour la propre satisfaction de ses pulsions. Or la chasteté est tout le contraire. La chasteté respecte profondément la différence et refuse de posséder l'autre. Le plaisir reste la médiation de la rencontre et non pas l'élimination de l'un des deux partenaires au profit de son propre plaisir.
La principale difficulté c'est la manière dont est reçu l'enseignement de l'Eglise. Beaucoup de gens se trouvent pris dans un rapport de culpabilité avec des choses qui sont en eux. Ils appellent péché quelque chose qui ne l'est pas. Car le péché ce n'est pas d'abord manquer à une loi mais manquer à une relation. Chez les couples chrétiens, il y a ce danger constant. D'autant plus que le sentiment de culpabilité n'engendre rien de bon : le trouble, l'inquiétude, l'accusation de soi, la dévalorisation de soi. cela n'entraîne jamais rien de bon et en plus cela se transmet. Lorsqu'on essaie d'être chaste, il y a donc cette première difficulté de se méjuger parce que qu'on n'y arrive pas. Du moins, on n'arrive pas à ce qu'on rêve de la chasteté. C'est-à-dire qu'il y a une manière de vouloir être chaste qui serait une manière de ne pas vouloir être pêcheur. Or on ne peut pas ne pas être pécheur. Nous sommes pêcheurs. Pécheurs pardonnés, mais pêcheurs. J'invite souvent ceux qui viennent me voir à ne pas s'enfermer dans la mésestime de soi, la culpabilité, mais à chercher en eux ce qui les apaise, ce qui les encourage. La première difficulté est donc d'être obsédé par la chasteté au point de nous couper de Dieu lorsque nous n'y parvenons pas, au point de faire de Dieu un menteur qui ne nous pardonne pas et qui ne sait pas de quoi nous sommes faits. Extraits de propos recueillis par Sylvain SISMONDI
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