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LE BOOSTER
Il y a en France une réalité sociale et professionnelle qui inquiète : 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, dont 60 000 sans aucune qualification. Ces derniers sont souvent proches de l'illettrisme. Simultanément des secteurs entiers de notre économie sont en manque de main-d'œuvre qualifiée dès maintenant et à bref délai (retraite du baby-boom à 2 et 3 ans). L'industrie longtemps recentrée et réorganisée connaît ces difficultés de recrutement. Le Réseau Ignatien des Centres de Formation Ce Réseau s'est proposé de relever pour une part ce défi. Il réunit depuis une dizaine d'années 7 centres de formation professionnelle implantés dans 5 villes de France : Lille, Nantes, Bordeaux, Toulouse et Saint-Etienne. Il est né dans le giron d'institutions proches de la Compagnie de Jésus (ICAM, lycée professionnel ou classique). L'insertion professionnelle et sociale des jeunes en difficulté d'avenir est l'une de ses priorités. Les centres de formation du Réseau Ignatien sont notamment qualifiés pour un secteur professionnel : 5 centres préparent aux professions industrielles et 2 écoles de production forment des apprentis. Ensemble ils ont conçu un programme et obtenu un soutien européen (du FSE) pour sensibiliser 2000 jeunes en 3 ans, en former 500 et en placer 400 en entreprise. Ce programme a débuté en novembre 2002 et s'est achevé en octobre 2005, il s'intitulait « Du désir au métier, une passerelle ». Il est prolongé jusqu'en mars 2008 par un nouveau programme appelé « Du Booster à l'emploi ». Un programme européen : « Du désir au métier, une passerelle » Un programme européen de cette sorte est construit sur un concept novateur qui doit enrichir l'approche habituelle de la formation et de l'orientation. Plusieurs phases se sont imposées naturellement à partir de quelques constats : Les entreprises industrielles manquent de compétences techniques de base et sont tentées par les délocalisations ou l'embauche de travailleurs venus d'autres pays. Les jeunes ne connaissent pas ou méconnaissent les métiers de l'industrie parce qu'ils sont éloignés de cette culture du travail et parce que tout concourt à les en éloigner : orientation par défaut, idées préconçues des parents et des professeurs, mauvaise image des métiers manuels… Or l'acquisition de compétences techniques ne requiert pas nécessairement de justifier d'un cursus classique mais demande des capacités que nombre de jeunes laissent en jachère faute d'avoir trouvé dans l'école les cheminements d'apprentissage adéquats. A partir de ces constats nous nous sommes interrogés : quels sont les besoins premiers de ces jeunes ? Comment y répondre dans un langage compréhensible ? Il nous est apparu que le premier besoin était de connaître ces métiers et les possibilités d'emploi qu'ils offrent. Car les jeunes souffrent socialement de ne pas entrevoir d'avenir professionnel avec toutes les conséquences que l'on sait. La deuxième attente était de pouvoir entendre les propositions dans une langue proche de leur quotidien, non confite dans des images et des mots porteurs de réalités exotiques et trompeuses. De ces observations est née l'idée du Booster qui vient vers vous et parle une langue familière. Avec lui se sont enchaînées trois autres phases qui tiennent plus classiquement de la pédagogie des apprentissages et de l'accompagnement des personnes. Le Booster : visite guidée
Découvrir un univers professionnel Alors débute une histoire de course de kart-cross où le héros (vous-même) doit concourir en construisant le véhicule pour une course finale. Chemin faisant, vous entrez dans différents ateliers pour construire votre kart en cinq opérations industrielles : soudage, perçage, fraisage, injection de composite et assemblage. Vous ne connaissiez pas l'environnement industriel, vous ignoriez qu'il fallait mettre un casque pour souder, vous ne saviez pas que ce sont des petites billes de plastiques qui se fondent pour former votre volant de voiture… Vous savez maintenant que la matière se transforme et qu'il y faut de la méthode, vous avez entraperçu un univers organisé avec ses règles… L'entreprise et la profession, les professions sont mieux perçues. Jeune, vous avez moins d'appréhension pour donner un avis sur ce que vous avez fait et vu, parce que le jeu vidéo est votre univers et qu'il vous a permis dans ce contexte ludique d'approcher le monde professionnel qui vous intimide tant. A la suite de cette expérience, le dialogue entre les jeunes et le formateur est toujours porteur d'interrogations et de curiosité. Il se déroule dans un climat de confiance rarement contredit. Enfin, on parle naturellement d'orientation professionnelle… Un univers qui parle d'avenir Nous avons reçu 3400 jeunes en 18 mois et je puis témoigner qu'ils étaient bien disponibles pour parler, après avoir réussi leur course de kart. Qu'ils étaient et qu'ils sont toujours prêts pour dire leur désir de faire un métier qu'ils aient pu choisir, qu'ils penseront peut-être à l'industrie, que l'atelier n'est pas d'abord le bruit et la salissure mais aussi un espace de création organisée et qu'il y a peut-être une place pour soi… Je pense que le booster est un outil fabuleux pour entrer en dialogue et parler d'avenir, de tout avenir même non industriel. Nous sommes allés sur les places, dans les quartiers des 5 villes et de leur agglomération, nous avons rencontré des éducateurs, des conseillers orienteurs, des assistantes sociales, des animateurs de Centres sociaux, des chefs d'entreprises… Nous avons noué des contacts multiples avec les institutions et les collectivités, nous avons aussi accueilli dans nos ateliers plus de 2000 jeunes et nous continuons, avec plus de 500 d'entre eux, à les qualifier pour ces métiers. La route continue Le Réseau Ignatien des centres de formation cherche, par delà freins et obstacles, les chemins qui mèneront une jeunesse désorientée à l'insertion professionnelle. Avec le nouveau programme « Du booster à l'emploi » nous allons vers les entreprises et voulons associer la découverte par le jeu à la rencontre de salariés dans les ateliers. Nous commençons seulement cette deuxième phase qui vise à sensibiliser des entreprises à l'accueil des jeunes et à leur intégration dans l'échange économique et social. Le Booster, un camion aux vives couleurs, traverse les cités, il porte en ses flancs un peu d'espoir pour une jeunesse en quête d'utilité sociale et de sens. La route continue bien. Georges JOUSSE
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Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |