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Antonio Vieira
"Sur les procédés de
la Sainte Inquisition"
Propositions en faveur des gens de la nation juive

Né en 1608 au Portugal, Antonio Vieira émigre tout jeune au Brésil. Il devient jésuite et sera chargé de missions diplomatiques auprès de roi Joao IV concernant les communautés juives. Homme polémique et défenseur des minorités, il a écrit de nombreux sermons pour dénoncer les pratiques de l'Inquisition.

Ce petit livre présente deux de ses écrits adressés au roi du Portugal pour prendre la défense des "gens des nations", autrement dit des juifs.

Antonio Vieira, "Sur les procédés de la Sainte Inquisition", Bayard, 2004, 80 p., 11 €

Extrait de l'introduction

On entend souvent dire que les catholiques ont attendu le concile Vatican Il pour s'intéresser à leur rapport spirituel au peuple d'lsraël que deux millénaires ont été nécessaires pour que le christianisme daigne éclaircir les liens qui l'unissaient au judaïsme et dénouer le noeud de tant de malentendus. Comme si personne, avant les Pères conciliaires, n'avait tenté de poser les premières pierres d'une Nouvelle Alliance entre juifs et chrétiens...

C'est faire peu de cas des tentatives hardies de certains Pères de l'Eglise, peu de cas du formidable effort de compréhension historique, théologique et liturgique mené en Europe au XVIIe siècle par des esprits assez résolus pour se déjouer des représentations d'un antijudaïsme grossier et envisager de manière nouvelle la place du peuple d'lsraël dans le plan de Dieu et dans l'avènement des temps annoncés à la fois par lsaïe et par Jésus Christ.

L'Ecriture nous l'apprend : un seul juste suffit à racheter les fautes de l'ensemble de ses frères. Ce juste, dans le Portugal du xXVIIie siècle, c'est Antonio Vieira, logicien subtil, orateur magnifique et défenseur du droit des juifs portugais. Un homme étonnant, né à Lisbonne en 1608, dans un Portugal soumis aux rigoureux procédés de la Sainte Inquisition. Les musulmans et les juifs ont été expulsés du pays à la fin du XVe siècle à la suite du mariage du roi Dom Manuel avec l'infante d'Espagne lsabel. Cette mesure, exigée par la Castille, patrie de la « Chevalerie du divin » et de la Guerre sainte contre les Infidèles, a embarrassé le Portugal. Pour garder ses juifs, Manuel les a obligés à recevoir le baptême. Un grand mouvement de conversions forcées s'en est suivi, accompagné de massacres dans les bas-quartiers de Lisbonne. En ce temps-là, les chrétiens ont oublié la leçon de saint Paul : la foi est un don libre de Dieu.

Si la Couronne souhaitait protéger les juifs qui lui rendaient de grands services, le peuple haïssait « la nation scélérate, détestée de Dieu et des hommes ». L'inquisition s'est engouffrée dans la brèche ouverte par cette rage. Les successeurs de Manuel ont donné raison à une furie antisémite dont les motifs ont toujours été plus politiques que religieux. En 1643, Antônio Vieira a le courage de dire non. Non à l'injustice, non à l'aveuglement théologique. Il écrit au roi pour défendre les droits des « gens de la nation ». Et il énumère les tristes conséquences de la croisade des inquisiteurs: diminution des gens, pauvreté des familles, faillites dans le royaume...

Sébastien Lapaque

Extrait du livre

Il faut aussi considérer grandement que pour que souffre l'innocence il ne faut ni accusations ni châtiments; parce que, sans être accusés ou condamnés, tous les hommes de nation qui vivent dans ce Royaume passent par de continuels craintes et soubresauts, et c'est là une sorte de châtiment universel et constant qui les englobe tous, sans distinction entre coupables et innocents. Il est si rigoureux et difficile à supporter qu'il est à lui seul responsable de l'exil volontaire de beaucoup vers d'autres royaumes, sans qu'il existe autre faute ou raison de crainte que d'être né nouveau-chrétien, comme le prouve leur façon d'agir en ces lieux, puisqu'ils préfèrent plutôt vivre en sûreté en exil qu'en leur patrie avec tant de crainte et de dangers. Voilà une misère certaine et aussi bien digne de remède que de compassion, que ces hommes aient à s'expatrier eux-mêmes sans être coupables, et que l'innocence choisisse l'exil pour remède, alors que dans de graves délits c'est l'un des plus grands châtiments!

Antonio Vieira

 

 

Pour en savoir plus :

> Un film sur Antonio Vieira

> Un site sur cet aventurier de la foi

> Dans la même collection : des sermons de Bourdaloue