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Les étudiants jésuites
du Proche-Orient
en Turquie |
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34 jésuites de la Province du Proche-Orient se sont retrouvé l' été 2004 en Turquie. A vrai dire, parcourir en 10 jours plus de 6000 km sans passer plus d'une nuit au même endroit nous souciait bien un peu.
En fin de compte, des cinq objectifs du pèlerinage
(union des cours - découverte de la Turquie, la nouvelle région de la Province - pèlerinage sur les pas de St Paul - préparation de la retraite - vacances bien méritées), seul le dernier est raté !
Cette visite de la Turquie laïque, jadis chrétienne et entre temps musulmane, est difficile à raconter en deux pages. Visiter les reliques chrétiennes de la Turquie (l'Antioche de St Paul, l'Ephèse du concile, la Cappadoce), c'est voir des lieux qui ont façonné les longs premiers siècles de l'Eglise. Visiter la Turquie musulmane (des grandes mosquées, la confrérie de Jalal-ed-din er-Roumi), c'est prendre conscience que la Turquie, 400 ans, a gouverné les pays arabes tout en développant un islam spécifique. Enfin, visiter la Turquie d'aujourd'hui (le tombeau d'Atatürk, la culture turque où nous avons découvert beaucoup de similitudes avec la nôtre), c'est rencontrer une Turquie enracinée au Proche-Orient et visant l'Europe. Cette attitude caractérise autant la géographie et la politique actuelle de la Turquie que son histoire. L'entrée de la Turquie en Europe se fera-t-elle à la manière d'Atatürk ou à celle des anciens conquérants turcs ?
De tout le périple, voici quelques flashs subjectifs plutôt qu'un compte rendu : je te confie leurs vérification et élargissement lors d'une éventuelle rencontre avec l'un ou l'autre des participants.
Mosaïque sous la coupole à Istambul
Flash inéluctable, la Cappadoce.
Le témoignage des ermites d'autrefois a traversé les siècles. Dans le couvent troglodytique, le silence vidant l'espace et les icônes parlant à travers les murs demeurent puissants. Là, une foi est proclamée pour ceux qui veulent écouter ; il suffit de voir l'harmonie, que les icônes interprètent, entre les scènes bibliques et la vie des saints.
Les païens, eux aussi, ont laissé des témoignages. Cybèle , toujours debout à côté du bordel enfoui avec l'ancienne Éphèse, est le symbole unifiant la vierge, la sour et la mère parfaites. Quant à la cité aux trois temples, elle ne peut plus témoigner sur la colline de Pergame. Les mythes sculptés de ce temps-là se trouvent enfermés dans le musée le plus réputé de Berlin. Ce n'est d'ailleurs pas le seul site historique du Proche-Orient dont on a ôté des éléments pour rehausser le prestige d'un site culturel d'Europe de l'Ouest. Disons quand même, par honnêteté, que les pierres du temple de Zeus ont été achetées par les Allemands à l'empire ottoman.

Le groupe devant la grotte de St Pierre à Antioche
Comment résister au questionnement imposé par la ville d'Antioche ? La chaire - devenue un salon - des patriarches des églises maronite, syriaque et melkite ne réserve aux chrétiens qu'une grotte dépouillée, attribuée à St Pierre, et une Église qui gémit dans un coin de la ville. Les chrétiens du Proche-Orient, menacés par les guerres et l'émigration, auront-ils la même destiné que ceux de la ville à laquelle ils se réfèrent ? Habités par cette question, nous sommes entrés dans le silence de la retraite.
Et St Paul ne mérite-t-il pas un flash ? Les villes citées par l'Apôtre l'ont presque oublié. Sa ville natale lui conserve seulement une Église et un puits. En revanche, un tel passage n'est pas sans profit. Dans la retraite, Peter DuBrul nous a proposé un pèlerinage à travers quatre épîtres de Paul, et j'ai découvert l'effet d'une composition de lieu enrichie par des représentations objectives. Les lieux du Nouveau Testament ne sont plus des notions anonymes : Milet par exemple n'est plus une ville parmi d'autres, elle est devenue la ville des sciences gardée par deux lions à sa porte.

Cette vingtaine de jours en Turquie ne nous a pas laissés écrasés par la question existentielle menaçant l'Église du Proche-Orient.
Pourquoi ?
1°/ la Cappadoce est, pour nous, un lieu d'espoir. Les chrétiens n'y sont plus mais l'efficacité de leur témoignage demeure d'une certaine manière. L'engagement dans l'aujourd'hui surmonte la crainte de l'anéantissement. 2°/ la communauté jésuite en Turquie n'est plus une annexe à la Province : son intégration officielle devient une unité vécue.
3°/ les échanges entre nous sur les enjeux et les mutations de la Province promettent une nouvelle et solide présence des jésuites au Proche-Orient. 4°/ enfin, notre Province nous intègre dans sa mission bien que nous soyons encore en période de formation. Cette vigilance sage est, pour nous, une source d'espoir. La confiance n'est-elle pas le fondement de la Compagnie ?
Fady CHIDIAC sj
