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Plus de 30 ans
de présence jésuite
au Sénégal


Avec l'aimable autorisation de la revue
Jésuites en mission n°293

Le Père Adrien Léonard était de l'équipe des jésuites du Canada français qui partirent pour le Sénégal en 1973. Responsable de la communauté Saint Pierre-Claver de Tambacounda, dans les Nouvelles de la province de l'Afrique de l'Ouest, il a récemment fait l'historique de la présence jésuite au Sénégal. En voici de larges extraits, complétés par des éléments d'une correspondance du P. André Gagnon, curé de la paroisse.

10 ans à Ziguinchor. Le collège Saint-Charles Lwanga

Le tout début du Collège revient au P. Charles Dubé. Il ouvre en octobre 1970, à la demande de Mgr Sagna, alors évêque de Ziguinchor, deux classes de Seconde, à la Maison des OEuvres du diocèse ; en 1971, s'ajoutent deux classes de Première. Le P. Dubé rentre au Canada en juillet 1972. L'abbé François Diandy prend la relève et ouvre deux classes de Terminale. A Pâques 1973, le personnel et les élèves se transportent dans de nouveaux bâtiments.

Le Père Adrien Léonard à son bureau du Centre Culturel St Pierre Claver

La prise en charge officielle du collège date de septembre 1973. C'est une équipe de six jésuites canadiens qui arrive - 5 Pères et un Frère -, soit les Pères Adrien Léonard, directeur, Yvan Carrier, professeur de sciences naturelles, Charles Dubé, professeur de français, Gérard Goulet, professeur de latin et français, Paul-Emile Tremblay, professeur de sciences physiques et le F. Mathurin Charlot, qui aide pour six mois àl'installation de la communauté. A cette équipe s'étaient joints six religieuses du Bon Conseil dont 4 enseignantes, et 3 coopérants laïcs canadiens.

Hormis des changements dans la communauté jésuite, ce qui a marqué notre séjour à Ziguinchor, c'est vraiment d'avoir bâti un collège de la Compagnie ! Avec sa discipline, ses exigences académiques et de bons résultats (en général) aux examens de l'Etat. Collège dont les effectifs variaient entre 300 et 350 élèves, mixte, mais nettement majoritaire garçons ; de religion catholique (50%), musulmane et quelques animistes, sans problème de cohabitation ; collège de second cycle, composé, selon les années, de 8 ou 9 classes.

Ajoutons que nous avons équipé le collège d'une bonne bibliothèque -5000 livres -, et de laboratoires de sciences physiques et sciences naturelles. Nous avions aussi le souci du ministère directement pastoral. Auprès des élèves messe hebdomadaire, groupes de réflexion chrétienne, direction spirituelle, rencontre islamo-chrétienne, etc. Et des ministères dominicaux en brousse, spécialement à Boutoupa, Bindialoum, Soucouta et Niaguis.

En juillet 1983, nous quittons le collège, estimant que nous avons atteint le but proposé. Le collège est bien organisé. Il appartient maintenant au clergé diocésain de prendre la relève, puisqu'il s'agit de son oeuvre.

Carte du Sénégal

1983, installation à Tambacounda

C'est à la suite d'un discernement communautaire - option pour aller vers les plus démunis -, et avec l'approbation du P. Provincial, que nous nous sommes orientés vers Tambacounda ; diocèse situé à l'Est de la Gambie. Deux objectifs étaient visés, fonder un centre socio-culturel et répondre au désir du Préfet apostolique du lieu, de prendre en charge une paroisse.

Nous sommes arrivés à Tambacounda le 13 août 1983. Nous logions à la Procure du diocèse, en attendant la construction de notre résidence au quartier Plateau. C'est en septembre 1984 que nous l'occuperons. Grâce à une aide substantielle de l'organisme canadien "Paix et développement", nous pouvons commencer la construction des bâtiments du Centre culturel. Le tout sera terminé en septembre 1986.

Situé sur un terrain d'un hectare, le Centre est un ensemble composé d'une bibliothèque, de deux salles de lecture, de six cases rondes ouvertes, d'une grande salle pour les conférences et spectacles et du bâtiment des bureaux. Avec ses belles allées bordées de " Tévécia ", son joli gazon et ses arbres, il constitue un cadre idéal pour les études. Le silence y est d'or. Son personnel est composé du directeur et de son adjoint, de deux bibliothécaires, de deux ouvriers chargés de l'entretien et d'un gardien.

Une bibliothèque bien fréquentée

Ouverte le 1er novembre 1986, la bibliothèque accueille les abonnés sept jours sur sept, avec un horaire qui déborde même sur la nuit, jusqu'à 23h en semaine. La population visée est celle des élèves de la classe de Troisième à Terminale. Les élèves qui le désirent peuvent se faire accompagner dans certaines matières. Une méthode de travail est également présentée à ceux qui en font la demande.

La bibliothèque du Centre
St Pierre Claver

Les abonnés étaient, en 1986-1987, 412 ; et le nombre de présences de travail atteignit 9.422 durant l'année. Ce chiffre a très vite évolué pour atteindre, en 1994, 773 abonnés et plus de 25.000 présences de travail. Ces chiffres signent bien la réponse à un besoin. Ainsi la bibliothèque qui, à l'origine, a été conçue pour accueillir une cinquantaine de personnes, s'est avérée très vite dépassée par le taux de fréquentation. Dès 1988, il a fallu ajouter deux salles de lecture, en 1989, trois cases rondes de 35 mètres de surface et en 1992 trois autres cases de même dimension. Avec cette structure, le Centre peut accueillir aisément plus de 200 personnes à la fois, leur offrant un lieu agréable de travail.

Le fonds de la bibliothèque

Au 31 décembre 2001, le fonds de la bibliothèque comptait 5730 livres. Il s'enrichit normalement de 250 livres par année. L'objectif est d'atteindre 7500 livres. Ce fonds se diversifie comme suit 10% d'ouvrages de références (encyclopédies, dictionnaires, etc.), 50% de sciences humaines et 40% de sciences pures. Le nombre d'abonnements à des périodiques est plutôt restreint nous sommes abonnés à deux journaux locaux, à Jeune Afrique et à Peuples du Monde.

Le fonds de la bibliothèque a été acquis par des dons provenant de Misereor-Missio (20%) et des Jésuites canadiens (80%). Le financement du fonctionnement est un don des mêmes Jésuites canadiens. Estimé en CFA après dévaluation, ce fonds s'établit à plus de 22 millions.

Présence aux jeunes par les activités socio-culturelles

Les activités socio-culturelles consistent dans des conférences, théâtre, concerts, fondation de deux clubs, l'un littéraire, l'autre philosophique, exposition de dessins, concours de poésie. Pour organiser ces activités, nous avons une grande salle pouvant accueillir jusqu'à 500 personnes. Il faut ajouter que le Centre est le seul de Tambacounda, qui organise de manière systématique des activités socio-culturelles.

Le Centre St-Pierre Claver constitue un grand apport au point de vue de l'encadrement humain et culturel de la jeunesse qui se sent suivie, encouragée aussi bien par l'atmosphère du Centre que par ceux qui y travaillent. Notre relation avec ces jeunes se fait dans un grand respect de ce qu'ils ont et de ce qu'ils apportent. Le Sénégal étant un pays à 95% musulman, l'oeuvre du Centre est d'être le témoin d'une culture prônant les valeurs humaines et chrétiennes simplement par une présence confessionnelle bien affirmée.

En 1989, signalons la nomination du P. Gilles Garand comme directeur adjoint du Centre. Il a notamment travaillé dans l'alphabétisation. Il a quitté Tambacounda en juillet 1991 pour le noviciat de Bafoussam au Cameroun. Et depuis 1994, la venue d'étudiants jésuites africains est bien appréciée ; ils ont contribué par leurs initiatives, leur jeunesse et leur sens apostolique à animer le Centre et la Paroisse.

Historique des débuts de la paroisse

A la demande de Mgr Clément Cailleau, préfet apostolique, nous avons accepté la direction d'une paroisse à Tambacounda. La Paroisse Saint-Pierre Claver fut fondée en octobre 1983, par le P. Jean Bernard, remplaçant temporaire de Mgr Cailleau, victime d'un accident de la route. Mais dès juillet, avait commencé le service paroissial. La messe dominicale se célébrait à la maison de Michel Bangar, catéchiste. En octobre, le P. Yvan Carrier fut nommé officiellement curé. La nouvelle paroisse était implantée au quartier Plateau et devait desservir les trois quartiers Pont, Abattoirs et Plateau.

A sa fondation, la paroisse eut son siège au Foyer Saint-Paul. Le curé et son catéchiste y avaient leurs bureaux et la messe se célébrait sous un abri couvert de feuilles de rônier. En décembre 1985, le Centre offrit sa salle de spectacle pour servir d'église à la paroisse. Le siège de la paroisse se transporte alors au Centre. Mais les élèves devenant de plus en plus nombreux, il fallut se décider à construire l'église.

Le site choisi se trouve juste à côté du Centre. Les fondations de la nouvelle église ont été posées en mai 1993 et la bénédiction de l'église, célébrée par Mgr Jean-Noêl Diouf le 18 février 1995. C'est le P. Adrien Léonard qui a conçu et réalisé l'église, telle que nous la voyons maintenant.

A Tambacunda l'église Saint Pierre Claver

La paroisse compte en 2001 quelques 500 fidèles. C'est une paroisse de première évangélisation, composée de gens peu scolarisés, peu fortunés, pour ne pas dire plus, mais bien sympathiques. Au départ du P. Carrier, 1987, le P. Chrysologue Allaire est nommé curé. Il quitte, en 1997, au grand regret de ses paroissiens. Il est remplacé par le P. Joël Rouméas, lequel partira pour le Tchad en juin 2000. En attendant la nomination d'un nouveau curé, le P. Léonard assura l'intérim. A la fin de l'année 2001, le P. André Gagnon prit la responsabilité de la paroisse.

Un an plus tard, le Père fait le point sur ses activités dans une correspondance publiée dans Brigand, la revue missionnaire des jésuites canadiens français (Montréal). Il relève notamment deux défis majeurs.

La catéchèse des enfants et des adultes

Bibliothèque du primaire à Tanbacunda

Le premier défi, l'évangélisation au moyen de la catéchèse des enfants et des adultes. Nous avons plus de 100 catéchumènes qui se préparent soit au baptême, soit à la première communion, soit à la confirmation. Pour le moment, nous n'avons pas de catéchistes. C'est le premier défi qu'il faut affronter et un objectif que je me donne pour les années à venir : trouver et former des personnes qui veulent s'engager dans la catéchèse. Pour y arriver, il nous faut des bibles et des livres. Tout cela a un coût. Surtout la formation elle-même du catéchiste.

Offrir l'instruction aux nombreuses familles démunies

Mon deuxième défi, valoriser le petit centre pour les jeunes enfants du primaire. Le Père Allaire a construit un petit centre que nous appelons l'annexe de la paroisse. Il y a là une petite bibliothèque et trois cases pour travailler. Il y a quelques livres, tables, chaises, et tableaux. Il reste à équiper la bibliothèque en volumes didactiques pour donner aux enfants les outils nécessaires pour de bonnes études primaires.

Dans la paroisse, il y aussi beaucoup de jeunes femmes avec un ou deux enfants, qui ne travaillent pas et ne sont jamais allées à l'école. Avec une bonne chrétienne qui a déjà pris des cours de couture, de broderie et de teinture, nous avons le projet d'enseigner à ces femmes la couture et la broderie. Ces jeunes mamans pourront alors confectionner les vêtements de leurs enfants et, qui sait ! peut-être certaines pourraient-elles ouvrir leur propre commerce.

Plusieurs années seront sans doute nécessaires pour réaliser ces objectifs, mais je reste confiant. L'essentiel est de chercher à mettre l'homme et la femme debout, assurés de leur dignité d'enfants de Dieu.

 

 

Pour en savoir plus :

> La province jésuite du Canada français

> Les jésuites au Sénégal aujourd'hui

> En savoir plus sur Tambacounda