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actualités > 2005 > Fusils et enfance perdue au Libéria avec le JRS
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Fusils
et enfance perdue
au Libéria

Avec le JRS

Le Libéria est désormais connu pour la guerre chronique qui l'a déchiré pendant de longues années. Petit pays riche en ressources naturelles, cette nation d'Afrique de l'Ouest est entrée dans la guerre chronique en 1990. Des milices, des seigneurs de la guerre et divers groupes armés ont, à l'envi, pillé, violé et brutalisé les habitants du pays. Les gouvernements successifs ont tué les propres citoyens de l'État et provoqué le déplacement de milliers d'autres. La liste des victimes donne froid dans le dos : sur 3 millions d'habitants, 200.000 tués, 750.000 déplacées – et 73.000 combattants dans divers groupes armés.

Le pillage était la norme. Lorsque les milices entraient dans un village, elles pillaient les vêtements des habitants, volaient les sandales des enfants et enlevaient des fillettes pour leur servir d'esclaves sexuelles. Les plus cruels se sont avérés les leaders des milices. Celui qui pillait le plus était tenu en plus haute estime par ses guerriers drogués et en guenilles.

Mais le pillage le plus terrible fut sans aucun doute celui de l'enfance, vrai cancer de la société libérienne. La plupart des enfants ont été arrachés à leurs parents, brutalisés au-delà de tout ce que l'on peut imaginer. Les seigneurs de la guerre avaient besoin d'enfants : ils obéissent promptement, n'ont aucun bagage idéologique et peuvent être exécutés facilement. Une fois drogués, ils peuvent commettre des atrocités qui feraient hésiter des adultes. Et puis dans le riche Libéria, les seigneurs de la guerre recherchaient des diamants et le pouvoir : ils avaient besoin d'enfants qui ne réclameraient jamais leur part de richesse.

C'est ainsi que les enfants libériens ont perdu leur innocence. Petits, ils transportent la nourriture pour leurs camarades ; une fois grands, ils se retrouvent avec un fusil sur l'épaule et ils apprennent le pouvoir des armes. La plupart des enfants étaient drogués. Un enfant qui a besoin de drogue et de nourriture est prêt à piller et à voler. Lorsqu'il avance en âge, il pourra toujours enlever une fille dans un village et en faire son esclave, c'est-à-dire un être sans droits. Les camps du Libéria sont pleins de mères adolescentes, dont certaines ont tout juste 13 ans, et qui ont été victimes des milices.

Le JRS offre un espoir aux enfants poussés de force dans la guerre. Dans les camps de Salala et de Monserrado, des centaines d'enfants enlevés par les milices reviennent, certains sous leur vrai nom, d'autres, incognito. Dans les sept écoles qui accueillent 15.000 enfants, ces ex-soldats réapprennent à vivre normalement. Certains de ces jeunes sont reconnus par leurs enseignants, dont certains ont été brutalisés par les milices. L’un d’eux a formellement identifié un enfant qui l'avait torturé et qui aujourd'hui est sagement assis dans sa classe ; mais ni l'enfant ni l'enseignant ne veulent faire revivre ce passé douloureux.

Plus directement, le JRS essaie de donner une formation aux ex-enfants soldats. Deux d'entre eux, Flomoa et Moses, vivent dans le camp de Salala. Flomoa est le type même de l'enfant libérien qui a grandi pendant la guerre, et à qui la milice a fait perdre son humanité. Aujourd'hui, il est revenu. Au cours d'un long entretien avec un écrivain, il a accepté d'expliquer comment son enfance lui avait été volée, et comment il avait été transformé en brute épaisse. Après sa capture par les anciennes milices gouvernementales, il a été privé de nourriture pendant deux jours pour le forcer à porter un fusil. Les miliciens l’ont emmené avec d'autres enfants sur la ligne de front. Un grand nombre d'entre eux y ont péri. D'autres ont dû espionner les lignes ennemies, formant des cibles parfaites pour les miliciens d’en face. Flomoa n'a jamais été autorisé à revoir ses parents. Plusieurs fois, mais sans succès, il a tenté de s'échapper.

Moses, lui, est originaire d'une tribu pour qui la famille représente la valeur suprême. A l'âge de 14 ans, il s'occupait de sa grand-mère qui était vieille et malade. Lorsqu'il a été capturé par les miliciens, il a été obligé d'abandonner sa grand-mère. Il se rappelle l'avoir abandonnée au bord de la rivière. L'idée d'avoir abandonné sa grand-mère pesait lourdement sur les épaules de Moses. Il combattait pour une milice qu'il qualifie "d'inhumaine". Il est arrivé au camp l'an dernier en même temps que les forces de maintien de la paix des Nations Unies. Il décida alors de suivre une formation de charpentier proposée par le JRS dans le camp. Lorsqu'on lui a demandé pourquoi, il a répondu que « le JRS ne lui posait pas de questions sur son passé ». Aujourd'hui il est charpentier, il
est reconnaissant pour la chance qui lui a été donnée, et il regarde avec confiance vers l'avenir. Lorsqu'on lui parle de rentrer au pays, il répond : « Le JRS doit venir avec nous lorsque nous rentrerons dans le comté de Lofa. »

Pour cette génération mutilée, l'espoir fluctue au rythme de la paix. Le JRS accompagne les déplacés, en particulier les enfants, sur leur long chemin d'espérance. Nos écoles et nos centres de formation sont des lieux thérapeutiques où les gens peuvent venir raconter leur histoire et se lier d'amitié avec d'autres jeunes qui ont connu le même enfer.

C. AMALRAJ sj
Directeur du JRS Libéria
(Revue Servir n° 33 – déc. 2004)


 

Pour en savoir plus :

> Service jésuite aux réfugiés

> Jésuites en mission (Asie - Afrique - Madagascar)