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[...] Certaines première rencontres marquent plus que d'autres. Pour ma part, trois mois passés dans un service d'Hématologie auront compté. Et spécialement ces quelques semaines dans l'unité de soins intensifs. Les patients y reçoivent de lourdes chimiothérapies et nécessitent une surveillance constante dans un milieu protégé que le grand public appelle des « chambres-bulles ». Assurément, les personnes que nous rencontrons nous marquent d'autant plus facilement que nous nous identifions à elles. Pourtant, ici, peu de choses nous rapprochaient. C'est une femme de trente ans qui vient dans le service pour une rechute de leucémie. À peine ai-je parcouru son dossier que je me dirige vers sa chambre. Mais est-ce encore précisément une chambre ? Cet espace clos de quelques mètres carrés ressemble plus à une loge de métal. À l'évidence, je ne pourrais pas y rester plus de quelques instants. Pourtant, elle le sait déjà, elle y restera de longues semaines. Elle le sait déjà et elle l'a déjà fait. C'est son second séjour dans l'unité. Depuis le sas où je me lave les moins je jette furtivement un coup d'oil à travers Ia petite fenêtre de la porte. Tout a l'air calme. Mes oreilles perçoivent ensuite le lourd ronflement du flux laminaire. Permanent le jour comme la nuit, il accompagne ses craintes et ses rêves sans jamais relâcher la pression. Ça non plus, je ne pourrais pas le supporter. Il faut franchir bien des obstacles. Il faut se donner du mal pour accéder à cette humanité si bien gardée. Charlotte et bavette. Mains lavées et gantées; cosaque verte et sur-chaussures. Suis-je assez protégé ? Non, bien sûr, c'est le contraire! Bientôt, je pousse de la main le lourd rideau de plastique et rentre dans l'espace confiné de la patiente. Je me retrouve seul devant elle. Soudain bien seul. Mes connaissances, déjà bien maigres, m'ont abandonné. Rapidement, je me rends compte que, de toute façon, elle en sait bien plus que moi sur sa pathologie. Deux ans de traitement. Je me suis rendu dans sa chambre, à son chevet, comme on dit si bien. Mais qu'ai-je donc à apporter ? Suis je donc venu à elle - chez elle - simplement pour répondre aux obligations d'un externe clans un service de CHU (il faut bien rédiger une observation médicale ... ) ou, pire encore, pour satisfaire une curiosité intellectuelle ? Ce n'est bien sûr pas pour ces raisons que je me lève chaque matin... mais ce jour-là, je n'ai pas la réponse. Ce jour-là, je suis venu à elle comme un visiteur. Seul devant elle. Elle ne me connaît pas. Que faire ? Que dire ? J'ai peu de cartes en main. Il ne me reste que l'humain. C'est pourtant un atout-maître dont on dispose pour chaque rencontre. Un proche me disait un jour: « On ne peut pas être un bon médecin si l'on n'est pas un bon humain. » [...] Il y a bien de la vie dans cet antre métallique. J'aurai ainsi goûté cette expérience de confiance avec un malade. Mais je ne suis pourtant pas pleinement satisfait, Tout ceci n'est que circonstances: ma blouse et mon badge m'ont permis d'accéder à ces expériences. Il va falloir les mériter en devenant compétent. Sinon, le soignant que je désire être n'aura pas de raison d'exercer La médecine est une science exigeante. Incompétent, je me sens inefficace. Incompétent, le malade n'a pas confiance. L'apprentissage du soin prend du temps. Il ne faut ni se perdre dans l'humain, ni l'oublier. Il ne faut ni délaisser la science, ni se cacher derrière. Charles Ferté |
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Jésuites : serviteurs
de la mission du Christ - © Compagnie de Jésus |