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L'identité chrétienne en question
Réflexion éthique et théologique

Une contribution d'Alain Thomasset pour le N°10 des "Documents Episcopat"

(Bulletin publié sous la responsabilité du Secrétariat général de La Conférence des évêques de France)

Résumé

Dans une société où les cultures et les options de vie sont plurielles, la question des identités se pose avec davantage d'acuité tant pour les individus que pour les communautés sociales ou religieuses. Ainsi les chrétiens s'interrogent-ils sur ce qui constitue leur spécificité dans un monde ouvert et multiple. De quoi est faite cette identité ? De quelle manière se rapporte-t-elle à celle du Christ ? Comment se construit-elle dans l'itinéraire d'une personne?

Le père Alain THOMASSET, s], membre du Centre de recherche et d'action sociale (CERAS) et professeur de théo~ logie morale au Centre Sèvres, facultés jésuites de Paris, propose de répondre à ces questions en s'appuyant notam­ment sur les travaux de Paul Ricour sur l'identité narrative. Le document présenté ici est une version remaniée de deux conférences faites à l'origine à Rome, auprès du Conseil général des Frères des Êcoles chrétiennes et reprises par la suite dans une rencontre de la Conférence des Supérieurs majeurs de France. Il s'adresse en priorité à des éducateurs et des responsables de formation.

 

Extraits de l'introduction

Dans une société où les repères culturels sont changeants, l'identité chrétienne devient une préoccupation centrale pour les chré­tiens, pour leurs communautés et leurs insti­tutions. Mais de quoi parlons-nous lorsque nous nous interrogeons sur cette réalité ?

Cette question de l'identité pourrait être abordée de bien des manières. Il serait possi­ble d'en parler comme ce qui distingue col­lectivement les chrétiens d'autres personnes ou d'autres croyants. On irait ainsi à la recher­che des différences entre les chrétiens et les autres, en énumérant les particularités au plan des croyances, des valeurs morales, des comportements. Ce n'est pas la voie que je choisirai. Pour des raisons pratiques d'abord, car elle me paraît en grande partie stérile et inopérante. Nous serions obligés d'opérer des comparaisons sans fin, sans être sûrs que ce que nous comparons n'est pas simplement une image projetée de nous-mêmes ou des autres. Pensez aux dérives où cela peut mener si nous commençons, par exemple, à opposer une identité chrétienne et une identité musul­mane. Mais surtout, cette voie est à écarter (même si on ne peut s'empêcher de comparer) pour des raisons théoriques : l'identité chrétienne, si elle se rapporte à la figure du Christ, est fondamentalement une manière de parler de l'identité humaine. Ce qui spécifie les chrétiens, croyons-nous, c'est aussi ce àquoi tout homme est appelé dans son huma­nité. Tel est le paradoxe que porte le christia­nisme sa spécificité la plus propre est habi­tée par le souci de l'universel. Le Christ dans sa singularité, c'est l'homme par excellence: « Voici l'homme !» dit Pilate dans l'évangile de Jean. L'identité chrétienne est ouverte àtout homme.

Pour cet exposé, je prendrai donc le chemin qui consiste, au lieu de comparer un chrétien à un non-chrétien, à regarder comment s'en­gendre une existence chrétienne, à la fois au plan individuel et collectif. Comment le chré­tien et la communauté qui a pour nom l'Église se comprennent-ils eux-mêmes ? La notion d'identité narrative nous servira de point d'ap­pui. Mais avant d'aborder l'identité narrative des chrétiens et de voir en quoi l'histoire de Jésus est fondatrice de cette identité, je vou­drais évoquer quelques difficultés et quelques chances pour celle-ci aujourd'hui.

Extrait de la conclusion

On pourrait résumer cette démarche en di­sant : « Puisqu'il t'a été donné depuis toujours par l'amour du Père des cieux qui te précède, donne à ton tour. » La poétique biblique anime d'un sens spirituel la motivation éthique et fait prévaloir la coopération sociale sur l'intérêt per­sonnel, même bien compris[14]. La perspective chrétienne alimente de l'intérieur ce désinté­ressement, cet « excès » sans lequel toute vie sociale est vouée à se défaire. Elle soutient et donne une figure à la reconnaissance incondi­tionnelle de l'autre comme personne libre qui est au coeur de toute vie éthique authentique. En ce sens, l'identité chrétienne est une iden­tité profondément humaine qui découvre sa pro­fondeur insoupçonnée, cachée depuis la créa­tion du monde. Se reconnaître fils, et appelés à être des hommes « pour les autres », est une expérience que peuvent faire des non-croyants mais que l'identité chrétienne rapporte au mys­tère de notre vie dans le Christ.

> Pour vous abonner,
écrire au 106 rue du Bac, 75341 Paris Cédex 07

 

Pour en savoir plus :

> Le site des "Documents épiscopat"

> Biographie d'Alain Thomasset

> Du même auteur : "comment enseigner le fait religieux ?"