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Foi et raison, une sainte alliance
Par Henri Madelin
Rédacteur en chef de la revue "Etudes"
dans Forum la Croix du Mercredi 22 septembre 2004

Sortir de la naïveté, pour le croyant, c'est passer par une crise,
un temps de discernement où goût
de Dieu et intelligence des données
se portent une aide mutuelle.

Depuis les origines, l'Eglise avance sur le chemin de crête d'une alliance en­tre foi et raison. La foi est annoncée, mais la foi doit pénétrer au plus profond des intelligences pour être reçue en vérité et avec amplitude. C'est le leitmotiv de l'encyclique de Jean Paul II: Fides et Ratio (1). « Qu'ont donc de commun Athènes et Jérusalem ?» interrogeait Tertullien. «L'Académie et L'Eglise», répondait-il.


Saint Augustin, dans les Confessions, le confirme à sa manière: «J'ai rencontré beaucoup de gens qui voulaient tromper mais personne qui: voulait se faire tromper.» Une raison dévoyée ou desséchée ne peut susciter une adhésion en profondeur. Une foi qui ne connaît pas ses vraies raisons de croire est guettée par le fondamentalisme et le sectarisme, deux déviances aujourd'hui florissantes. Depuis les commencements, les penseurs chrétiens se sont situés dans une relation réciproque entre la foi, don de Dieu, et la philosophie, école de la raison (n°41).

Aujourd'hui, les chemins de la foi et de la raison semblent diverger. Une certaine raison, émancipée des sources de la Révélation, est devenue critique sur les traditions héritées et sur le contenu de leur message. En réaction, selon Fides et Ratio, « la foi, privée de la raison, a mis l'accent sur le sentiment, en courant le risque de ne plus être une proposition universelle» (n°48). Une subjectivisation extrême particularise une expérience qui est pourtant destinée à s'adresser à tout homme sur terre. Mais le diagnostic se fait plus sévère encore devant certaines floraisons propres à notre époque et que certains, à tort, ne cessent d'encenser. Or, «il est illusoire de penser, selon le Pape, que la foi, face à une raison faible, puisse avoir une force plus grande; au contraire, elle tombe dans le grand danger d'être réduite à un mythe ou à une superstition». La force de la foi ne peut triompher si la raison est par trop affaiblie. Mais il en va de même pour l'autre partenaire de l'alliance:

«De la même manière, une raison qui n'a plus une foi adulte en face d'elle n'est pas incitée à s'intéresser à la nouveauté et à la radicalité de l'être.» (n°48.)

Les temps actuels ont besoin d'une alliance forte, d'une «sainte alliance» entre foi et raison. C'est elle qui a permis aux origines de passer de Jérusalem à Rome en empruntant un langage et des outils philosophiques à Athènes, comme on le voit dans le discours prononcé par Paul devant l'Acropole. Et quand l'Église se répand sur de nouveaux territoires, elle se coule dans des cultures dont elle s'efforce de comprendre les logiques si elle veut faire retentir la nouveauté de l'Évangile. Chacun de nous est à la fois engendré et engendrant dans sa propre culture, «fils et père de la culture dans laquelle il est immergé» (n°71).

Dans un livre récent (2), Gaston Pietri cite ces textes de Fides et Ratio, montrant la nécessité pour l'Église actuelle de courir quelques risques devant l'urgence de développer une véritable intelligence de la foi parmi les croyants. En reprenant une formulation de Paul Ricœur, l'auteur rappelle que nous avons à passer d'une «naïveté première» à une «naïveté seconde». Dans le premier cas, c'est une façon de se mouvoir au milieu de représentations issues d'une foi insérée dans une société chrétienne aujourd'hui en voie d'extinction. Étre dans la «naïveté seconde», c'est redécouvrir à frais nouveaux ce que peuvent être le visage de Dieu et le chemin d'une foi vivante immergée dans une société largement sécularisée. Comme Jacob, il faut, pour avancer, franchir un gué et s'affronter à une présence mystérieuse durant une longue nuit. Sortir de la naïveté, pour le croyant, c est passer par une crise, un temps de discernement où goût de Dieu et intelli­gence des données se portent une aide mutuelle. Aujourd'hui, pour l'homme de foi. accepter la critique de ses sources est nécessaire. Mais trouver, dans cette phase, l'attitude juste qui convient au croyant est une épreuve. On en ressort à jamais marqué comme Jacob; mais c'est une lumière nouvelle qui brille, au sortir des combats d'une nuit qui semble interminable.

(1) Jean-Paul 11, Lettre encyclique Fides et Ratio (Foi et Raison), octobre 1998.
(2) Gaston Pietri, Passeurs de Dieu. D'une culture à une autre, Salvator 2004 (p. 132).

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Pour en savoir plus :

> Le livre de Gaston Pietri

Passeurs de Dieu

> Question essentielle : Croire et comprendre

> "Si tu crois"

> Henri Madelin - La page blanche de 2004

> Jeunes sans rivages

> Les chères "Etudes" des jésuites

> Henri Madelin : une croissance sans joie

> Henri Madelin - Portrait

> bibliographie d'Henri Madelin

> Galerie des sons de jesuites.com: Qu'est-ce qu'un fait religieux ?

> Exercices Spirituels : Interview d'Henri Madelin (Le Point)