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A Saint Denis,
l'initiative
d'une "bonne nouvelle"
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Article de Marie-France Fortin, Soeur Auxiliatrice
(dans l'Annuaire des Jésuites en 2004) |
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Au nord de Paris, la cité illustre de Saint-Denis dont la basilique abrite les tombeaux des rois de France, s'identifie aujourd'hui aux banlieues les plus populaires de la capitale.
La reconstruction industrielle des années cinquante suivie des étapes de décolonisation ont attiré là de nombreux ressortissants du Maghreb auxquels se joint maintenant toute une population d'Afrique subsaharienne, du Sénégal à Madagascar et aux îles Comores. |
| En 1980, l'Université Paris VIII créée à Vincennes (Sud de Paris) en réponse aux mouvements révolutionnaires de mai 1968, déménage à Saint Denis (Nord de Paris). Actuellement, l'ensemble universitaire compte 27.000 étudiants dont les appartenances culturelles sont très diversifiées. |
| Investis majoritairement dans les aumôneries des Grandes Ecoles au profit de l'évangélisation des futurs jeunes cadres, des compagnons jésuites lancèrent un appel à rejoindre les étudiants de Saint Denis. Ceux-ci, en effet, étaient soumis plus qu'en toute autre université, à de grandes difficultés d'insertion sociale et d'études. Il fallait alors complètement réinventer la manière de se situer en ce nouveau terrain apostolique. |

Madeleine à l'accueil |
La mise en oeuvre du projet supposait un partenariat de compétences et d'interventions. La Compagnie de Jésus offrit la disponibilité d'un de ses membres, Jean-Noël Gindre, à temps plein, présence complétée durant les premières années par une soeur auxiliatrice engagée à temps partiel. La Communauté Vie Chrétienne (C.V.X.) répondit positivement à l'appel de participer à la fondation et le diocèse devait couronner le partenariat par la présence du Vicaire Général au sein du conseil d'administration. |
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Priorité à l'aide à apporter aux étudiants étrangers |
| Il ne s'agissait pas de doubler les services déjà existants de l'Université, mais de développer en lien avec eux une structure souple, accessible, pour satisfaire autrement des besoins indispensables à la réussite de leurs études. Ainsi est né le nom de l'association du C.I.S.E.D., Centre d'Initiative et de Service des Etudiants de Saint Denis, appelée aussi "La petite maison d'en face", désignant par là la petite maison de pierres meulières que l'on peut apercevoir aisément de la bibliothèque ou du restaurant universitaire juste de l'autre côté du boulevard. |
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Un nombre considérable d'immigrants - venus surtout du Maghreb et du sud du Sahara - habitent la Ville de Saint-Denis, au nord de Paris. La ville compte
27.000 universitaires,
dont bon nombre sont des immigrants. |
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Une équipe formée d'un Jésuite, d'une religieuse
et de membres de la Communauté de vie chrétienne (CVX),
assure une présence pastorale dynamique.
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Comment se déroule une journée au CISED ? |
| A 9h.00, l'Université s'anime avec les premiers cours; la "petite maison d'en face" suit le rythme. Catherine, retraitée, mère de famille, tandis que Jean-Noël Gindre prépare le café rituel offert au tout venant. Des rendez-vous sont déjà pris. Au rez de chaussée, ce sont les cours de français avec Pierre Gauffriau, S.J., spécialiste en la matière, tandis que Miguel Cruzado, scolastique, ou Elisabeth, novice auxiliatrice, accueillent les premiers venus dans les salles d'informatique au 1er étage. |
| La sonnette retentit, c'est Nadia, une habituée de la maison, qui arrive avec deux nouveaux amis; elle tient à leur faire découvrir elle-même la maison avant de les confier à Catherine pour un premier entretien suivi d'une inscription. Leur demande est très imprécise mais leurs besoins innombrables ! Il faut sérier les questions, voir les priorités; pour l'un, c'est la difficulté à rédiger un mémoire de maîtrise en langue française; quant à l'autre, nouvellement arrivé à Paris, il n'a pu obtenir de logement et sa seule solution est de dormir dans un amphithéâtre de la fac! Il lui est conseillé de rencontrer Micheline, membre de la C.V.X., qui a déjà multiplié contacts et adresses utiles au logement étudiant. Un étudiant se présente pour un rendez-vous avec Marie-Angèle. Mère de famille, membre également de la C.V.X., elle a enseigné de longues années dans un lycée privé où elle s'est spécialisée dans les questions d'orientation. Khadija qui vient la voir dit ne plus s'intéresser à ce qu'elle fait; en réalité, elle n'a pas vraiment choisi de faire un DEUG (Diplôme d'Etudes Universitaires Générales) de sciences de l'éducation auquel elle s'est inscrite au hasard. Son chemin est flou et son désir bien davantage ! |
| A 12h00, c'est jeudi, Jean-Noël Gindre ou Guy Delage, compagnon nouvellement engagé au CISED, célèbre l'Eucharistie dans le petit oratoire installé au grenier; |
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des étudiants du groupe d'aumônerie les rejoignent avec quelques bénévoles, tandis que d'autres s'activent dans la cuisine du sous-sol pour préparer un repas "tiré du congélateur". La table du jeudi est un bon lieu d'échanges. |
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L'après-midi, les deux salles d'informatique ne désemplissent pas. Margarita religieuse enseignante à la retraite, réunit son petit groupe d'étude de l'espagnol, tandis qu'Aude poursuit la correction d'un mémoire de maîtrise et que je reçois un étudiant pour un entretien psychologique. |
| Au printemps et durant tout l'été, c'est la véranda ouverte sur un jardin fleuri qui devient le lieu de prédilection des étudiants, au point qu'une grande horloge y a été placée pour rappeler l'inexorable horaire des cours. Quelques professeurs de l'université y sont parfois accueillis, tel cet illustre voisin qui entre et sort de la "petite maison" comme s'il était chez lui. |
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| En trois ans, le CISED accueille plus de deux cents étudiants dont la grande majorité a entre 25 et 30 ans. Leur niveau d'études et les disciplines suivies sont très diversifiés (langues, littérature, économie-gestion, sciences de l'éducation, histoire-géographie et droit); leurs cultures d'origine le sont bien davantage; trente-cinq nationalités différentes se côtoient dans la petite maison. Une trentaine de bénévoles, étudiants, actifs ou retraités, se sont offerts à les rencontrer. |
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Les étudiants qui fréquentent "La petite maison" sont en grande majorité musulmans; quelques jeunes femmes portent le voile et la période du ramadan s'impose à notre quotidien bien davantage que le carême chrétien ! Chaque soir, en cette période, la cuisine s'anime dans la préparation de repas exotiques partagés avec tous dès le coucher du soleil. |
| Nous avons à coeur de fêter l'Aïd avec eux et de leur remettre le message de sympathie que l'évêque de Saint Denis tient à leur adresser en la circonstance. Tous ces jeunes pratiquants de l'Islam savent bien qu'ils sont accueillis dans une association chrétienne. |
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Nos grandes fêtes chrétiennes sont également célébrées dans la maison; on se réunit pour Noël, pour la galette des rois, mais comment dire le sens du mystère chrétien quand on a 20 ans et que l'on se retrouve seul d'origine française au sein d'un petit groupe d'aumônerie de sept étudiants? Des efforts sont faits pour soutenir des démarches encore incertaines et timides et favoriser une connaissance et une estime réciproques. |
| Quant aux permanents et bénévoles, notre enthousiasme de départ et nos logiques bien françaises doivent se confronter à des comportements dont nous n'avons pas la compréhension et encore moins la maîtrise. Prenons par exemple la question des heures de rendez-vous; il faut sans doute beaucoup de délicatesse et un peu de fermeté pour faire comprendre leur légitimité dans un respect mutuel. C'est un point de départ qui ouvre d'autres horizons plus déconcertants. |
| Qu'est-ce qui amène une jeune malien ou comorien à bénéficier d'un visa de touriste pour tenter une inscription à l'Université Paris VIII et obtenir ainsi une carte de séjour étudiant jusque là refusée par le consulat de son pays ? La :réponse semble facile : accéder à un niveau d'études mieux coté que chez lui, s'ouvrir à une culture, à des modes de vie très valorisés en pays sous-développé; nous n'avions pas pensé que l'obtention de diplômes universitaires français puisse augmenter le prix d'une dot, la valeur sociale d'un mariage ! Et nous avons encore beaucoup à découvrir ! |
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Notre situation de bénévoles enseignants est parfois traversée de doutes, voire même de questions assez radicales devant l'inadéquation, parfois, entre les capacités d'études et les objectifs poursuivis... Engagés en diverses vocations chrétiennes, issus de milieux et de formations variés, notre réflexion commune, à l'occasion, par exemple, de journées pédagogiques trimestrielles ou de groupes de travail, est d'une aide très précieuse. Qui aurait la prétention, en effet, de croire qu'il détient la solution de problèmes si complexes dont la signification nous échappe la plupart du temps ? |
| Les solidarités ne sauraient se limiter à notre petite maison. Dès sa creation, elles s'articulent aux instances et services de l'Université. Des relations sont entretenues avec la Présidence, des responsables de la bibliothèque, des services d'orientation et d'action sociale pour ne citer que quelques exemples. Sur la ville de Saint Denis et en région parisienne, des contacts et des engagements sont pris avec des associations et organismes qui concourent aux mêmes objectifs : procurer à la population locale et notamment étudiante, les conditions d'un véritable développement humain. |
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Que dire de cette initiative encore toute récente? |
| L'expérience montre qu'elle nous situe en sa modestie au carrefour des défis de notre société occidentale et par là-même au coeur des enjeux de notre foi chrétienne. Celle-ci retrouve une saveur de levain au terme de décennies ou de siècles où elle risquait d'être confondue avec la pâte tant il allait de soi de se dire chrétien. La vie chrétienne en France émerge d'une situation où de majoritaire elle doit consentir à se laisser à nouveau modeler dans la reconnaissance des pluralismes. N'est-ce pas au contact des Nations que la vocation d'Israël et celle de Jésus de Nazareth en son sein a brillé de tout son éclat? |
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Par ailleurs, l'expérience nous fait toucher du doigt l'actualité des questions de justice. Pourquoi tous ces jeunes immigrés viennent-ils tenter l'impossible en nos pays riches d'avoir et de savoir? En quoi viennent-ils déranger nos logiques de pensée et de comportement? Ils nous rappellent sans doute à bon escient, que le partage des biens est une nécessité vitale à notre bonheur et à la vie de l'humanité. Les prophètes de l'ancienne alliance disent-ils autre chose en offrant leur voix à la parole du Seigneur de l'univers? |
| En définitive,
"la petite maison d'en face" ne serait-elle pas
une "bonne nouvelle" pour tous,
en contribuant à faire tomber les barrières
des discriminations ethniques ou religieuses
et à ouvrir les trésors d'un partage ouvert à la réciprocité ? |
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"car, comme un jardin fait germer ses semences,
le Seigneur Dieu fera germer la justice
et la louange devant toutes les nations."
(Isaïe 61,11) |
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